« Ils prennent le travail des livreurs humains » : une prof 78 ans a été arrêtée et menottée après avoir bloqué un robot de livraison
Accusée de trouble à l’ordre public pour avoir bloqué un robot de livraison sur un trottoir de Philadelphie, une retraitée de 78 ans compte porter l’affaire devant la justice.

Rédacteur scientifique
Publié le 24/10/26 à 20:00
Un robot de livraison a provoqué l’arrestation d’une retraitée de 78 ans à Philadelphie, le 15 octobre 2026. La police a menotté Carolyn Marvin sur Filbert Street, alors qu’elle bloquait un engin autonome Avride en plein centre-ville. La septuagénaire protestait contre la suppression d’emplois de livreurs humains. Elle refuse toute responsabilité. Ancienne professeure à l’université de Pennsylvanie, elle entend pourtant contester l’inculpation au nom du Premier Amendement.
Menottée pour avoir bloqué un robot de livraison
La scène s’est produite à proximité du Reading Terminal Market, l’un des marchés les plus fréquentés de la ville. La septuagénaire a barré la route à l’automate. La circulation piétonne s’est interrompue, si bien qu’une petite foule s’est rassemblée. D’après la chaîne locale 6ABC, les policiers lui ont demandé de se déplacer. Elle a néanmoins refusé de bouger. Les agents l’ont alors emmenée, menottée.
« Je sais qu’ils prennent le travail des livreurs humains », a-t-elle confié aux journalistes. La retraitée avait déjà intercepté un engin en septembre, sur Broad Street, mais la police ne l’avait pas interpellée. Elle prévoit de continuer ses manifestations. Une passante a d’abord cru que la machine avait percuté la septuagénaire. Elle a cependant réalisé qu’il s’agissait d’une protestation volontaire.
Le robot de livraison gagne du terrain malgré les résistances
En mars 2026, Avride a lancé sa flotte à Philadelphie via Uber Eats. Ces engins, dont le poids atteint 70 kilogrammes, roulent à 8 km/h et transportent jusqu’à 25 kilogrammes de marchandises. Chaque
robot de livraison coûte environ 10 000 dollars. Un opérateur surveille aussi chaque trajet. Il peut reprendre le contrôle à distance lorsque la machine rencontre un obstacle.
Toutes les métropoles américaines n’acceptent toutefois pas ces appareils. Chicago a interdit les robots de livraison sur ses trottoirs au même moment. Une pétition de 4 400 habitants avait accéléré la décision. Toronto les refuse aussi depuis 2021. San Francisco limite leur présence aux zones les moins fréquentées. La ville, en revanche, n’impose aucune restriction.
Le remplacement des livreurs humains alimente la contestation
À travers les États-Unis, les coursiers à vélo et livreurs à pied redoutent la multiplication de ces automates sur les trottoirs. Un robot ne perçoit ni salaire ni cotisations sociales. Il fonctionne douze heures d’affilée, tandis qu’un livreur humain s’épuise après quelques heures. Chaque trajet lui coûte une fraction du tarif d’un coursier, puisque l’automate n’exige ni carburant ni rémunération. Aucune loi fédérale n’encadre encore la présence de ces machines sur la voie publique.
Les tensions ne se limitent cependant pas aux protestations pacifiques. Des passants ont attaqué ces engins dans les rues du centre-ville en 2026. Plusieurs vidéos montrent des résidents frappant ces appareils. Le phénomène n’est pas nouveau. En 2015, des inconnus avaient détruit HitchBOT, un robot auto-stoppeur canadien, dans cette même ville. En Angleterre, un automate Starship a aussi renversé une piétonne à Sheffield, et l’entreprise fait face à une action en justice.
Le procès pourrait créer un précédent. Aucun tribunal américain n’a encore statué sur le droit de manifester contre un robot de livraison sur la voie publique. La manifestante affirme avoir agi dans le cadre du Premier Amendement. Le parquet refuse néanmoins cet argument et maintient l’accusation de trouble à l’ordre public. Le tribunal n’a pas encore fixé de date d’audience. Les appareils circulent toujours dans le centre-ville de Philadelphie.