"Entre quatre et six médailles" : voici ce qu'il faut attendre des Belges à l'Euro d'athlétisme de Birmingham
Avec une délégation sensiblement de même taille que lors de la dernière édition en 2024 à Rome (60 athlètes), mais où manquent à l'appel deux champions d'Europe en titre à savoir Nafi Thiam à l'heptathlon et Alexander Doom sur 400 m, la Belgique aborde les championnats d'Europe de Birmingham, du lundi 10 au dimanche 16 août 2026, avec une ambition un rien plus mesurée.
Dans la Ville éternelle, nos représentants avaient glané six médailles, grâce aussi au titre des Belgian Tornados (4x400 m), au bronze des Belgian Cheetahs (4x400 m) et de Noor Vidts (heptathlon) et à la deuxième place surprise de Jochem Vermeulen (1 500 m).

"Faire mieux qu'à Rome n'est pas impossible mais ce serait… extraordinaire, commente Jonathan Nsenga, qui sera l'un des trois team leaders sur place. Après le renoncement sur blessure de Michael Obasuyi, le n° 1 en Europe sur 110 m haies, et si l'on tient compte des aléas des championnats (il y a toujours des athlètes qui se loupent et d'autres qui se subliment), un total de quatre à six médailles me semble, en revanche, réaliste. C'est ce à quoi je m'attends."
Des relais ambitieux
"Au niveau des relais, ce sont a priori les deux équipes masculines (4x100 m et 4x400 m) qui disposent des meilleures cartes, surtout si l'on ne joue pas le coup à fond avec le relais 4x400 m mixte à la veille des épreuves individuelles, dit Nsenga, qui ne veut toutefois pas préjuger de ce que vont décider les responsables d'équipes. On connaît les qualités et le savoir-faire des Tornados (4x400 m masculin) et les Falcons (4x100 m masculin) sont, eux aussi, très ambitieux."

Les Belgian Cheetahs (4x400 m féminin) ne sont, elles, "plus dans la même situation de luxe qu'à Rome", estime notre interlocuteur, et présentent un noyau légèrement rajeuni.
Quant aux Belgian Rockets (4x100 m féminin), "c'est une équipe qui a de la gueule sur le papier, mais il lui manque encore une grande performance en championnats, glisse Jonathan Nsenga. Jusqu'ici, il y a eu trop de petits couacs ou d'absences pour que l'équipe soit vraiment bien rodée."
Des individualités bien classées
Avec Jana Van Lent (10 000 m), Paulien Couckuyt (400 m h.) Ilona Masson (triple), Antoine Snyders (200 m) et Elie Bacari (110 m h.), la Belgique compte plusieurs athlètes dans le top 5 de la hiérarchie 2026.
guillementQuand tu es dans le top 5 de l'année, tu ne peux pas te cacher.
"Quand tu figures si haut, tu ne peux pas te cacher, tu dois avoir l'ambition de monter sur le podium, reprend Jonathan Nsenga. Maintenant il faut aussi nuancer : entre le sprint, les courses de fond et les concours, on parle de choses très différentes."
"Ce qui est certain, c'est que j'attends beaucoup de Paulien Couckuyt (exemptée du premier tour, ce qui peut parfois être à double tranchant) sur 400 m haies. Et je crois que Jana Van Lent, dans un autre registre, peut encore nous surprendre agréablement si elle sent bien la course", poursuit Nsenga.
Meeting Ifam à Oordegem : Paulien Couckuyt et Simon Verherstraeten démontrent leur excellente forme avant l'Euro de Birmingham"Sur 110 m haies, les chances de voir Elie Bacari monter sur le podium sont énormes, lance l'ancien hurdler. Avec 13.25, un chrono qui me parle (NdlR : le record de Belgique de Jonathan Nsenga a tenu pendant près de 26 ans) et qui a été établi dans des conditions apocalyptiques et un gros vent de face (2,3 m/s), le Louvaniste a une sacrée carte à jouer. L'ancien décathlonien a un talent immense et le jour où il maîtrisera toutes les composantes du 110, car il est encore perfectible, il sera réellement très, très fort. Mais cela reste des haies et il va devoir bien gérer ses courses."
Notre interlocuteur affirme que l'une de nos plus grandes chances de médaille se trouve également sur 100 m en la personne de Simon Verherstraeten.
guillementSimon Verherstraeten sur 100m ? C'est la chance de sa vie !
"On a vu lors de sa dernière sortie, où il a couru 10.12 sans forcer, qu'il était en grande forme. Le tout, pour lui, est de rester en bonne santé, sans blessure, et de bien gérer son tournoi. Oui, c'est la chance de sa vie !"
On peut aussi, évidemment, s'attendre à quelque chose d'Ilona Masson, qui a fait preuve d'une grande régularité tout l'été autour de 14,30 m-14,50 m et qui a clairement franchi un cap dans sa carrière.
De 47 à 60 athlètes à l'Euro de Birmingham : les coulisses d'une nouvelle semaine agitée pour Belgian Athletics"Je pense que pour tous ces athlètes qui ont une médaille à leur portée, le plus gros challenge réside dans une bonne gestion des événements. Dans le fait d'aborder les tours les uns après les autres sans voir trop loin, et de les franchir sereinement, dans le fait d'assurer sa place en finale, etc."
Ceux qui montent en puissance
Jonathan Nsenga ne cache pas non plus qu'il attend de voir un Eliott Crestan au sommet de sa forme sur 800 m dans un contexte qui, en plus, devrait parfaitement convenir au détenteur du record de Belgique.
"Il a un peu joué de malchance dans les courses qu'il a disputées cet été, ce qui explique que le chrono de référence avec lequel il arrive (1.43.85) ne fait pas de lui l'un des médaillables en puissance, mais tout a été organisé pour qu'Eliott soit à 100 % lors de cet Euro. Et ce qu'il a montré lors de son 600 m à Liège puis aux championnats de Belgique, deux jours d'affilée, sur 400 m parle vraiment pour lui."

