Mode opératoire, ampleur des dégâts : ce que l’on sait au lendemain de la cyberattaque visant des frigos de supermarchés - ICI
Publié le mardi 13 octobre 2026 à 20h40
L'enquête est toujours en cours mardi au lendemain de la cyberattaque qui a visé les installations frigorifiques de centaines de supermarchés en France. Si l'origine du piratage est difficile à déterminer, plusieurs experts expliquent comment les pirates s'y sont pris pour mener une telle attaque.
Pas de données volées, mais des tonnes de produits frais à jeter : plusieurs enseignes de supermarchés françaises ont été victimes dans la nuit de dimanche à lundi d'une cyberattaque "inédite" visant leurs installations frigorifiques. Les pirates ont ciblé des systèmes de régulation du fabricant danois Danfoss et ceux de l'Américain Copeland, utilisés dans de nombreux magasins et connectés à internet. Ils ont fait grimper les températures à 50 degrés, provoquant la perte massive de denrées alimentaires, même si des enseignes comme Coopérative U tempèrent ce mardi l'ampleur des dégâts.
Au moins 300 points de vente Intermarché/Netto, moins d'une centaine du groupe U, "plusieurs magasins" du groupement E.Leclerc, 80 supermarchés Carrefour et une trentaine de Monoprix sont concernés par cette attaque.
Comment les pirates ont-ils fait pour viser ces frigos ? Quelle est l'ampleur de l'attaque et des pertes ? Connait-on l'origine du piratage ? Voici ce que l'on sait.
Des équipements connectés à internet
Longtemps isolés d'internet, les équipements industriels comme les groupes frigorifiques sont désormais connectés à internet afin de permettre leur supervision et leur pilotage à distance, explique à l'AFP Antoine Hautin, secrétaire général d'Almond, cabinet de conseil en cybersécurité. Sans protections adaptées comme le contrôle des droits d'accès, l'installation régulière des correctifs de sécurité ou le recours à des plateformes intermédiaires pour le contrôle à distance, "n'importe quelle usine ou matériel" connecté, que ce soit dans l'automobile, l'énergie, les transports, peut être exposé à des scénarios similaires, estime Olivier Daloy, expert cyber chez Zscaler.
Le principe de cette attaque est comparable, selon lui, au virus Stuxnet en 2010 qui avait entraîné une série de pannes dans le parc iranien de centrifugeuses utilisées pour l'enrichissement de l'uranium. Dans le cas des supermarchés, l'attaque montre les conséquences potentielles d'un accès à distance insuffisamment protégé à des équipements essentiels au fonctionnement quotidien des entreprises. L'entreprise danoise Danfoss a d'ailleurs expliqué que "la majorité des unités touchées sont des produits anciens" qui ont atteint "leur fin de vie et ne bénéficient plus de mises à jour logicielles ou de sécurité". Danfoss a souligné qu'elle recommandait "depuis longtemps à ses clients de maintenir les systèmes pris en charge à jour et de migrer les systèmes hérités vers des solutions de génération actuelle".
"Une attaque" contre "l'internet des objets"
En pénétrant les réseaux informatiques, des pirates peuvent atteindre les systèmes qui pilotent directement ces équipements frigorigiques et provoquer des perturbations dans le monde réel. "On est face à une attaque de ce qu'on appelle l'IoT" l'internet des objets, explique Olivier Daloy, expert en cybersécurité chez Zscaler. Il s'agit de machines qui "n'ont pas d'écran, de clavier", mais qui sont néanmoins accessibles par un réseau et peuvent, dans certains cas, être contrôlées à distance, explique-t-il. Deux scénarios sont notamment possibles, note Olivier Daloy : l'exploitation d'une vulnérabilité technique ou l'utilisation d'identifiants compromis permettant de se connecter à l'équipement.
Concrètement, dans le cas des frigos, "le risque immédiat est de gaspiller de la nourriture et le deuxième risque est d'avoir un impact physique, avec des risques de départ de feu, quand les frigos montent à 50 degrés", poursuit-il. Évoquant "les contrôleurs de froid Danfoss série AK-SM et AK-SC", le directeur général de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), Vincent Strubel, a souligné qu'il était "urgent de les déconnecter d'internet, ou d'adopter a minima une politique de filtrage réseau très restrictive".
Outre les systèmes du fabricant danois Danfoss, ceux de Copeland sont aussi concernés par la cyberattaque selon l'Anssi. Cette dernière a émis mardi une autre alerte de sécurité, en ajoutant deux références d'équipements de cette société américaine.
"Des dizaines de millions d'euros" de pertes, des centaines de magasins touchés
Les pirates ont réussi, à distance, "à mettre en dégivrage tous nos meubles froids et à les monter en température jusqu'à 50 degrés", a expliqué le patron des Mousquetaires/Intermarché, Thierry Cotillard, lundi soir sur BFMTV. "Ça va être des dizaines de millions d'euros au niveau national en une seule matinée de gestion de crise", c'est du "jamais vu", a-t-il chiffré, évoquant "un vrai sujet de vulnérabilité" concernant "notre souveraineté alimentaire".
Selon Intermarché, les distributeurs ont été contraints de "jeter l'ensemble des produits" touchés pour respecter la chaîne du froid, estimant que "l'un des points durs" aura trait aux assurances qui ne "couvrent pas ce type" d'incident. En Gironde, un supermarché a été obligé de mettre à la poubelle 60 mètres cubes de nourriture, ce qui représente entre 150.000 et 200.000 euros de perte. Le PDG de Coopérative U, Dominique Schelcher, a, lui, tempéré mardi l'ampleur des dégâts causés la veille en précisant qu'une "minorité" des 80 magasins U touchés ont dû jeter de la marchandise. Un magasin Intermarché à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) a été obligé de réapprovisionner en urgence ce mardi matin, mais certains rayons resteront clairsemés : "Les produits où on a plus de mal à avoir un réassort complet, c'est toute la boucherie, la volaille, le surgelé entier qui a été jeté, c'est l'ensemble des rayons où on aura des trous un peu partout", a expliqué à France 2 Kilian Melin, directeur du magasin.
- Cyberattaque : des centaines de magasins victimes d'un piratage de leurs systèmes de réfrigération - Journal de 13h de France 2, le 13 octobre 2026
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Une origine difficile à déterminer
L'origine de l'attaque de lundi demeure difficile à déterminer : "L'attribution, le fait de savoir qui est réellement à l'origine de l'attaque, est une affaire qui est extrêmement compliquée", souligne Olivier Daloy. Aucune donnée n'a été volée et aucune rançon n'a été demandée. Si le mobile ne semble pas financier, Nicolas Arpagian, directeur de la stratégie de Jizô AI, estime sur France 2 qu'il peut s'agir d'une ingérence extérieure : "Soit il s'agit d'un test pour éprouver la réaction des services de l'État, des entreprises et même de l'opinion publique, ou alors en prévision d'une conduite plus coordonnée à l'avenir concernant différents systèmes d'information industriels très présents dans la vie quotidienne des Français."
Le parquet de Paris a annoncé le lancement d'une enquête de sa propre initiative. Dirigée par la section anticybercriminalité et "confiée à l'office anticybercriminalité (OFAC), elle doit permettre de recenser les victimes et d'établir le lien avec les dégâts rapportés" en matière de "pertes de denrées alimentaires" et d'équipements ayant commencé à prendre feu, a-t-il précisé.
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