l'essentiel Le tribunal de Montauban (Tarn-et-Garonne) jugeait, ce mardi 15 septembre, un homme de 50 ans pour des violences conjugales. Il est notamment accusé d’avoir mordu sa femme, de l’avoir étranglée et de l’avoir menacée de la jeter par la fenêtre. Face à des versions difficiles à départager, notamment en raison de difficultés linguistiques et de différences culturelles, il a été condamné à 14 mois de prison ferme.

C’est une affaire complexe, où les dissonances linguistiques et culturelles ont parfois compliqué les débats. Ce mardi 15 septembre, le tribunal judiciaire de Montauban examinait le dossier d’un couple d'origine somalienne. Menottes aux mains, Ismail comparaissait dans le box des prévenus pour des faits de violences conjugales. Sa femme, elle, s’est assise sur un banc en face de lui, entendue comme témoin. Aucun des deux ne parlant français, une interprète traduisait les prises de parole. Une présence indispensable, mais qui n’a pas suffi à faciliter les échanges.

Une altercation qui découle... d'un brossage de dents

Les faits remontent au 2 septembre et résultent d'une situation tout à fait banale. Le fils de trois ans se serait fait mal en se brossant les dents, à cause d'un bouton de fièvre, avant de se mettre à pleurer. Alerté, son père arrive et reproche à sa femme de lui avoir fait mal. Dans sa première déposition, elle raconte avoir reçu deux coups de poing à la tête. Elle se réfugie ensuite dans le salon, où son mari menace de la défenestrer. Une empoignade s'ensuit. Ismail la mord, la prend par le cou et lui lance : "Tu es une femme, tais-toi".

Sur le corps de la plaignante, les enquêteurs observent des hématomes, des traces de morsure et de strangulation. Les voisins disent, eux, entendre régulièrement des cris, sans pouvoir déterminer s'ils sont liés à des violences. Mais ce sont ces derniers qui ont donné l'alerte à la police.

"Je pardonne les coups, ce n'est pas grave"

Quelques jours plus tard, pourtant, la femme retire sa plainte. Le 10 septembre, le couple se présente au commissariat pour l'annoncer. Elle revient sur ses premières déclarations. Face au tribunal, sa position intrigue. Quand la juge lui demande si elle maintient que son mari l'a frappée, la mère de famille répond via l'interprète : "Je pardonne les coups à part la morsure, mais ce n'est pas grave. J'ai besoin de lui à la maison."

De son côté, Ismail reconnaît les coups, mais minimise leur portée. "C'est parce qu'il y a eu une confrontation", soutient-il, avant de contester toute strangulation : "Elle s’agrippait à moi donc je l’ai mordue", affirme-t-il. Lorsque la présidente lui fait remarquer les traces présentes sur le cou de son épouse, il botte en touche : "Je ne m’en rappelle pas."

Quatre enfants assistent à la scène

Au moment des faits, leurs quatre enfants, âgés d'un à huit ans, assistent à la scène. L'aînée tente même de séparer ses parents. Un élément au cœur des débats, alors que l'avocate ad hoc qui défend leurs intérêts alerte sur "des violences inouïes commises dans la plus grande banalisation". Elle réclame en outre 250 € de dommages et intérêts pour chacun des enfants.

Nouvelle procureure de la République de Montauban, Karline Bouisset dépeint ensuite "un tableau d'une violence extrêmement grave qui part d'une simple broutille". Selon elle, Ismail "ment de façon claire". Dans le salon, quatre enfants pleurent, "car ils ont peur que leur maman meure", insiste-t-elle. La magistrate requiert ensuite deux ans de prison, dont un an assorti d'un sursis probatoire.

Des différences culturelles

Autre élément au centre des discussions : les différences culturelles entre leur pays d'origine et leur pays d'accueil. Interrogée sur les coups subis, la mère de famille tente de dédramatiser. Quant à Ismail, il assure avoir compris les règles françaises. "Je viens avec ma culture mais j'ai bien compris qu'il ne fallait pas être violent", déclare celui qui vit en France depuis 2008. Son avocate demande au tribunal de lui "donner une chance de se réparer".

La juge le déclare finalement coupable et le condamne à une peine de quatorze mois de prison ferme après révocation du sursis probatoire. Ismail se voit par ailleurs retirer l’exercice de l’autorité parentale et interdire de paraître sur le territoire français pendant trois ans. Il devra enfin verser 250 € à chacun de ses quatre enfants.