Entraîneur adjoint de la RAAL, Clément Tainmont raconte sa nouvelle vie : "J'ai envoyé un mail à Nicolas Frutos vers 10 h. À 13 h, il m'appelait"
La question le fait sourire. "Combien de matchs je peux regarder sur une semaine ? Déjà, les nôtres, je peux les voir trois fois, plus même vu que je les découpe. Il y a les entraînements à visionner aussi. Mais c'est vrai que je suis même capable de regarder un championnat de tordus", se marre Clément Tainmont qui estime "à 15" le nombre de rencontres visionnées hebdomadairement. Et le Français de nous glisser : "Parfois, le coach me demande ce que j'ai fait la veille alors qu'on avait libre. Je lui réponds que je suis allé couper notre match."
À 40 ans, l'ancien milieu ne chôme pas. En attendant d'être admis à la licence pro en mars, il suit des cours intensifs d'anglais, fait un peu moins de sport qu'il le souhaiterait et nous le rappelle : "Venant du monde amateur, j'étais naïf à mon époque de joueur. Là, je connais l'environnement. Je veux tout mettre de mon côté pour réussir." Dans cette vie de coach qui est désormais la sienne, fruit d'un cheminement qu'il a retracé.
Clément, devenir entraîneur était une évidence pour vous ?
Non. Joueur, je me concentrais sur ma carrière. Et pour l'après, je n'étais pas forcément attiré par rester dans le foot. Vers la fin, tu cherches ce que tu peux faire, tu te poses les bonnes questions… Et j'ai eu cette année de chômage après Malines qui a été très dure. C'est là où je me suis dit que j'étais fait pour faire du foot et que mon essence personnelle était de transmettre car avant ma carrière, j'ai fait une licence en France pour être prof de sport. J'étais déjà calibré pour transmettre et partager. J'ai commencé à passer mes diplômes un peu tard à 35 ans.
Revenons sur ce travail d'introspection pendant votre période au chômage.
Cela a mis du temps. Presque six mois. Une grosse déprime au départ. C'est violent de s'arrêter, de ne plus savoir ce que tu peux faire, ce que t'es en capacité de faire. Le football te conditionne pour ne faire que du football. On te dit toujours ce que tu dois faire, ce que tu peux faire. Être dans ce monde parallèle n'est pas bon car quand ça s'arrête, tu te dis : 'p… je suis capable de quoi ?' Tu essayes de te projeter dans d'autres métiers mais non. J'ai lu, j'ai été accompagné et j'ai compris que c'était dans le foot que je devais foncer avec une formation d'analyste vidéo via le syndicat des joueurs en France. Cela m'a plu, j'ai lu des livres et je me suis lancé.
Jeune retraité, Clément Tainmont a commencé sa nouvelle carrière comme coach, à la RAAL comme T3 : "Il était important de basculer immédiatement"Joueur, vous perceviez ce qu'impliquait la vie d'entraîneur ?
Non. Non, impossible (sourire). Tu sais que l'entraîneur et le staff font des choses quand tu rentres chez toi mais pas à ce point. Je suis ici depuis 3 ans et je ne compte pas mes heures. Je le dis aux joueurs : 'Vous avez un luxe incroyable avec le temps que vous avez'. Savourez ! Et ils peuvent rester au club, y vivre, ce que nous n'avions pas. C'est fou.
Votre aventure ici a commencé par un mail à Nicolas Frutos…
(Sourire) Je passais mon UEFA A et je devais avoir une équipe aux Francs Borains. Mais ils m'ont dit non. Il a fallu que je me retourne pour m'inscrire à cette formation et sur le fascicule de la fédération, il y avait quelques adresses mail : Charleroi, la RAAL. J'ai envoyé des mails. Dont un à Nicolas Frutos vers 10 h. À 13 h, il m'appelle pour me dire qu'il veut me rencontrer. On s'est vus à l'hôtel, et il m'a dit avoir adoré la démarche vu ma carrière. Il a aimé ma simplicité, mon humilité. Le contact a été hyperfluide. Et c'est parti comme cela.
Cette humilité vient de votre période sans club ?
Oui. Avoir les pieds sur terre, du recul, conscience que cela peut s'arrêter. Cette période a été très dure pour moi, mais m'a enseigné plein de choses.
guillementSi je monte un jour comme un numéro un, je dois être prêt, ce qui n'est pas encore le cas.
Quel a été votre rôle ici durant vos deux premières saisons ?
Quand je suis arrivé, Nicolas Frutos m'a demandé ce que je voulais faire. J'ai répondu l'offensif parce que je suis un offensif. Et il m'a dit : "Ok, alors, tu feras du défensif, alors." Il avait tellement raison. Il veut que la personne soit équilibrée. Et on avait quasiment la meilleure défense du championnat. La deuxième saison, Fred m'a confié la responsabilité du développement individuel, j'étais dans la création, la planification, l'organisation, je faisais un peu de tout, je prenais l'équipe quand on doublait les séances aussi. J'ai pu créer des liens de fou avec les joueurs. On a développé le comportement du joueur en fonction du projet du jeu du coach. Et cette saison, je suis plus dans l'analyse globale au final et les phases arrêtées.
