l'essentiel Le Hamas a consenti, dans la nuit du jeudi 30 au vendredi 31 juillet, à un accord de désarmement dans la bande de Gaza, en vue d’appliquer la deuxième phase du cessez-le-feu entre le mouvement islamiste palestinien et Israël. Un accord "historique" que Donald Trump a annoncé de manière retentissante sur son réseau Truth Social.

Comme souvent, Donald Trump a employé les grands mots. Jeudi 30 juillet, le président américain a annoncé, sur son réseau Truth social, avoir conclu un accord "historique" prévoyant "le désarmement complet du Hamas" et un retrait israélien de la bande de Gaza. Une annonce tonitruante que le géopolitologue Frédéric Encel invite à prendre avec prudence. 

La Dépêche du Midi : Cet accord semble-t-il crédible, ou s'agit-il plutôt d'un effet d'annonce ?

Frédéric Encel* : La plupart du temps, les annonces de Donald Trump ne sont pas sérieuses. Au Proche et au Moyen-Orient, sauf exception, le président américain est totalement imprévisible. Il faut le prendre avec prudence. On ne peut pas se fier de manière mécanique aux annonces de Donald Trump. Lui-même change d’avis à un rythme époustouflant, et déroute parfois même son propre entourage. Ses déclarations, aussi tonitruantes soient-elles, doivent donc être prises avec des pincettes. En témoigne l'application difficile de son plan pour la paix à Gaza, où le cessez-le-feu promis a été rompu à de nombreuses reprises.

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Quels obstacles pourraient alors empêcher cet accord d'entrer en vigueur ? 

Pour rappel, le plan pour la paix, qui fonctionne jusqu'à présent tant bien que mal, prévoyait déjà le désarmement du Hamas. Seulement, le retrait des forces israéliennes de la bande de Gaza ne devait pas avoir lieu simultanément. Le Hamas exige donc un compromis qui n'était initialement pas convenu, quand bien même il avait approuvé ce plan, à l'instar de plusieurs États comme l'Égypte ou la Jordanie. Il est donc très probable qu'Israël s'y oppose. À peine trois mois avant les élections législatives qui s'annoncent cruciales, perdre du terrain ressemblerait à une capitulation pour Benjamin Netanyahu. Il ne peut pas accepter ça. 

Quel intérêt peut avoir le Hamas à signer un tel accord ? 

Le Hamas est tout à fait isolé sur la scène politique, et craint en vérité le retour des négociations. Il y a de cela un an, la Ligue arabe, qui comprend notamment l'Algérie, le Yémen ou encore la Syrie, exigeait déjà le désarmement du groupe. Dans la mesure où ce dernier est déjà très affaibli, laisser tomber les armes serait finalement quelque chose d'assez dérisoire. Si le Hamas accepte cet accord, il perdra le peu qu'il lui reste. En revanche, parallèlement, l'addition serait plus lourde pour Israël, qui renoncerait définitivement à toutes ses chances de victoire. Le pays ne peut accepter ça et risque donc de s'opposer à l'accord. Ainsi, le Hamas pourra préserver son armement. 

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À terme, quelle solution pourrait être envisagée pour construire une paix durable ?

Si quelque chose permet d'entamer un processus de paix durable, ce ne sera probablement pas cet accord. Du côté d'Israël, la coalition menée par Benjamin Netanyahu risque de chuter lors des élections législatives d'octobre prochain, au profit d'un régime moins radical. À terme, l'Autorité palestinienne se dotera elle aussi d'un nouveau chef, pour remplacer Mahmoud Abbas. Celui-ci sera choisi par des régimes plus modérés, et soutenu par les représentants occidentaux. C'est à ce moment-là que naîtront les chances de voir les deux belligérants engager un processus de paix durable. Tout compte fait, ce sont les changements de régimes à venir qui détermineront l'élaboration de la paix dans la bande de Gaza, plutôt que cet accord.