Selon le média d'investigation Republik, le journal SonntagsBlick, édition dominicale du Blick alémanique, cessera de paraître en fin d'année. Si l'éditeur Ringier ne confirme pas, l'annonce de la mort d'un nouveau journal bien connu outre-Sarine suscite beaucoup d'émotion, mais ne surprend pas son ancien rédacteur en chef Peter Rothenbühler.

Citant plusieurs sources indépendantes, Republik précise que toutes les personnes concernées auraient signé un accord de confidentialité, mais affirme que la décision serait d'ores et déjà définitive. Et de relever des indices: le supplément SonntagsBlick-Magazin a été supprimé fin 2024, et le PDG de Ringier Marc Walder a assumé, au micro de SRF, que ses publications devaient être "viables et rentables" et que c'était "de plus en plus difficile, surtout dans la presse écrite".

Lancé à la fin des années 1960, le SonntagsBlick a été le premier journal dominical de Suisse. Connu pour son goût du sport et des affaires sulfureuses, il a occupé la place de leader parmi les publications de fin de semaine. Mais son lectorat et ses revenus publicitaires ont chuté ces dernières années. Sa disparition après 57 ans d'existence sous sa forme actuelle marquerait ainsi la fin d'une époque pour la presse helvétique.

Chute du lectorat

Invité dans l'émission Forum de la RTS, Peter Rothenbühler, ancien rédacteur du titre ainsi que du Matin, entre autres, ne s'est pas montré surpris par cette perspective. "On attendait cette annonce depuis un certain moment. On a vu que le tirage baissait très fort. Le journal vendait beaucoup moins d'exemplaires que ses concurrents", a-t-il réagi vendredi soir.

Le SonntagsBlick est aujourd'hui tiré à environ 75'000 exemplaires. Avec un lectorat estimé à 265'000 personnes, c'est le 3e journal dominical le plus lu de Suisse derrière la SonntagsZeitung (368'000) et la NZZ am Sonntag (332'000), rappelle Republik, qui note que sa disparition pourrait représenter une hausse notable des coûts de distribution postale – jusqu'ici répartis entre les trois titres – pour ses deux rivaux.

Trop anti-UDC pour survivre?

Pour Peter Rothenbühler, cette chute du lectorat est liée à un problème de contenu. "Ces dernières années, le SonntagsBlick a fait un peu du slalom sur le plan politique. [...] Et puis, il y a eu des scandales", rappelle-t-il, citant l'affaire Thomas Borer en 2002: "Le journal a accusé notre ambassadeur à Berlin d'avoir couché avec une jeune femme dans l'ambassade. Ils ont payé des millions et l'éditeur a dû s'excuser en première page, ça a fâché énormément de gens."

Quand vous voulez être un journal populaire, vous ne pouvez pas toujours attaquer les gens qui votent pour le plus grand parti de Suisse. Populaire, ça veut dire aussi un peu populiste!

Il estime aussi que "le SonntagsBlick a fait une campagne permanente contre l'UDC et contre Blocher, que leur chroniqueur principal a comparé à Hitler, alors que c'est le plus grand parti de Suisse. Quand vous voulez être un journal populaire, vous ne pouvez pas attaquer en permanence les gens qui votent pour le plus grand parti de Suisse. Populaire, ça veut dire aussi un peu populiste: vous devez ressembler à vos lecteurs et ne pas faire trop de politique."

Il note enfin que si le journal est resté une référence en matière de sport, "les lecteurs ont glissé du côté des médias électroniques" pour ce type d'information.

Propos recueillis dans l'émission Forum

Texte web: jop