« Face aux incendies récents, les aménagements que nous avions réalisés ont fait défaut. On peut dire tout ce que l’on veut sur la solidarité nationale, et je la partage, maintenant il faut que l’on cesse de dire que cela a fonctionné, notamment à Fontainebleau, on ne peut plus improviser face au fait accompli », alerte le colonel hors classe Ludovic Inès, directeur général adjoint de l’entente Valabre.

Pour cette organisation publique experte depuis les années 1980 sur les moyens aériens à disposition de la Sécurité civile, la question de la gestion de l’eau est l’élément le plus crucial face au changement climatique. Et cela doit passer par des aménagements. Elle considère comme une priorité de multiplier, protéger et moderniser les différentes infrastructures de stockages en eau (citernes, bassines, pélicandromes, etc.) à travers le territoire : « Constater les dégâts est un échec, il faut anticiper la gestion de l’eau », tranche Ludovic Inès.

Le maillage national par un réseau de citernes

Actuellement, c’est tout un réseau de citernes, mis en place par la Sécurité civile, qui quadrille la France en privilégiant jusqu’alors les régions les moins naturellement irriguées. Les cuves sont conçues pour s’auto-emplir avec les pluies de l’année, en prévision de la saison estivale. « Les départements ne sont pas nécessairement équipés pour alimenter notre logistique. C’est pour cela que nous avons mis en place un dispositif de réserves tactiques, souvent placées dans des fermes agricoles », explique la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.

Gagner du temps en réduisant la durée des allers-retours nécessaires au ravitaillement en eau des pompiers est essentiel pour lutter contre un feu de forêt. Photo Sophie Garcia/Sipa

Gagner du temps en réduisant la durée des allers-retours nécessaires au ravitaillement en eau des pompiers est essentiel pour lutter contre un feu de forêt. Photo Sophie Garcia/Sipa

Le colonel hors classe Ludovic Inès distingue deux types de citernes. Les citernes enterrées, « qui protègent davantage l’eau de l’évaporation, mais qui peuvent se retrouver bouchées par différents détritus charriés lors des pluies. Et les citernes aériennes, qui nécessitent moins d’entretien et dont les plus modernes permettent directement à des hélicoptères de puiser dedans. Cependant, la facilité à les repérer fait craindre des dégradations ».

L’emplacement de ces stocks d’eau demeure secret pour anticiper de nombreuses problématiques qui pourraient les frapper (sabotage, vol, accident), notamment depuis les manifestations contre les bassines de Sainte-Soline (Deux-Sèvres). L’élargissement de ce réseau d’infrastructures permettrait de gagner du temps en réduisant la durée des allers-retours nécessaires au ravitaillement en eau des pompiers. C’est également ce qui permet d’agir sur les incendies sur le plan aérien et terrestre de façon simultanée, une singularité française supposée permettre, dans 95 % des cas d’incendies, de limiter la surface brûlée à quatre ou cinq hectares.

Une modernisation en cours

Le dernier projet lancé par l’entente Valabre est l’installation de sondes de niveau dans les citernes, que l’Union européenne pourrait financer. « Cela pourra permettre, par relevé satellitaire, de connaître en temps réel le niveau de l’eau dans les cuves. Cela peut être intéressant en début de saison pour être alerté si les pluies n’ont pas été suffisantes pour remplir une citerne et à prévenir un défaut de ravitaillement au moment de la gestion de l’incendie », insiste le colonel Ludovic Inès.

Il existe également des capteurs posés à l’extérieur des citernes (capteurs de température et capteurs solaires) qui permettraient de détecter un départ de feu dans l’environnement autour s’ils sont judicieusement placés. Les premiers déploiements sont actuellement en phase de test.