La végétation sèche vue d'un drone, au Cléré-du-Bois, dans l'Indre, le 16 juillet 2026.

La végétation sèche vue d'un drone, au Cléré-du-Bois, dans l'Indre, le 16 juillet 2026. - JEAN-MICHEL DELAGE / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Ironie du sort, une sécheresse peut favoriser une inondation. À l'aune du changement climatique qui accentue à la fois l'assèchement des sols et les pluies intenses, le risque de crues est particulièrement scruté.

Agriculteurs, pompiers, habitants... Tout le monde attend la pluie. L'Hexagone traverse une sécheresse exceptionnelle, résultat de plusieurs mois sans précipitations et d'un été particulièrement chaud. En ce début de mois d'août, la sécheresse est généralisée à l’ensemble du territoire et les sols sont plus secs que ceux observés en 2022 à la même période et se rapprochent même des niveaux absolus les plus bas jamais enregistrés.

Les cours d'eau sont également très impactés, tout comme les nappes phréatiques - malgré un rechargement souvent plus que satisfaisant cet hiver -, notamment dans le Limousin, le Grand-Est ou encore la Bretagne.

"Ça crée des tensions sur les milieux aquatiques, pour l'agriculture, pour l'accès à l'eau potable...", explique à BFM Pierre Brigode, hydrologue et enseignant-chercheur à l'ENS Rennes. Sur le front des incendies, une végétation si sèche favorise les départs de feu et la propagation des flammes.

Le ciel est donc scruté: on attend la pluie. Mais pas n'importe laquelle. Certains types de précipitations pourraient créer de nouveaux problèmes, sans résoudre les premiers.

"Il faut des pluies régulières"

"Il faut qu'il pleuve mais pas des pluies intenses et courtes, il faut des pluies régulières, sur plusieurs jours, pour qu'elles soient efficaces pour humidifier les sols", insiste David Ratheau, hydrogéologue au sein du BRGM. "Les pluies doivent être continues sur plusieurs jours voire semaine pour qu'elles aient le temps d'imbiber les sols sans repartir par évaporation", abonde dans le même sens Pierre Brigode.

Ces derniers jours, quelques orages parfois forts ont éclaté à travers le pays, mais pas de quoi satisfaire les besoins, loin de là. "Les orages localisés ne suffisent pas, et sur des sols secs, ça crée du ruissellement et des risques d'inondations", explique à cet égard David Ratheau.

Il faut imaginer les sols comme des éponges. Lors d'un épisode de sécheresse comme celui de cet été, elles sont donc très sèches: lorsqu'elles reçoivent une grande quantité d'eau en peu de temps, l'eau ruisselle au lieu de pénétrer à l'intérieur. Plutôt que de s'infiltrer dans les sols ou les nappes phréatiques, les pluies orageuses s'écoulent à la surface, vers les fossés, les cours d’eau et les points bas, ce qui peut parfois générer des crues et des inondations.

Comme pour une éponge, pour enrayer une sécheresse, il faut donc des pluies modérées, régulières et étendues dans le temps afin de permettre à l’eau de s'infiltrer progressivement.

Qu’est-ce qu’un « orage de feu », ce phénomène observé pour la première fois en Gironde au cours de l’incendie ?

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Le risque des pluies intenses

"Les sols très secs favorisent le ruissellement lors des premières pluies mais ça ne crée pas automatiquement des inondations", temporise toutefois Pierre Brigode. "Elles sont favorisées en cas de pluies intenses, mais il faut la combinaison des deux facteurs", ajoute-t-il.

Manque de chance, le changement climatique rend cette combinaison plus probable. Avec la hausse des températures et la baisse de la pluviométrie sur certaines régions durant l'été, les sécheresses sont plus fréquentes et plus intenses. En parallèle, "le changement climatique perturbe le régime des pluies avec moins de précipitations et une durée plus longue entre les pluies à l'été", explique Pierre Brigode.

Conséquence: tout cela "augmente la probabilité de voir se succéder un épisode de sécheresse et un épisode de pluies intenses", et donc de voir survenir des inondations.

Des régions particulièrement scrutées

Pour l'heure, aucune précipitation d'ampleur n'est annoncée dans les prévisions météorologiques. "On ne peut pas savoir ce qu'il va se passer", souligne Pierre Brigode, qui rappelle qu'une sécheresse n'implique pas forcément des inondations, qui ne surviennent qu'en cas de pluies intenses.

"Il y a une inquiétude à plus long terme concernant les remontées cévenoles en régions méditerranéennes en sortie d'été ou à l'automne", note toutefois David Ratheau. "Si les sols sont secs, les dégâts peuvent être importants", met-il en garde. Effectivement, "statistiquement, quand les sols sont secs et l'été chaud, la Méditerranée est plus chaude donc on se retrouve dans une situation avec de probables pluies intenses", détaille Pierre Brigode.

Plus les températures moyennes augmentent, plus il y a de vapeur d'eau dans l'air. Un degré de plus dans l'atmosphère correspond à 7% d'humidité supplémentaire et donc à une plus forte probabilité de précipitations. À cela s'ajoute une augmentation de la température de la mer, ce qui conduit également à un surplus d'humidité dans l'air en raison de l'évaporation. Par conséquent, une mer Méditerranée bouillonnante peut entraîner davantage de pluies sur la France.

Selon le groupe d'experts sur les changements climatiques et environnementaux en Méditerranée (MedECC), il faut s'attendre à ce que ces épisodes violents surviennent de plus en plus fréquemment dans les années à venir notamment en France, Espagne et Italie.

Ainsi, selon les prévisions de la Tracc (Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique), un cadre élaboré par la France pour guider l’adaptation aux effets du changement climatique, l'augmentation des pluies intenses (+10%) renforcera "le risque d'inondations par ruissellement pour lequel 17 millions de Français sont exposés".

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Autre territoire à risque cette année: les zones sinistrées par des incendies. Alors que près de 117.000 hectares ont brûlé depuis le début de l'année, "ces sols sont temporairement moins perméables et n'ont plus de végétation pour ralentir le ruissellement", pointe Pierre Brigode, qui ajoute également qu'en raison de cette absence de végétaux, qui d'ordinaire stabilisent les sols, ces derniers peuvent être emportés en cas de fortes pluies et créer des coulées de boue.

"Aujourd'hui, on subit"

Alors, comment se protéger contre de potentielles inondations après une période de sécheresse? David Ratheau plaide pour une "gestion structurelle de la ressource" avec un aménagement durable du territoire et un objectif: "que les pluies puissent s'infiltrer là où elles tombent et être stockées dans les sols". Cela passe, par exemple, par des cultures différenciées plutôt que des monocultures, la restauration de zones humides ou encore la présence de haies.

En ville, certaines zones sont particulièrement vulnérables en raison de l'artificialisation des sols. "Il faut désimperméabiliser au maximum", affirme Pierre Brigode. À titre d'illustration, "dans un lotissement, il faut créer un axe vert avec une pelouse et des arbres au milieu et orienter les écoulements vers lui", propose David Ratheau.

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"Mais tout cela prend du temps, alors aujourd'hui, on subit", déplore David Ratheau, qui ajoute néanmoins: "Quand on a quatre mois sans pluie et quatre canicules, il faut reconnaître que même la gestion structurelle ne suffirait pas". Ainsi, en plus de l'adaptation du territoire, Pierre Brigode rappelle le premier axe d'action: "atténuer le changement climatique en baissant les émissions de gaz à effet de serre, pour limiter la sécheresse et les pluies extrêmes et donc le risque d'inondations".