Dijon. Coups de couteau sur un mineur : trois et quatre ans de prison pour les deux agresseurs
Une image vaut dix mille mots, et la présidente Cellier choisit de diffuser la vidéo de l’agression, filmée par la caméra d’un interphone d’immeuble. La mère de D., la jeune victime de 15 ans, sort de la salle d’audience. C’est insoutenable pour elle. Les images sont d’une violence crue : on y voit Amirani Peikrichvili, 19 ans, foncer sur D., 15 ans, et, à trois reprises, lui asséner des coups de couteau. Et alors que l’adolescent parvient à s’en aller, il prend cinq gifles de la part de Besik Peikrishvili, 41 ans, le père d’Amirani. « Il m’a planté ! Il m’a planté ! » crie D. Qu’importe, le quadragénaire frappe encore. D. est très sérieusement touché.
Lorsque les secours arrivent, des viscères sortent d’une des plaies. Son pronostic vital est engagé et il est opéré d’urgence. Le couteau a touché foie, intestins et estomac. Il est aujourd’hui tiré d’affaire, mais est hospitalisé, nourri par une sonde, et il est beaucoup trop tôt pour connaître les séquelles de l’agression. Agression qui relève d’une éruption de violence sortie de nulle part.
Une première altercation
Lundi 31 août, D. sort de son travail. Il commence un apprentissage en restauration dans l’établissement de la mère de son copain Y., la deuxième victime dans l’affaire. Y. n’a que 13 ans. En chemin, ils s’arrêtent et sonnent chez un ami qui ne répond pas. Ont-ils, comme l’ont fait toutes les générations d’enfants, tirés quelques sonnettes pour rigoler un coup ? Peut-être. C’est ce qu’affirme Besik, le père, sorti fumer une cigarette. Une première altercation a lieu, mais hors caméra, car elle se déroule un peu plus loin dans la rue. Dans sa version, le quadragénaire demande aux gamins de déguerpir, mais ceux-ci l’auraient insulté. Des témoins disent au contraire qu’il « cherchait la bagarre ». Il les chasse en les poursuivant ; eux, sont à trottinette et s’enfuient. Mais, devant la caméra cette fois, ils chutent sur un terre-plein. On voit alors Besik les frapper, notamment le petit Y. D. s’interpose et lui lance : « T’es un daron, tu peux pas t’attaquer à un petit ! » Et tout dérape. Besik appelle son fils Amirani à la rescousse. Le jeune homme de 19 ans est décrit par les témoins comme « immédiatement violent ». La vidéo confirme. « Mon père m’a dit que des jeunes l’insultaient, je suis descendu et j’ai vu un des jeunes l’insulter. J’ai sorti le couteau pour lui faire peur et j’ai donné un coup horizontal », explique Amirani. « Mais ce n’est pas du tout ce que disent les témoins et ce n’est pas du tout ce que montrent les images », remarque la présidente. Son père explique qu’il y avait « d’autres jeunes » et qu’il a eu peur. Sauf que là encore, sur les images, il n’y a que D. et son copain. Et aucun témoin n’a vu ces « autres jeunes ».
« Ils n’assument rien du tout », tranche la procureure. « Tout ce qu’ils racontent est mensonger et, heureusement, nous avons la vidéo et des témoins. C’est intolérable. » Elle demande trois ans de prison contre le père, quatre contre le fils. Me Virginie Nunès, avocate de D. et de sa mère, dénonce « une agression sans motif ». Elle regrette, comme ses consœurs, y compris en défense, qu’un tel dossier, que le parquet avait d’abord considéré comme une tentative de meurtre, ait été correctionnalisé et renvoyé si rapidement, en comparution immédiate. Elle regrette aussi que les deux hommes, de nationalité géorgienne, en séjour irrégulier et sous l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) depuis quatre ans aient pu tranquillement vivre à Dijon avec une petite activité de garagistes au black. Me Marine Berthelon, avocate de Y., dénonce également une « agression ultraviolente ».
En défense, Me Alice Gessat, pour le père, évoque cette minute où tout bascule. « Il y a des témoins qui disent que les deux jeunes ricanaient et se foutaient de sa gueule. Il a totalement perdu son sang-froid. » Elle estime toutefois que la peine requise est trop lourde. Me Aline Da Rocha, avocate du fils, évoque elle aussi les « provocations » des deux mineurs. Tout en reconnaissant que son client a « vrillé ». Elle demande également une peine moins lourde.
En vain. Le tribunal suit les réquisitions : trois ans ferme pour le père, quatre ans ferme pour le fils avec maintien en détention. Les deux ont une interdiction définitive du territoire français.