Il est accusé d'avoir violé neuf hommes, travailleurs handicapés au sein d'un Esat : un moniteur face à la justice
l'essentiel Dix ans après les faits présumés, un ancien moniteur d'Esat comparaît devant les assises en Seine-Saint-Denis pour des viols, agressions sexuelles et violences qui auraient été commis sur neuf travailleurs handicapés. L'accusé, qui nie les faits, doit être jugé jusqu'au 20 octobre à Bobigny.
C'est une nouvelle affaire de violences sexuelles sur des personnes vulnérables qui choque. A Bobigny, le procès d'un moniteur d'établissement et service d'aide par le travail (Esat) pour une série de viols sur neuf travailleurs handicapés, s'est ouvert ce mardi 13 octobre devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis, dix ans après les faits présumés, raconte l'AFP.
Ahmed M., 49 ans, doit répondre jusqu’au 20 octobre d'une série de sévices - viols, agressions sexuelles, violences aggravées et actes de torture ou de barbarie - qui auraient été commis sur des hommes souffrant d’un handicap mental dont il assurait l'encadrement. A la barre, vêtu d'un costume sombre et cheveux coiffés en arrière, l'accusé a décrit mardi d'un ton posé une enfance heureuse en Tunisie, où il a grandi jusqu'à l'adolescence, entouré de ses soeurs et de parents instituteurs "aimants", avant de rêver à la France. Là, lors de ses premières années en Île-de-France, commence alors un parcours de "débrouille", dit-il, entre petits boulots et nuits passées tantôt chez des amis, tantôt dans une "vieille voiture".
Sa personnalité ? "Empathique", témoignent tour à tour son ex-compagne et son actuelle concubine. "Nerveux oui, mais agressif, non", répond de son côté l'accusé à la présidente de la cour, quand elle évoque les remarques d’un ancien supérieur à son encontre.
Des faits remontant à 2015 et 2016
D'abord employé d'une société d'aide à domicile, celui qui explique avoir "appris à aimer les gens" en prenant soin de son arrière-grand-mère, s'est ensuite orienté dans le paysagisme, avant de rejoindre, plus tard, un Esat à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).
Les faits qui lui sont reprochés remonteraient aux années 2015 et 2016. A l'époque, l'accusé effectue un remplacement de six mois dans cet établissement. Ce n'est qu'après son départ que plusieurs travailleurs ont commencé à témoigner. Neuf victimes ont été retenues à l'issue de l'instruction.
Selon les témoignages recueillis lors des investigations, l'accusé aurait, à plusieurs reprises, inséré ou tenté d'insérer un manche à balai, un bâton, des outils, ou encore du fil de fer dans l'anus des victimes. Il leur aurait aussi touché le sexe, souvent avec violence. D'après l'ordonnance de mise en accusation, qui date de 2020 et que l'AFP a consultée, l'un des travailleurs a affirmé qu'Ahmed M. avait, à plusieurs reprises, enfoncé un bâton en fer entre ses fesses, par-dessus ses vêtements. Il a également expliqué qu'il l'avait vu reproduire les mêmes gestes sur deux autres personnes.
Un autre travailleur handicapé a raconté que l'accusé avait tenté de lui introduire l'embout d'une spatule qu'il avait chauffé avec un briquet. "Il faisait n'importe quoi. Il nous jetait des objets, des outils. (..) Il nous pinçait les tétons aussi", a relaté Nicola qui, lui, n'a pas subi de viol. Plusieurs témoignages ont également rapporté qu'Ahmed M. "menaçait de les frapper" s'ils le dénonçaient.
Aucune lésion traumatique récente n'a été décelée lors des examens subis par les plaignants, mais "les examens psychologiques (...) ont tous permis de mettre en évidence des traumatismes liés aux faits dénoncés", a souligné la juge d'instruction dans son ordonnance de mise en accusation.
L'accusé nie les faits reprochés
Entendu à plusieurs reprises durant l'enquête, Ahmed M. a toujours nié les actes qui lui étaient reprochés, accusant deux des travailleurs handicapés d'être, pour l'un "menteur", et pour l'autre "manipulateur". Selon lui, ces témoignages pourraient être la conséquence des tensions qui existaient entre lui et une autre monitrice. D'après les conclusions de l'enquête, il aurait demandé à plusieurs travailleurs de crever ses pneus de voiture, ce que l'un d'eux a fait. Ahmed M. a indiqué au policier savoir que cette monitrice "allait se venger", même s'il nie le fait d'avoir provoqué la dégradation de son véhicule.
Un temps placé en détention provisoire, l'accusé a été libéré sous contrôle judiciaire début 2018. Selon son avocat, Me Maugendre, Ahmed M., qui nie les faits, souhaite que "sa parole soit entendue et reconnue" à l'issue de ce procès. Me Sarah Mauger-Poliak, qui représente la majorité des victimes parties civiles, "déplore la lenteur de la justice dans cette procédure pourtant extrêmement grave".
L'avocat de l'Esat, Me Mathieu Hénon, rappelle que l'association a dénoncé les faits dès qu'elle en a eu connaissance en 2016. Également partie civile au procès, elle sera "surtout là par solidarité" avec les victimes "directes", souligne son conseil.