L’ancien chef de l’État ne laisse rien au hasard. Il vient de réunir 160 fidèles dans le plus grand secret. Récit.

François Hollande est souvent seul sur les photos… Seul lors de ses séances de dédicaces, seul lors de ses interviews, seul dimanche encore pour accueillir l’arrivée du Tour de France à Ussel. Mais l’ancien Président est trop fin politique pour ne pas savoir qu’un homme seul ne conquière pas le pouvoir.

Aussi, ce mercredi soir, a-t-il souhaité réunir une partie de ses soutiens. Cent soixante précisément, à qui les cartons d’invitation ont été envoyés quelques jours plus tôt. Une soirée en forme de carte postale envoyée avant l’été aux militants du PS en particulier et aux Français en général.

Il s’agit de montrer que l’ancien chef de l’État n’est pas un homme isolé, coupé des cadres de son parti et des élus locaux. Confère en annexe la liste des invités : l’ex-premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, Patrick Kanner, le président du groupe PS au Sénat, les sénateurs Hélène Conway-Mouret et Rachid Temal, les député(e) s Marc Pena et Marie Récalde mais aussi d’anciens collaborateurs de cabinet, des hauts fonctionnaires en exercice – parmi lesquels plusieurs préfets –, des élus, des figures du monde du sport et de la culture.

"Des têtes de réseau"

"Ce sont des têtes de réseaux, c’est-à-dire des gens capables ensuite d’être des relais sur le terrain", explique un participant. Il s’agit aussi de poser le cadre d’une future campagne et de montrer que le travail programmatique a bel et bien commencé.

L’ancien locataire de l’Élysée a donc, lors d’un discours, décliné ce qui pourrait ressembler au mot d’ordre de sa campagne. "Il a parlé de protection et de projection", nous raconte l’un des convives qui explique : "Derrière le mot “protection”, il ne met pas que des questions de sécurité. Il veut protéger les Français dans tous les sens du terme. Mais il a aussi le souci de se projeter, il veut dire où il veut amener les Français."

La stratégie de la patience

Au cours de la soirée, François Hollande a aussi annoncé la parution d’un livre à la rentrée et il a demandé à ses convives de lui envoyer, avant le 31 août, sur une boîte mail dédiée, deux à quatre pages sur un thème libre, pour aboutir à une dizaine de propositions.

Mais certains n’ont pas attendu les consignes et ils sont nombreux à lui avoir déjà fait passer des notes. "La préparation se densifie", analyse notre interlocuteur. L’ancien Président surfe sur une vague de popularité inédite.

Après avoir battu tous les records d’impopularité durant son mandat, au point de renoncer à se représenter en 2017, il joue les premiers rôles dans le baromètre mensuel Ifop-Fiducial de juillet pour Paris-Match et Sud Radio, avec 49 % (+ 5) d’avis favorables. Il est devenu la personnalité politique la plus appréciée des Français, à seulement quatre points de l’entrepreneur Michel-Édouard Leclerc.

"Il bénéficie d’une image solide dans plusieurs catégories de l’électorat. Sa stratégie est celle de la patience. Il laisse les autres candidats s’exposer, prendre les coups tout en préservant son capital de sympathie", assure Frédéric Dabi, directeur général Opinion de l’Ifop, au Figaro.

Il avance ses pions

L’ancien Président devrait donc continuer à avancer ainsi durant tout l’été. Jeudi, il était en déplacement à Boulogne-sur-Mer chez son ancien ministre des Transports Frédéric Cuvillier pour aborder les questions d’industrie, de pêche et d’emploi. Coté troupe, en revanche, l’heure n’est pas encore à solliciter les militants.

Mercredi soir, François Hollande a répété qu’il ne serait pas officiellement candidat avant la fin de l’année. Façon d’enjamber la primaire et, espère-t-il, de laisser ses concurrents s’essouffler. Christelle Bertrand