Pica, cette drôle de pie qui a oublié d’avoir peur des hommes
Sauvée par un habitant après être tombée du nid, elle est depuis peu la mascotte du village de Collias, près du Pont du Gard.
Elle traverse la place du village sans détour, indifférente aux pas qui s’en rapprochent. Pica n’a plus cette vigilance ancestrale que portent ses congénères. Elle ne s’envole plus aux gestes brusques. Elle ne craint plus l’homme. Et cette absence de peur, à Collias (Gard), c’est l’histoire d’une rencontre entre une pie et Pascal, habitant du village. Celle d’une dénaturation involontaire.
Pascal se souvient précisément : "Une petite pie était tombée du nid. Elle aurait pu être mangée par un chien. On me l’a donnée, je l’ai nourrie, et on a eu une grande histoire d’amitié ensemble." Le sauvetage devient imprégnation. Élevée dans une maison, nourrie à la main, Pica absorbe les codes humains au lieu d’apprendre les réflexes de survie. Elle vit d’abord dehors, tentant une autonomie, quand la fête votive de l’été arrive. À ce moment-là, quelque chose s’est brisé.
"Au moment de la fête des taureaux, j’ai l’impression qu’elle a été capturée et qu’elle n’était plus en confiance", raconte Pascal. Après cette brève captivité, Pica ne revient pas. Elle erre. Elle ne retrouve pas ses pairs, qui la reconnaîtraient à peine.
Mais elle trouve sa place ailleurs : dans l’attention des gens du village. Elle vole les cales de carrelage de Jean-Pierre, le maçon. Elle amuse, elle provoque, elle vole. Pica devient spectacle sans l’avoir choisi. Cette intelligence qui devrait l’aider à survivre en forêt s’exprime ailleurs, en actes futiles, en vols de plastique blanc.
Retour d’un souvenir d’enfance
Cette rencontre avec Pica, pour Pascal, c’est aussi le retour d’un fort souvenir d’enfance : "Quand j’étais jeune, j’avais élevé une corneille. Chaque fois que je voulais quelque chose, elle le savait et le prenait avant moi — un stylo, une gomme, une cigarette. Elle me le volait avant que j’aie le temps de l’attraper. Et elle se mettait sur le dos, les pattes en l’air, en attendant que je lui gratouille le ventre."
Le mimétisme était complet. Observant Pascal gratter le chat, la corneille se mettait sur le dos, exigeait la même caresse. Les corvidés — pies, corneilles, corbeaux — possèdent cette conscience réflexive que la science reconnaît enfin. Ils pensent. Ils apprennent. Ils s’adaptent.
Que nous dit la présence de cet oiseau dénaturé sur Collias ? Peut-être que toute intimité avec le naturel le transforme. La pie ne souffre pas — elle existe, elle survit, elle amuse. Mais elle a perdu ce qu’aucun village ne peut lui rendre : l’instinct de fuir, d’être libre de la bienveillance humaine.