EDITO. Hausse des prix du carburant : l'empire d'essence
Publié le 11/09/2026 à 07:36 , mis à jour à 07:38
Faire le plein est devenu une épreuve. Il faut y engloutir une bonne part de son pouvoir d’achat. Et, comme le prix ne cesse d’augmenter, nous ne faisons plus le plein. Juste le nécessaire, quelques litres à la pompe. Jusqu’à ne plus rouler. L’empire d’essence n’a pas pitié des plus pauvres réservoirs.
La hausse du prix des carburants n’en finit pas de perturber les automobilistes français qui ne savent plus à quelle pompe se vouer. La liberté que symbolisait autrefois la voiture n’est plus qu’une illusion. Pour des millions de foyers, notamment ceux qui doivent utiliser leur voiture pour se rendre au travail, le carburant qui s’enflamme consume d’abord leur budget, au point qu’il faut réduire au maximum le reste de leurs dépenses. S’il devait effectuer régulièrement un plein, près d’un ménage sur quatre pourrait dépenser en un an l’équivalent d’un mois de salaire. La hausse de l’essence, c’est d’abord la hausse des inégalités.
Cette fracture sociale s’accompagne d’une fracture territoriale. Ceux qui vivent en milieu rural, où les autres moyens de transport n’existent pas et qui doivent malgré tout aller au boulot, mener les enfants à l’école, se rendre chez le médecin et faire leurs courses, savent très bien que leur fin de mois peut virer dans le rouge. C’est dire l’enjeu que constitue la flambée des prix à la pompe – et ne venez pas leur expliquer doctement les mille et une raisons qui en sont la cause. Pour eux, le détroit d’Ormuz ou les frontières de l’Ukraine sont loin, très très loin. Ils pensent tout simplement que la distribution du gazole et du sans-plomb enrichit des multinationales qui multiplient leurs profits, et ça suffit à nourrir leurs frustrations et leur colère.
Sans aucun doute la crise du Moyen-Orient, où les hostilités entre Américains et Iraniens viennent de reprendre et où le transport des hydrocarbures est redevenu très périlleux, contribue à la hausse générale des carburants et du gaz. Sans doute on peut reprocher à Donald Trump d’avoir lancé une armada sans avoir apprécié l’utilité et les conséquences d’un conflit dont le monde se serait bien passé. Sans doute les économies de la plupart des pays du monde, et notamment celles de l’Asie, en subissent les néfastes effets. Sans doute nos voisins européens ne sont pas mieux lotis. Mais nous sommes en France et nous interrogeons d’abord le gouvernement français, en contestant forcément toutes les taxes qui s’agrègent au prix du litre d’essence.
Faut-il imposer un plafond des prix ? Réduire les taxes ? Multiplier les chèques "grands rouleurs" – ces 100 € instaurés au printemps et qui ne couvrent qu’une infime partie des dépenses ? Si, comme on le prévoit, la hausse persistait plus que de raison, le gouvernement ne pourrait ignorer la colère qui monte et devrait au minimum faire un "geste" concret pour alléger vraiment les budgets les plus modestes. Certes, le "quoi qu’il en coûte" n’est plus à la mode. Pourtant, malgré le déficit public qui réduit ses marges, ce gouvernement ne peut plus abandonner les Français au bord des pompes.