Eels, The Tubs, The Mary Wallopers : voix généreuses, chaleur des traditions
Eels, The Tubs et The Mary Wallopers ouvrent ce Very Good Trip placé sous le signe des voix généreuses. Rock introspectif, pop désenchantée et fanfare irlandaise se répondent, entre spleen assumé et chaleur des traditions, pour un voyage musical résolument éclectique et fédérateur.
Un style inimitable, d’ailleurs je ne suis pas sûr que tant de gens que ça aient cherché à l’imiter. Celui du Californien Mark Oliver Everett qui, depuis une bonne trentaine d’années déjà, chante ses compositions au sein d’un groupe informel du nom de Eels, comme des anguilles. La chanson que vous venez d’entendre a pour titre « Cap in Hand », littéralement la casquette à la main, une expression toute faite qu’on emploie en anglais pour dire, à peu près, « humblement », « en toute humilité ». Il se pose une question dans cette chanson : « Est-ce que ça a un sens de dresser une autre barrière quand il n’y a plus personne qui vient toquer à la porte, alors je viens humblement vers toi - ou vous - je suis un homme brisé qui essaie de recoller les morceaux ». Mark Oliver Everett parle-t-il d’une désillusion personnelle ou collective ? En tant que personne privée ou citoyen des États-Unis ? C’est la vertu des chansons, chacun, chacune, peut y entendre ce qui résonne en lui, en elle, à l’instant t, et y entendre tout autre chose le jour suivant, voire à l’heure suivante.
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Bref, Eels publiera au milieu du mois prochain un nouvel album, Cookie Happened, dont le titre parlera au cœur de celles ou ceux qui ont été bercées dans leur enfance par le programme de marionnettes 1, rue Sésame. Parce que c’est une allusion au personnage de Macaron le Glouton, une peluche difforme coiffée d’énormes globes oculaires qui s’empiffrait sans cesse de gâteaux. J’ai eu l’occasion bien des fois de mettre en lumière le talent de Mark Oliver Everett et vous faire écouter ses chansons dans cette émission. Et je le considère comme un ami, je ne le lâcherai jamais. Quand lui et son groupe sont venus, c’était à la fin de notre saison en 2018, donner un concert pour les auditeurs France Inter sur la scène du studio 105, je suis allé remercier Everett, qu’on appelle E, comme la lettre E, à la fin du concert et je lui ai dit, en public, la stricte vérité : ça fait depuis plus de vingt ans que tu fais partie de ma vie et te voilà, tu es là en face de moi, ça me fait un choc. Il a alors eu cette réaction que je n’ai pas oubliée : il m’a donné l’accolade et on est restés comme ça, sans un mot, dans les bras l’un de l’autre, comme deux amis qui se retrouvaient après une longue absence. On me demande parfois quels sont mes meilleurs souvenirs depuis que je fais cette émission sur France Inter, eh bien en voilà un.
À écouter
France Inter
55 min
Je rappelle en deux mots qui est Mark Oliver Everett, alias E, et ce qui le distingue. Pour aller très vite, c’est une sorte de Neil Young de la génération grunge. Il a abordé tous les styles, folk, blues furieux, country jusqu’à la variété orchestrale. Il a composé et chanté, au cours de ses trente dernières années, une très grande quantité de chansons où il a mis en scène sa vie, loin d’être drôle – mère morte d’un cancer, sœur suicidée, dépression… - d’une façon pourtant très drôle et très tendre. Des chansons qu’il interprète de sa voix de non-chanteur, si j’ose dire, comme peuvent l’être Tom Waits, un de ses amis et admirateurs, ou Elvis Costello. Je le souligne à chaque fois que je parle de lui, Mark Oliver Everett a publié un livre autobiographique qui est sans doute le meilleur à jamais avoir été écrit par un musicien de rock, et j’inclus là-dedans les Chroniques de Bob Dylan. Un parcours jalonné d’épreuves terribles, évoqué pourtant avec un humour et une franchise désarmante, une élégance en somme qui ressemblent à sa voix et ses chansons. Si vous lisez l’anglais, ce livre signé Mark Oliver Everett s’appelle Things the Grandchildren Should Know, Des Choses que les petits-enfants devraient savoir, en français l’éditeur 13ème Note, hélas disparu, l’avait publié il y a quinze ans sous le titre pas terrible, il faut dire ce qui est, de Tais-toi ou meurs. On le trouve en occasion, mais hélas, j’ai vérifié, c’est à des prix prohibitifs.
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Alors, ce soir, ce sera un programme très chaleureux, et même joyeux, et quel lieu plus accueillant, pour se réjouir, qu’un pub irlandais imaginaire ? Je suis sûr que parmi vous qui m’écoutez, il y en a beaucoup qui ont entendu parler d’un groupe qui s’appelait les Pogues, avec le très regretté Shane MacGowan. Peut-être il y en a même qui les ont vus naguère. C’était inoubliable. Eh bien il existe un jeune groupe irlandais du nom des Mary Wallopers, les Cogneurs de Mary, qui semble avoir repris les affaires là où les Pogues les avaient laissées. Ils ont commencé à reprendre des airs folkloriques en recourant à une instrumentation traditionnels mais dans un esprit punk, avec une exubérance débridée. Et, comme autrefois les Pogues, ils écrivent et interprètent désormais leurs propres chansons. Ce sont deux frères, Charles et Andrew Hendy, aujourd’hui une petite trentaine, qui ont formé les Mary Wallopers un peu avant la pandémie. Ils ont grandi à Dunkalk, une petite cité portuaire située au nord de Dublin, toute proche de la frontière avec l’Ulster. Leur nouvel album, à paraître à la fin de la semaine, porte un nom assez provocateur : Paddywhackery, c’est le mot qu’utilisent les Irlandais eux-mêmes pour désigner le gros folklore lourdingue et les clichés touristiques associés à l’Irlande. Cette chanson s’appelle « The Juice » et c’est une espèce de rockabilly celtique moderne, très réussi. Les Mary Wallopers dans Very Good Trip ce soir sur France Inter, ce soir. C’est assez étrange, ils seront en tournée à l’hiver prochain mais pour le moment aucune date n’est prévue en France, où je suis sûr que leur meilleur accueil leur serait réservé.
Pour en savoir plus, écoutez l'émission...
À écouter
France Inter
53 min
Playlist :
- Eels - « Cap in Hand »
- The Mary Wallopers - « The Juice »
- The Tubs - « Who’s Gonna Love You Now? » album « Hard Life »
- Brian Fallon - « Not Bad for New Jersey » album « Not Bad for New Jersey »
- Greg Freeman - « Indu »
- Julia Jacklin - « Get Away from Me (I Think I’ll Love You Soon) »
- Beabadoobee - « Sun Has Set »
- Kristin Hersh - « Dark Eyed Junco »
- Madra Salach - « I Was Just a Boy »
- Richard Thompson - « Cocaine Walking, Booze Talking »
- Echo and the Bunnymen - « Brussels Is Haunted »