Derrière le box vitré des prévenus, le jeune A., âgé de 18 ans, tranche avec les autres comparants. Cheveux bouclés, t-shirt clair, le jeune majeur comparaît après 48 heures de garde à vue. « Il est passé par les geôles, il est terrorisé », explique maître Caroline Roch-Elfort, son avocate.

Les faits remontent à mardi dernier, énonce la présidente. « Les policiers assuraient le maintien de l’ordre devant le lycée Chiris à Grasse, où un groupe d’une centaine d’individus est monté sur des voitures, en hurlant et en jetant des projectiles », détaille la juge. Un petit groupe a fini par se détacher, entraînant plusieurs interpellations. « Lors de votre garde à vue, vous avez déclaré : “J’ai fait un blocus devant le lycée, j’y étais allé pour manifester. J’ai lancé une pierre mais je ne voulais pas les toucher, je suis parti en courant pour éviter les tirs de LBD (lanceur de balles de défense).” »

Des faits « détestables »

La présidente s’arrête : « Ces faits sont détestables, monsieur. » Dans le sac du jeune homme, les forces de l’ordre ont retrouvé une cagoule noire et une pile. La magistrate commente : « Cette pile est pour votre télécommande. Vous êtes chez vous, vous changez la pile et vous la mettez délicatement dans votre sac à dos ? » Le prévenu répond : « Je l’avais oubliée. » Quant à la cagoule, il l’affirme, elle lui sert le matin à scooter car « il fait froid ». « Je regrette mes actes », poursuit le jeune homme. « Vous encourez de l’emprisonnement, Monsieur… Ça vous fait quoi ? », continue Stéphanie Lochon-Dallet.

Le procureur de la République, Paul-Marie Ferri, embraye et tente de creuser : « Pourquoi ne pas vous être arrêté à des revendications en bonne et due forme ? » Le lycéen tente de se justifier, explique avoir suivi le mouvement de foule, avoir eu peur des policiers, puis fait référence à l’accident d’un jeune manifestant blessé au visage dans le Val-d’Oise.

Travaux d’intérêt général

Lors de ses réquisitions, le ministère public a requis 6 mois d’emprisonnement ferme sous bracelet électronique ainsi qu’une interdiction de paraître sur le lieu de l’infraction. « Il faut une réelle prise de conscience, qu’il comprenne qu’il a dépassé les bornes », commente Paul-Marie Ferri.

Une sanction que le conseil du prévenu a demandé à tempérer : « Il a l’honnêteté d’assumer son acte et sa responsabilité. » Le tribunal a finalement rendu son jugement et condamné le prévenu à 180 heures de travail d’intérêt général (TIG), assorties de six mois d’emprisonnement en cas de non-respect de cette obligation.