L'épidémie d'Ebola a déjà fait plus de 2 500 morts en République démocratique du Congo et "progresse de façon exponentielle", a alerté, vendredi 21 août, Julien Harneis, coordinateur principal d'Ebola pour les Nations unies.

"L'épidémie d'Ebola progresse de manière exponentielle. L'épidémie s'étend largement : elle couvre désormais une superficie supérieure à celle de la France", a déclaré Julien Harneis depuis Bunia, dans l'est du pays, lors d'une conférence de presse tenue à Genève (Suisse).

La moitié des décès survenue au cours des 20 derniers jours

À ce jour, l'épidémie a fait "plus de 2 500 morts. Le bilan des décès s'alourdit évidemment chaque jour", a-t-il ajouté, précisant que la moitié des décès était survenue "au cours des 20 derniers jours".

"Sa propagation dépasse la rapidité de notre réponse ; elle s'intensifie et s'étend plus vite que les efforts déployés dans toute la région", a souligné Julien Harneis.

Déclarée le 15 mai dernier, cette épidémie a dépassé en seulement trois mois celle de 2018-2020 dans l'est de la République démocratique du Congo, considérée jusqu'alors comme la plus meurtrière de l'histoire du pays (2 299 morts sur 3 381 cas confirmés, selon les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé basés sur les données des autorités congolaises).

En outre, en trois mois, sept fois plus de cas et cinq fois plus de morts ont été recensés en République démocratique du Congo que lors des trois premiers mois de la plus importante épidémie d'Ebola de l'Histoire, qui avait fait plus de 11 300 morts en Afrique de l'Ouest entre 2014 et 2016, selon l'agence de santé de l'Union africaine (Africa CDC).

Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique, a tué plus de 15 000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années.

Une riposte critiquée et insuffisante

Il n'existe aucun vaccin ou traitement spécifique homologué contre la souche Bundibugyo d'Ebola à l'origine de la flambée actuelle, mais des essais cliniques sont en cours et 70 000 doses du vaccin Ervebo, homologué contre Zaïre, une autre souche du virus, ont été envoyées en République démocratique du Congo pour évaluer son impact sur Bundibugyo.

Sous-financée, la riposte fait l'objet de critiques pour sa lenteur et son manque d'organisation et se heurte à la défiance d'une partie de la population.

Le coordinateur onusien a aussi rappelé que 43 agents de santé étaient morts du virus et que d'autres avaient été la cible d'attaques, notamment à bord d'ambulances ou dans les infrastructures de santé.

"L'ordre public est mis à mal et les services de base, notamment la santé, ont été fragmentés. Les conditions d'intervention sont extrêmement rudes", a-t-il rappelé, alors qu'une myriade de groupes armés sont actifs dans les régions touchées par l'épidémie, compliquant l'accès aux populations.

"Cette épidémie continue de se propager, à un rythme que la réponse ne parvient pas à suivre", a confirmé dans un communiqué publié à Genève Javid Abdelmoneim, président international de l'ONG Médecins sans frontières (MSF). "Cette réponse nécessite bien plus que des lits supplémentaires. Elle requiert un meilleur dépistage, l'isolement sécurisé des personnes malades et de leurs contacts, ainsi qu'un soutien aux professionnel·les de santé."

Julien Harneis a aussi pointé la nécessité d'intensifier la réponse, insistant sur le fait que "si nous renforçons les effectifs et acheminons davantage de ressources vers les zones reculées de l'est de la République démocratique du Congo, nous pourrons, en quelques mois, ralentir la transmission et parvenir à y mettre un terme".

"Si nous ne le faisons pas (...), cette épidémie deviendra plus meurtrière. Elle s'étendra davantage et risque de se propager aux pays voisins", a-t-il prévenu.

Avec AFP