Incendies. « Il va forcément falloir parler de financement », prévient le président des sapeurs-pompiers
Série : Les moyens des pompiers, l'éternelle question [3/4] - Jean-Paul Bosland, le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers juge que la question du financement des services d’incendie et de secours est centrale. Mais aussi celle du périmètre des missions.
Propos recueillis par Aurélien Poivret -
Aujourd’hui à 07:30
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La question du financement est-elle légitime aux yeux des pompiers qui se battent contre le feu en Gironde ?
« Nous sommes à la fin d’un chapitre de l’histoire des sapeurs-pompiers. On a besoin d’écrire la suite, et il va forcément falloir parler de financement. C’était d’ailleurs l’un des sujets du Beauvau de la Sécurité civile (en février 2025, NDLR), parce qu’aujourd’hui, nos Sdis (Services départementaux d’incendie et de secours) sont dépendants des départements, qui sont sous tension. Avec des “saisons” de feu qui commencent très tôt, il va y avoir un sujet sur le paiement des heures (et) de la masse salariale qui est envoyée sur le terrain. Aujourd’hui, nous avons 43 000 sapeurs-pompiers professionnels et 200 000 volontaires, et nous militons pour qu’ils soient respectivement 50 000 et 250 000. »
Les Sdis vont-ils être en manque de moyens ?
« Oui, très clairement, on va avoir des Sdis qui seront en difficulté avec la hausse des interventions liées au dérèglement climatique. Il va falloir voter des budgets supplémentaires, ou réorienter les budgets. À la Fédération nationale, on attaque ce sujet par la voie du champ de mission des pompiers. À l’heure actuelle, nous gérons le risque courant, les ambulances, les incendies et les feux de forêt. Et pourtant on continue toujours à faire les fuites d’eau sur les machines à laver… En termes de réponse opérationnelle, je pense qu’on peut se passer de ce genre d’interventions, et que certains peuvent se prendre en main. »
« On va avoir besoin de Canadair »
« Mais forcément, quand vous avez un service gratuit qui arrive en 10 minutes chez vous, il n’y a aucune raison de ne pas le solliciter ! Ça, il faut le rectifier, notamment avec les assurances : quand on investit un euro dans la prévention, ça vaut trois euros après un sinistre ! On va aussi avoir un vrai sujet sur l’urbanisation de la forêt. Dans les années 1990, on a eu de grosses inondations avec des morts. Depuis, on a créé des zones inondables où on ne peut plus construire. À la montagne, on interdit les constructions sur les couloirs d’avalanche. Ce n’est pas pour embêter la population, c’est pour sauver des vies. Demain, il faudra sans doute faire pareil pour les forêts. »
Jean-Paul Bosland, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. Photo Marion Fournies
La polémique a été vive ces derniers jours quant à la flotte aéronautique de la Sécurité civile. Est-elle suffisante ?
« On ne parle de ce sujet qu’à travers les Canadair, en reprochant aux gouvernements de ne pas en acheter. Mais parce qu’il ne s’en fabrique plus ! La société qui les produit va relancer la chaîne de production, et parallèlement, des projets français vont - enfin - fabriquer des engins, avec des sociétés qu’il va falloir accompagner et des pistes à étudier, comme celle des vols de nuit. Alors oui, on va avoir besoin d’appareils, mais encore faut-il qu’il s’en construise. »