C’est peu dire qu’il n’a guère eu l’occasion de se réjouir depuis son entrée dans la cour des grands du championnat du monde d’endurance (WEC) en tenue de combat griffée Peugeot. Une pole position sans lendemain obtenue à Spa par le coéquipier danois Malthe Jakobsen, la vitesse max’ la plus élevée d’une 9X8 (347,3 km/h) établie lors des 24 Heures du Mans avec « sa » Lionne, la N °94, trois petits points glanés en quatre courses jusque-là… et c’est tout. Pour l’instant, Théo Pourchaire doit se contenter de ramasser les miettes. Mais le Grassois, tout près de fêter son 23e anniversaire - le 21 août -, ne broie pas du noir. Certains voient la vie en rose. Lui voit l’avenir en jaune Opel. Et en mode 100 % électrique puisque la marque allemande du groupe Stellantis qu’il vient de rejoindre met les doigts dans la prise de la Formule E où elle remplacera bientôt DS. La firme premium va « débrancher » en laissant une empreinte XXL sur les tablettes (4 titres, 18 victoires, 55 podiums). À partir de la saison 13, dont le top départ est prévu les 18 et 19 décembre du côté de Djeddah (Arabie saoudite), l’Opel GSE Formula E Team flambant neuf et son nouvel ambassadeur azuréen survolté feront-ils figure de dignes héritiers ? Le champion F2 2023, ravi de refaire un bout de chemin en monoplace, y croit dur comme fer. Contact !

Théo, votre tout premier roulage au volant d’une Formule E, c’était où et quand ? Quel souvenir en gardez-vous ?

Février 2025 ! Il s’agissait d’un Rookie Test organisé en préambule de l’E-Prix de Djeddah. Alors que je venais d’intégrer la famille Stellantis en tant que pilote de développement Peugeot sur le programme 9X8 en Endurance, on m’avait donné l’opportunité de découvrir la Formule E Gen3 Evo de l’écurie Maserati MSG Racing. Bon feeling au volant, première expérience vraiment positive. Moi, vous savez, je suis la FE depuis le début, depuis la Gen1, car cette technologie m’intéresse. Et la nouvelle Gen4 que nous allons baptiser a vraiment changé mon regard vis-à-vis de la discipline. Elle m’a donné envie de franchir le pas.

La progression saute aux yeux dès le premier regard. Les pilotes et les fans aiment son grand méchant look. Le Gen4 séduit tout le monde parce qu’elle ressemble vraiment à une monoplace. Il y a aussi la puissance qui monte en flèche, 600 kW (environ 815 chevaux, ndlr), la vitesse max, plus de 335 km/h, les quatre roues motrices… Avec un tel niveau de performance, la Formule E pourra mettre les watts plus souvent sur des tracés de F1, anciens ou actuels.

À ce propos, il paraît que vous avez signé en Formule E juste pour retrouver le circuit de Monaco. Vrai ou faux ?

(Il éclate de rire) Monaco n’est pas la raison numéro 1 de mon engagement. Mais je ne vous cache pas que ce come-back à domicile me fait très plaisir. J’ai vécu des moments tellement forts sur cette piste, entre autres en 2021 (pole position et victoire dès sa première apparition en F2, à 17 ans). Pour moi, sûr qu’il s’agira du week-end le plus important.

Sur le toboggan monégasque, la Gen4 tournera-t-elle aussi vite qu’une F2 d’après vous ?

Difficile à dire aujourd’hui. J’ai hâte de voir les chronos. De mesurer la différence. Peut-être que ça ira plus vite, hein ? Seule certitude : au volant de la Gen4, Monaco constituera un gros challenge. Accélérations, décélérations, vitesses de passage en courbe…

Vous voilà donc pilote Opel. Quel regard portez-vous sur cette firme ?

C’est une marque emblématique. Je sais qu’elle a souvent brillé en compétition, sur divers terrains. Mon père, un mordu pur et dur de sport auto, pourrait vous en parler durant des heures. Quand je lui ai appris mon recrutement, il était aussi excité que moi. Et il m’a dit : « Demande leur de te faire essayer telle voiture de rallye, telle voiture de DTM ! » Bon, je vais d’abord donner le meilleur pour faire briller leurs couleurs en monoplace électrique.

Opel débarque en Formule E comme vous. Depuis combien de temps planchez-vous ensemble sur ce nouveau départ ?

J’étais déjà présent avec eux, en toute discrétion, lors de la présentation officielle de la Gen4 au circuit Paul-Ricard (les 21 et 22 avril derniers). Nous avons commencé le développement très tôt, dès que possible, au simulateur puis en piste. L’équipe travaille d’arrache-pied. Il reste quatre mois. On sera prêt !

Quelle cible visera le rookie Théo Pourchaire l’an prochain ? Espérez-vous jouer le titre d’entrée ?

Ça, ce serait magnifique. Coiffer la couronne de champion du monde de Formule E, c’est un rêve que j’espère réaliser un jour. Mais il ne faut pas brûler les étapes. D’abord, je dois montrer que je suis capable d’évoluer, de m’améliorer, course après course. Extraire le maximum de la voiture et de l’équipe à chaque échéance, voilà le plus important au début.

Au fait, en parallèle, prolongerez-vous l’aventure en Endurance avec Peugeot ?

Un double engagement est possible. Certains pilotes mènent de front WEC et Formule E. Dans ce cas, le calendrier s’avérerait très chargé. Je ne ferme aucune porte aujourd’hui. Ça reste une éventualité. Mais très clairement, en 2027, Opel sera mon programme principal. Parce que je démarre en Formule E avec l’ambition de m’adapter vite, avec l’envie de grandir vite. J’aspire à aller loin et haut. Tout en haut, de préférence…