Est-ce qu'il y a eu un moment quand Fred Taquin est parti où vous vous êtes dit que vous pourriez prendre sa succession ?
Non. Je suis très clair là-dessus, ce n'est pas encore le moment. Je ne suis pas pressé, j'ai vu beaucoup d'anciens joueurs se lancer de suite en pensant qu'ils étaient capables. Ma nature est d'être prêt. Si je monte un jour comme un numéro 1, je dois être prêt, ce qui n'est pas encore le cas.
"Je préfère quand les attentes sont grandes" : Edward Still se confie à quelques heures de lancer officiellement sa saison avec la RAALQue vous manque-t-il ?
Plein de choses (sourire). Je travaille avec un psychologue du sport à Namur qui m'a récemment demandé ce que je recherchais. Je lui ai répondu : 'Je veux être l'entraîneur le plus complet possible'. Et il m'a répondu qu'un coach n'est jamais complet ou parfait. À raison : les grands entraîneurs font aussi des erreurs. Là, ce n'est pas le moment. Mon credo, c'est petit à petit.
Comment passe-t-on de Taquin à Still ?
Il faut être adaptatif, c'est la qualité principale de quelqu'un. Comprendre le coach avec qui on travaille et l'homme qu'il est pour amener quelque chose. Un assistant assiste, doit être force de proposition et le coach fait ses choix. Edward, comme Fred, attend le débat.
Connaissiez-vous Edward avant son arrivée ?
J'ai été en cours pendant 4 ans avec Nico Still. On était assez proche et on parlait de ses frères. J'avais eu Edward deux ou trois fois au téléphone. Quand il a été nommé, on a discuté plus de deux heures, il a compris comment je voyais le football, il a eu le sentiment que j'étais dans sa philosophie.
guillementL'humain est au sommet de tout.
Et vous êtes son T2…
Officieusement (sourire). J'étais T3 avec Fred et quand c'est hiérarchisé, je suis de nature à rester à ma place. Dans cette nouvelle philosophie voulue par le club, l'idée est que tout le monde puisse dire ce qu'il ressent. Les choses se mettent en place avec une hiérarchie un peu silencieuse, discrète, mais naturelle pour tout le monde avec des prises de responsabilité qui se font finalement toutes seules.
Est-ce qu'il vous arrive de contacter vos anciens coachs pour échanger avec eux ?
Pas encore. Mais vous venez de m'ouvrir une porte (sourire). Il y en a certains avec qui cela ne m'intéresse pas même s'ils m'ont fait jouer. En Belgique, je suis par exemple en contact avec Felice et on discute de certains joueurs. Pareil avec Mercier ou Vranken. J'ai appris beaucoup des coachs que j'ai eu tactiquement, le 4-4-2 de Felice par exemple, le 3-5-2 ici. Mais avec du recul, je trouve que l'humain est au sommet de tout. Vranken, par exemple, ne m'a pas fait jouer la dernière année à Malines mais j'ai beaucoup de respect pour lui car il était juste et expliquait. Et il me remercie chaque fois que je le croise à cause de ce but.
Quels sont vos modèles ?
Carlo Ancelotti. On reste sur l'humain. On voit les retours. Je suis moins Guardiola. En ce moment, j'aime bien Iraola de Liverpool, le travail de Martinez Novell à Toulouse et qui est maintenant à Leverkusen, le jeu positionnel de Luis Enrique. L'idée est de picorer.
Si devenir un entraîneur complet est utopique, quel est votre objectif ?
Être un excellent assistant pour le coach avec qui je travaille. Que les clubs où je passe soient satisfaits de mon travail. Et le rapport aux joueurs : Beka-Beka m'a envoyé un vocal de dix minutes pour me remercier. Je suis encore au téléphone avec des mecs partis depuis deux ans. Mon credo, c'est l'humain.
guillementL'objectif ne m'amènera peut-être pas à Milan, il va peut-être m'amener à Manage.
Est-ce que le coach que vous êtes devenu aurait pris du plaisir à diriger le joueur que vous étiez ?
(Rires) Ouais. Mais il aurait dit p… c'est un enfoiré. Caractère de merde. Mais en fait j'étais impatient. Je le sais. Surtout à Charleroi. On a eu deux ou trois moments très chauds avec Mehdi. Je voulais tout le temps qu'on m'explique mais, en fait, ce n'était pas bon. J'aurais aimé le joueur pour l'intensité que je mettais. Le dévouement collectif, le respect et le rendement aussi. Et puis parfois, j'aurais dit c'est top ce que tu fais mais tu vas redescendre. Avec sincérité.

Est-ce que vous voyez adjoint toute votre carrière en passant dans de très grands clubs ou absolument T1 dans des formations de moindre envergure ?
La vérité, c'est que je veux être entraîneur du Milan AC un jour. Mon ambition, c'est celle-là. C'est un club, c'est mon objectif. Milan. Depuis toujours. L'objectif ne m'amènera peut-être pas à Milan, il va peut-être m'amener à Manage ou je n'en sais rien. Je suis fixé là-dessus, on bosse comme ça et si c'est toujours assistant peut-être assistant à Milan. Ou assistant à l'Inter Milan. En tout cas, je ne me projette pas. Si je dois devenir T1 un jour, ça doit se faire naturellement. Là, je suis encore en apprentissage.
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