"Il y a des êtres qui savent voler", pas que les oiseaux et les papillons… : le Grézien Julien Deper remporte le Prix de la poésie au festival de Namur
Entre deux conférences et un tournage, le photographe et réalisateur animalier brabançon wallon Julien Deper dévoile ses projets.
Julien Deper, vous venez de remporter le Prix de la poésie dans la catégorie amateur au festival de Namur avec "Il y a des êtres qui savent voler". Comment l'avez-vous vécu ?
Je suis très touché. Cette année, la qualité des films était impressionnante, y compris en catégorie amateur: il n'y avait rien à jeter. On avait tous les étudiants en dernière année de cinéma, avec un niveau très haut et une belle diversité d'approches. Je ne m'attendais pas du tout à ce prix, il y avait d'autres réalisateurs avec une belle écriture.
Quel message vouliez-vous transmettre ?
Au-delà des petits oiseaux et des papillons, il y a une dimension philosophique: il s'agit de notre propre voyage, celui de l'être humain, de l'enfance jusqu'à la mort, et c'est valable aussi pour la nature.
C'est votre premier Prix de la poésie ?
En France, l'année passée, j'avais déjà reçu le Prix de la poésie pour Le Bruit de l'aubépine, qui avait aussi gagné le Grand Prix et le Prix du public, à Namur. Et ce film est aussi parti en Inde, en Angleterre, en Italie, c'est assez dingue. Mais à Namur, on ne m'avait jamais donné le Prix de la poésie. Je suis très content. La poésie, elle est dans les mots mais aussi dans le regard intimiste que je pose. Avec la musique et le scénario, j'essaie de créer une ambiance particulière.
Un documentaire avec Sébastien Pins
Vous allez tourner dans un documentaire. Parlez-nous de ce projet.
C'est un documentaire de Sébastien Pins. C'est vraiment la personne avec qui j'ai toujours rêvé de jouer. Pour les connaisseurs, c'est probablement un des réalisateurs belges les plus récompensés pour ses documentaires. Il a filmé des oies avec un ULM, il a été récompensé notamment par les Nations unies, et il a fait un film sur les chevaux de trait. Le tournage qui devait avoir lieu aujourd'hui est reporté au printemps.
De quoi parle-t-il ?
Le tournage aura lieu dans la carrière de Walcourt. C'est la rencontre entre Yoan Michaux, un biologiste belge spécialiste des espèces en voie de disparition, et moi. Un cartésien et un rêveur. Deux regards totalement différents, et sans doute très complémentaires sur une même réalité.
Vous devez y jouer un rôle ?
C'est ça qui est marrant: on nous demande de ne pas jouer. On va filmer de nuit, nous mettre dans des conditions pour qu'à un moment, on puisse se lâcher. Il n'y a pas de dialogues, c'est une interaction, et le réalisateur s'efface. On doit oublier la caméra. Je joue vraiment mon propre rôle avec ma vision des choses.
Guide de voyages naturalistes
Vous travaillez désormais avec des agences de voyages ?
Oui. Au début, ce n'était que le Sénégal, maintenant c'est aussi le Botswana et l'Afrique du Sud. Mon prochain voyage au Sénégal est déjà complet, mais je programme déjà celui de 2028, qui se déroulera de nouveau au carnaval, la période la plus intéressante.
Comment se déroulent vos voyages ?
Je suis le seul guide, pour des groupes de sept, huit personnes max. Au Botswana, c'est la vraie immersion: on dort sous tente dans le delta de l'Okavango, avec les éléphants autour, il y a des règles à respecter… il y a plutôt intérêt à les respecter. Des lions, des léopards sont autour de nous. C'est incroyable.
Vous n'êtes pas armé ?
Non. Mais il faut être vigilant. Et il y a toujours des clients qui veulent passer devant moi pour la meilleure photo, mais au premier rugissement du lion, ils se retrouvent à 50 mètres derrière moi !
Ce Prix de la poésie a-t-il une signification particulière ?
Oui, parce que l'intelligence artificielle domine nos vies et les gens ne communiquent plus que par elle. On ne fait plus d'effort d'avoir un vrai rapport humain aux autres et aux choses. Voilà un peu mon combat. Moi, j'ai tout appris avec de bons vieux guides, avec un ancien qui me formait, et à chaque sortie, j'étais excité de rentrer pour ouvrir mon livre. Aujourd'hui, on n'apprend plus. Des réalisateurs me disent qu'ils vont utiliser l'IA pour écrire leurs textes afin d'être en compétition avec moi… C'est triste.
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