Il y a un demi-siècle, c'était une île indonésienne paisible parsemée de villages de pêcheurs: depuis les droits de douane de Trump, le complexe industriel de Batam n'en finit plus de gonfler

Publié aujourd'hui à 06h59

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Le développement économique de l'île indonésienne de Batam n'a pas commencé avec Donald Trump. Mais la guerre commerciale sino-américaine a fortement incité les industriels à se tourner vers ce pôle économique, qui dispose de nombreux atouts pour attirer les investisseurs.

Elle doit (en partie) son succès à Donald Trump. Il y a un demi-siècle, Batam était une petite île paisible parsemée de villages de pêcheurs et de mangroves. Aujourd'hui, elle fait figure de pôle industriel émergeant. La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, qui a commencé sous le premier mandat de Donald Trump et s'est intensifiée sous son deuxième mandat, a boosté la croissance de l'île indonésienne, comme l'explique Bloomberg dans cet article. Et même si les tensions sino-américaines sont un peu retombées, elles ont suffi à convaincre nombre d'investisseurs chinois de délocaliser en partie leur production à Batam.

Selon Bloomberg, le fabricant de jouets chinois Welson, qui fournit entre autres Walt Disney et Crayola, y a ouvert sa première usine hors de Chine. Elle produira des articles pour les boutiques de souvenirs des parcs Disney, notamment des porte-popcorn en forme de carrosse-citrouille de Cendrillon et des figurines d'Olaf le bonhomme de neige.

"Nous n'avions d'autre choix que de diversifier nos sources d'approvisionnement", a déclaré Andy Yao, directeur général de Welson. "Si nous étions restés en Chine, nous risquions de perdre des commandes."

Fiscalité avantageuse, main d’œuvre jeune, moins de séismes...

Mais alors pourquoi choisir cet endroit en particulier ? D'après le média américain, les entreprises sont attirées par la main-d'œuvre jeune de l'île, les incitations fiscales et la proximité de Singapour, plaque tournante du transport maritime. Pour le patron de Welson, l'île répondait en effet à plusieurs critères : située à 40 minutes de ferry de Singapour, elle facilite l'expédition des produits. De plus, plus de la moitié de sa population a moins de 30 ans, ce qui constitue un important vivier de main-d'œuvre.

Mais Batam a aussi un autre avantage, non négligeable. Elle bénéficie du statut de zone franche, conçu pour attirer les investisseurs. Les entreprises peuvent ainsi bénéficier de réductions d'impôt et d'incitations spécifiques à l'investissement. Elles disposent généralement d'infrastructures de meilleure qualité et profitent du regroupement industriel.

L'île possède aussi un atout géographique : elle est largement épargnée par les catastrophes naturelles car, contrairement à de nombreuses autres régions d'Indonésie, elle ne se situe pas sur la ceinture de feu du Pacifique (une zone qui entoure l'océan Pacifique et qui regroupe plus de 75% des volcans et subit 90% des séismes du monde).

Apple, Oracle... Les investissements affluent

Bien que Batam ne représente qu'environ quatre fois la superficie de Manhattan et compte un peu plus de 1,2 million d'habitants, il s'agit d'un pôle économique important pour l'Indonésie. Selon le média Asianews, elle abrite des dizaines de zones industrielles qui accueillent plus d'une vingtaine d'industries manufacturières, allant de l'agroalimentaire à la métallurgie.

Et de plus en plus d'entreprises jettent leur dévolu sur l'île. Début 2025, Apple y a annoncé la construction d'une usine d'Airtag, un dispositif de géolocalisation qui permet par exemple de retrouver ses clés ou son sac à main. L'usine de fabrication devrait fournir 65% de la demande mondiale et créer "jusqu'à 2.000" emplois, selon le gouvernement indonésien.

Selon Bloomberg, l'entreprise américaine Oracle spécialisée dans la gestion des bases de données ainsi que la société hongkongaise d'investissement immobilier Gaw Capital ont aussi investi sur l'île, dans le cloud et les centres de données. Batam compte aussi des studios de cinéma, et une forte activité touristique. Résultat, l'économie de l'île est dynamique. Le revenu par habitant en 2025 y était supérieur à celui de la capitale, Jakarta, et le taux de chômage sur l'île a baissé à 7,6% l'an dernier, contre 11,8% en 2020.

"Je ne pense pas que Trump soit conscient d'avoir peut-être contribué à l'essor de Batam", conclut Chrispin Andereas, responsable du développement commercial du groupe immobilier Tunas, qui a construit un des parcs industriels de l'île.