EDITORIAL. Dette écologique et dette financière, un même devoir moral : nous ne pouvons financer notre propre bien-être aux dépens des générations futures
Ce mercredi 23 septembre, l’ONU, a tenu une réunion de haut niveau sur l’action climatique et la transition juste. Pourquoi un tel Sommet ? Parce que, répond le secrétariat général des Nations unies, « la crise climatique est entrée dans une nouvelle phase, où le dépassement des seuils est désormais inévitable » : dix ans après l’Accord de Paris, il est urgent de « protéger les populations face à une crise climatique qui s’aggrave ». En parallèle, la France a d’autres soucis, plus étroits et plus pressants : elle se cherche un Budget, que le gouvernement doit présenter le 30 septembre prochain et qui va nous occuper tout l’automne.
Les deux problèmes, quoique d’échelle différente, ne sont pas indépendants l’un de l’autre. La transition énergétique coûte cher : on n’évitera pas la catastrophe climatique sans de formidables investissements, qu’il faudra bien financer. À crédit ? Sans doute, pour une part. Encore faudra-t-il rembourser. C’est là que la dette écologique (ce que l’on doit aux générations futures) et la dette financière (ce que nous devons à nos créanciers) se rejoignent : dans les deux cas, ce seront nos enfants ou petits-enfants qui paieront.
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Ce que nous leur devons (une planète habitable), nous comptons sur eux pour le payer (puisqu’on le finance à crédit) ! Pourquoi pas, si c’est leur intérêt à eux aussi ? Mais ce n’est moralement acceptable qu’à condition que cette dette soit à la fois soutenable et efficace : qu’ils puissent la rembourser un jour et qu’elle serve effectivement à des investissements, non aux dépenses de fonctionnement, comme c’est le cas, hélas, depuis des décennies !
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Un devoir d’aboutir à un Budget écologiquement et économiquement soutenable
Le mot « devoir », en français, a deux sens différents : le verbe indique d’abord une dette (debere, en latin, vient de habere : c’est avoir quelque chose de quelqu’un) ; le substantif, une obligation (non plus avoir de, mais avoir à). Aussi est-ce un devoir, quand on le peut, que de payer ses dettes. Mais chacun connaît la formule : « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants. » Notre devoir, c’est donc de la leur rendre, si possible sans l’avoir entre-temps dégradée et sans compromettre leurs propres moyens (notamment financiers) d’en jouir.
Avons-nous des devoirs envers ceux qui ne sont pas encore nés ? Oui, sans doute, puisqu’ils naîtront un jour et subiront les conséquences de nos choix. C’est ce que le philosophe Hans Jonas appelle le « principe de responsabilité », qui reformule l’impératif catégorique de Kant – « Agis de telle sorte que tu traites toujours l’humanité comme une fin, jamais simplement comme un moyen » –, mais à l’ère de l’anthropocène, donc en tenant compte des générations à venir : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre. »
Notre devoir, c’est donc de payer notre dette (écologique) aux générations futures, sans compter sur elles pour financer à leurs dépens (par notre dette financière) notre propre bien-être. D’ailleurs, pour les gens de mon âge, ces générations futures existent déjà : ce sont nos enfants et petits-enfants. Que nous ayons des devoirs vis-à-vis d’eux, c’est une évidence : reste à en tenir compte, dès cet automne, en adoptant un Budget qui soit écologiquement et économiquement soutenable.