« Gardez votre boulot » : les désillusions d’un créateur d’apps avec l’IA
Il y a quelque chose de fascinant avec le vibe coding, surtout si l'on n'a jamais touché à une ligne de code de sa vie. Si tel est votre cas, nous ne pouvons que vous conseiller d'essayer une fois de demander à ChatGPT ou Claude de réaliser un petit script ou une petite app qui répond à l'un de vos besoins bien précis. C'est à coup sûr l'une des choses les plus fascinantes arrivées dans l'informatique ces dernières années. Fort logiquement, cette mouvance a créé une nouvelle génération de développeurs. La barrière à l'entrée de l'App Store n'a jamais été aussi basse pour arriver à ses fins. Il suffit d'avoir un bon abonnement à Claude ou ChatGPT, un compte développeur à 99 $ chez Apple, et il ne reste plus qu'à concrétiser son idée.
L’App Store semble bel et bien submergé par la vague du vibe coding
La ruée vers l'IA
Ce succès du vibe coding, nous le constatons quotidiennement à la rédaction face à l'afflux d'annonces de nouvelles applications que nous recevons depuis quelques mois. C'est un phénomène inédit : même aux premières heures de l'App Store, nous n'avions pas observé une telle frénésie. Naturellement, certains décident de passer à la vitesse supérieure et de transformer ce qui s'apparente à un passe-temps en véritable projet professionnel. Quelque part, nous avons également constaté que de nombreux développeurs se sont mis récemment au français, à moins que ce ne soient les facilités des LLM qui les incitent à écrire dans la langue de Molière.
Patrice Cassard, entrepreneur historique du web français que beaucoup connaissent pour avoir fondé LaFraise ou encore Archiduchesse, s'est lui aussi frotté à l'exercice. Dans un billet publié sur LinkedIn, son constat est sans appel : « Petit conseil à ceux qui rêvent de quitter leur boulot pour vivre de leurs apps iOS créées avec l'IA : ne le faites pas ! »
Au terme de neuf mois à plein temps et avec huit applications sur l'App Store, selon son bilan, l'entrepreneur estime que « créer est devenu la partie facile ». Avec l'assistance d'un outil comme Claude Code, il souligne qu'il « n'y a quasiment plus de limite technique » et que l'on peut concevoir précisément ce que l'on a en tête. Une sensation qu'il qualifie de « grisante », mais qui constitue paradoxalement le principal piège : on se persuade naturellement qu'un produit abouti trouvera son public. « Et ce n'est, bien sûr, pas le cas », tranche-t-il.
Le mur de la distribution
Pour Patrice Cassard, la saturation de l'App Store rend la découverte naturelle très faible. Il avance également des chiffres qui font pour le moins réfléchir : « Sur 100 personnes, la moitié l'a supprimée le jour même, et après un mois, le taux de rétention tombe à 4 ou 5 % ! » détaille Patrice Cassard, en précisant que ces métriques s'effondrent encore davantage si l'on ose imposer un abonnement payant, particulièrement en Europe.
L'exemple de Pinpin, l'application qui marche le mieux selon lui, illustre son constat. Cet outil de gestion de liens et de notes, proposé gratuitement sur l'App Store, approche, d'après son bilan, « bientôt 2 000 téléchargements en 8 mois, soit, soyons dingos, 100 utilisateurs actifs ». Son verdict tombe alors comme un couperet : « Le mur, ce n'est pas le code. C'est la distribution. »
En s'intéressant aux développeurs solos qui en vivent, et en écartant volontairement certains contre-exemples, il dit avoir repéré une méthode récurrente. Dans son analyse, ils délaissent les projets dont ils rêvent pour cibler une niche mal servie, publient une alternative plus abordable, puis réinvestissent leurs gains dans l'achat d'espace publicitaire pour amorcer la pompe. Une routine qu'ils répètent en boucle. « Ça marche (a priori), mais c'est un métier de marketeur, pas de créateur, et ce n'est pas celui que j'ai envie de faire », déplore-t-il, rappelant que sa motivation première reste de transformer sa propre vision d'un produit en application, avec ses codes et ses goûts.
Comment le vibe coding relance la ruée vers l’or sur l’App Store
Un motif de consolation
Plus près de nous, l'exemple de Motif illustre parfaitement cette dynamique. Félix et Mickaël, deux visages familiers de nos colonnes, ont récemment lancé un petit sur l'App Store. Le principe est simple : chaque jour, une grille identique pour tous, où il faut trouver dix mots pour maximiser son score en permutant et balayant des lettres. Le jeu est astucieux, soigneusement exécuté et totalement gratuit. Le tout sans publicité. Pourtant, il stagne sous la barre des cent téléchargements. Fort heureusement, nos deux compères n'avaient pas prévu de faire fortune avec ce projet.
Reste que cette facilité croissante à produire du code soulève une interrogation pour les développeurs : comment trouver son public une fois son idée concrétisée ? La qualité du produit reste essentielle, mais elle ne suffit pas à garantir sa réussite commerciale.