L’exceptionnel est-il en train de devenir la norme ? Quatre ans après avoir connu ce qu’on présentait alors comme le pire des feux de forêt, le bassin d’Arcachon s’embrase de nouveau, dans des proportions plus effrayantes encore. Les flammes sont plus intenses, plus virulentes, plus imprévisibles.

Elles dévorent le paysage à une vitesse jamais vue en France : 42 000 hectares ravagés entre mercredi et dimanche après-midi, alors que l’incendie n’était pas fixé et qu’il menaçait les abords de la métropole bordelaise. La chaleur des derniers jours et les canicules de juin et juillet qui ont asséché les sols et la végétation expliquent l’intensité de la catastrophe. À cela s’ajoutent des phénomènes nouveaux, inquiétants, comme ces feux convectifs, si puissants qu’ils génèrent leur propre vent et s’auto-alimentent.

Mobilisation exceptionnelle

Il sera bien temps de tirer les enseignements de cet épisode, quand les flammes auront été étouffées. Les questions seront nombreuses sur notre doctrine de lutte contre les incendies, la place de la prévention, l’avenir du bâti en lisière de forêt, le modèle touristique dans les territoires à risque, les systèmes d’assurances pour les sinistrés… Il n’y aura pas de solutions faciles, l’ampleur du désastre oblige à rester humble.

Mais à présent, il faut surtout saluer l’exceptionnelle mobilisation des services de l’État, celle des sapeurs-pompiers, des militaires et des forces de sécurité intérieure, engagés pour lutter contre les flammes et pour protéger les biens et les personnes. Aucune victime civile n’était à déplorer hier après-midi, mais 75 soldats du feu ont été blessés. Le travail des maires aussi, et de leurs équipes, ainsi que des nombreux bénévoles qui hébergent et apaisent les 220 000 personnes mises à l’abri, sans date de retour chez elles mais sans le moindre mouvement de panique. Sans cette digue humaine, faite de milliers d’actes de solidarité, cela n’aurait pas été possible.