Une chute mortelle a lieu dans le massif du Dévoluy (Hautes-Alpes). Le randonneur septuagénaire qui a prévenu les secours, Enzo Tovoli, affirme ne pas avoir vu l’accident se produire. Il a juste entendu un cri et, une fois sur la corniche, a aperçu le corps en bas de la falaise. Le juge d’instruction doute de sa version des faits car la victime était une vieille connaissance d’Enzo.

Dans leur jeunesse, pendant les années de plomb en Italie, les deux hommes avaient mené ensemble des actions au sein des Brigades rouges jusqu’à ce que la trahison les sépare et qu’Enzo, dénoncé par son camarade, passe dix années en prison.

Ping-pong aux dialogues acérés

Se retrouver par hasard sur un sentier de montagne quarante ans plus tard semble une « coïncidence impossible » aux yeux du magistrat qui soupçonne un acte de vengeance et cherche à faire trébucher Enzo sur une contradiction. Très vite, les interrogatoires dépassent le terrain des faits et se transforment en joutes philosophiques autour de l’engagement politique, de la justice, de la notion subjective de vérité. Le fossé des générations et des convictions politiques se fait jour.

Servi par deux comédiens au sommet, Fabrizio Bentivoglio et Swann Arlaud, ce ping-pong aux répliques acérées fait tout le sel de ce téléfilm, adapté d’un roman d’Erri de Luca sorti en 2020 et doublement récompensé au Festival de la fiction de La Rochelle 2026 (meilleur unitaire catégorie drama/suspense et prix Stéphane Strano du meilleur scénario).

Aux scènes de huis clos dans le petit bureau du tribunal, le cinéaste Emmanuel Finkiel ajoute une mise en images du témoignage d’Enzo et des hypothèses formulées par le juge, mais aussi des extraits d’archives et des bribes de souvenirs du vieil homme avec sa compagne, à qui il écrit quotidiennement depuis sa cellule. Cette mosaïque de réalités parallèles, dont on ne sait si elles sont imaginaires ou non, provoque le vertige du téléspectateur, emporté par ce téléfilm stimulant comme l’air frais des cimes.