Sur le tour de piste, précisément, Daniel Segers et Jonathan Sacoor, qui ont établi à deux les 11 chronos belges les plus rapides de la saison, doivent aussi atteindre leur pic de forme durant cette semaine où ils seront fort sollicités, avec les relais en plus de l'individuel. Ils sont des finalistes en puissance, Sacoor s'étant classé quatrième il y a deux ans.
"Daniel Segers s'est montré vraiment très régulier depuis le mois de juin avec un meilleur chrono de 44.81, deux fois 44.82 et un petit 45 secondes dans des conditions climatiques difficiles. C'est très prometteur ! souligne notre interlocuteur. Et je fais confiance aux Borlée pour mettre leurs athlètes dans les meilleures dispositions."
Nafi Thiam participera au Van Damme à la hauteurLes inconnues Kimeli et Vidts
Médaillé d'argent sur 5 000 m lors des Mondiaux 2025 à Tokyo, Isaac Kimeli constitue, lui, une petite énigme au vu de ses récentes performances en compétition.
"Je ne connais pas les contours exacts de sa préparation, mais je pense qu'à partir du moment où Isaac prend le départ, c'est qu'il pense jouer un rôle lors de cet Euro, dit Nsenga. C'est tout de même le grand objectif de son année et il demeure, en vertu de ses qualités et de son expérience, un médaillable potentiel. Il aura deux chances de s'illustrer même si sa préférence va sans doute au 5 000 m où l'on disputera une finale directe dès ce lundi."

Autre inconnue, celle incarnée par la médaillée de bronze olympique de l'heptathlon, Noor Vidts, qui était aussi montée sur la troisième marche du podium lors de la précédente édition des championnats d'Europe où l'heptathlon avait été gagné par Nafi Thiam.
"Elle revient de loin, après son problème de dos notamment, et c'est extra de la revoir à Birmingham. Toute la question est de savoir ce dont elle est capable dès aujourd'hui dans les épreuves combinées mais je pense que, pour elle, l'objectif doit être de réussir le minimum international pour les Mondiaux 2027 à savoir 6 550 points."
Les espoirs de finale
S'il ne veut pas écarter Ben Broeders de la course au podium au saut à la perche, une épreuve pourtant dense et où le Louvaniste n'a jamais été trop verni, et qu'il espère que Delphine Nkansa ne s'est pas trop cramée en chassant les minima individuels en vue d'une possible finale, Jonathan Nsenga attend aussi de voir le comportement de Julien Watrin en individuel après son repêchage.
"Je sais qu'il est en forme et cela peut faire des étincelles. Dans son cas, courir une finale serait déjà un magnifique accomplissement – n'oublions pas qu'il n'a plus couru de 400 m haies dans un grand championnat depuis 2023 – et c'est tout ce que je lui souhaite."

Sur les haies basses, Yanla Ndijp-Nyemeck sera notre unique représentante féminine. La codétentrice du record de Belgique (12.71, l'an dernier) ambitionne, en toute logique, une finale.
"Le 100 m haies est une épreuve dont la densité a explosé ces dernières années et, quelque part, Yanla a la malchance d'être née un peu trop tard. Il y a dix ans, elle aurait été de toutes les finales mais, à notre époque, si tu n'es pas au moins en 12.60, tu ne peux en principe rien revendiquer. Mais, clairement, elle peut battre son record au vu de ce qu'elle a montré."
À suivre aussi…
Pour Chloé Herbiet, sur 10 000 m, les choses sont différentes. Cette spécialiste de la route, qui s'était offert un top 10 il y a deux ans en Italie, est surtout orientée vers les très longues distances avec l'objectif à long terme de disputer le marathon aux JO 2028 de Los Angeles.
"À Rome, Chloé s'était retrouvée à mener la chasse derrière un groupe de filles qu'elle aurait peut-être pu accompagner si elle avait davantage osé. Je pense qu'elle en a tiré les leçons. Son bon résultat, à l'époque, avait étonné mais elle est encore plus forte aujourd'hui. Mais avant tout, qu'elle s'éclate !"

Un conseil qui vaut aussi pour Rémi Schyns, par exemple, sur 3 000 m steeple…
Enfin, l'une des très bonnes surprises de la délégation belge est d'y retrouver un sauteur en longueur, Yanni Sampson. L'athlète du RFCL a satisfait au minimum de Belgian Athletics en retombant à 8,02 m à Thonon-les-Bains (le meilleur saut depuis douze ans), devenant ainsi le quatrième performeur belge de l'histoire.
"Respect à Yanni qui mérite vraiment sa sélection !" s'exclame le responsable du haut niveau à la LBFA. "C'est vraiment chouette pour lui et pour son entraîneur, Raphaël Mazy. Yanni est encore un jeune athlète et il livre une belle saison, en étant très régulier. J'espère qu'il le démontrera à nouveau à Birmingham."
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