ENTRETIEN. Tour de France féminin : "On ne s'occupe pas des jeunes filles !" regrette l'ancienne cycliste Cathy Moncassin, vice-présidente de la Fédération française
l'essentiel Multiple championne de France sur piste, élue fédérale et dirigeante de club, la Haut-Garonnaise (49 ans) alerte sur le manque de moyens pour accompagner les plus jeunes.
Cathy, quelle est votre rôle au cœur de ce Tour de France femmes ?
Je n’ai pas de fonction officielle, je suis pilote ASO, pilote commissaire en voiture.
Vous êtes vice-présidente de la FFC aux côtés de Michel Callot, mais vous n’êtes pas en charge du volet féminin…
Non je m’occupe de la jeunesse, il y a des filles bien sûr, du développement au sein des clubs et de la piste… Ça me va très bien, ça fait pas mal d’occupations !
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Le cyclisme féminin a changé d’ère, à quel moment situez-vous le virage qui a permis cette nouvelle évolution…
Le virage ? Il ne faut pas remonter bien loin. Honnêtement, c’est au moment de la renaissance du Tour féminin. Il y a cinq ans…
Pas avant ? Il y avait quand même de grandes courses, des classiques et des structures professionnelles importantes…
Peut-être mais la nouvelle place des filles dans le cyclisme, on la doit au Tour. Pour les gens, les spectateurs, les téléspectateurs, c’est à ce moment-là, pas avant. La forte évolution, elle a eu lieu avec le Tour.
Tout va mieux alors après des décennies difficiles, quand vous couriez, ce n’était pas aussi simple…
Tout va mieux pour le haut niveau, pour le reste, on ne peut pas dire ça. On ne s’occupe pas des jeunes filles. Il n’y a rien de prévu, de concret pour les minimes et les cadettes. C’est grave parce que pour alimenter les formations pros, il faut des filles et on doit s’occuper d’elles beaucoup plus tôt. Le problème il est là. C’est d’abord le manque d’argent, un vrai manque…
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À ce point ?
Oui. C’est sympa d’avoir les équipes qui participent aux Tours et aux classiques, mais en dessous, il n’y a rien. Pas de budgets, pas de subventions, pas de structures pour nos cyclistes de 14, 15, 16 ans… Celles qui doivent être accompagnées pour être demain au plus haut niveau.
Hormis vos fonctions fédérales, vous êtes, avec votre mari Gaëtan Prime, à la tête du GSC Blagnac-VS 31. Comment faites-vous ?
On se débrouille ! C’est difficile mais on fonctionne et je m’occupe d’une des plus belles écoles de cyclisme du pays. On trouve des gamines qui ont envie, qui rêvent d’aller au plus haut niveau comme Valentine Fortin qui sort de notre centre, mais, faute de moyens, on n’a pas toujours la bonne réponse à leur offrir, En plus, pour le vélo, tout se passe au-dessus de la Loire. Nous, on est loin de tout. Je ne vous dis pas les difficultés créées par l’augmentation du prix du gasoil cette année. C’est une catastrophe… On continue, on a la passion, on a un Sport études qui fonctionne avec de beaux résultats au Creps de Toulouse, mais on ne peut pas accompagner les coureurs comme on le voudrait…
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Ça veut dire que l’on pourrait passer à côté de "petits Seixas", juste pour des questions d’argent ?
Mais oui ! J’en ai des petits Seixas, des petites Ferrand-Prévôt mais soit ils vont changer de sport, soit il vont aller voir ailleurs. C’est dommage.
Qu’est-ce que vous feriez si un partenaire venait investir pour les filles ?
Tout ce qu’on ne peut pas faire aujourd’hui ! Leur filer des vélos, les amener sur d’autres courses, leur monter de vrais programmes. Un calendrier…
St Michel-Auber 93 arrête son équipe de garçons pour se consacrer aux filles…
Ça c’est un tournant, une vraie première qui va marquer notre sport. Les partenaires ont estimé qu’ils avaient une meilleure visibilité avec les filles. Une position inimaginable il y a quelques années. À mes yeux, c’est une vraie lueur d’espoir…
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Bon, un peu de fiction. Vous avez le choix, sur la télé de gauche le Tour féminin en direct, sur celle de droite celui des garçons : vous vous installez de quel côté ?
(elle éclate de rire puis hésite un court instant) Je vais du côté des filles bien sûr, les garçons ils ont eu la chance d’avoir cette dernière étape à Paris sinon…