Dans les allées, nombreux sont les curieux qui se rassemblent autour des stands de dégustation, qui sont impressionnés par les gigantesques tracteurs ou qui s'émerveillent à la vue des animaux présentés par leurs éleveurs. Un décor que la plupart des visiteurs connaissent désormais bien, au bout d'un siècle d'existence. Dimanche, les enfants en bas âge, impressionnés par l'ampleur de l'événement, côtoyaient des agriculteurs ayant tout vécu. La Foire de Libramont, devenue aujourd'hui la plus grande foire agricole d'Europe, rassemble chaque année plus de 200 000 visiteurs.

Mais la Foire de Libramont n'est pas qu'un rendez-vous festif, elle est aussi un moment politique important. Chaque année, les élus des différents niveaux de pouvoir y font une apparition, et ils sont attendus au tournant. Il y a tout juste deux ans, un nouveau gouvernement a pris les rennes de la Wallonie. Agricultrice et ancienne membre de la Fédération des jeunes agriculteurs (FJA), Anne-Catherine Dalcq (MR), devenue ministre en charge, incarnait à son arrivée une opportunité de renouer le contact avec le monde agricole, en crise depuis de nombreuses années.

La foire de Libramont met en avant les agricultrices : "Je n'aurais jamais choisi ce métier si c'était pour n'avoir qu'un semi-statut"

Manque de concret

Dans le Hall 2 de la Foire de Libramont, des dizaines de bovins ruminent dans leur enclos, sous le regard des spectateurs qui se pressent pour les admirer. Des Holstein aux célèbres blancs bleus belges, il y en a pour tous les goûts. Parmi les éleveurs exposant dimanche se trouvait Jonathan, originaire de la région de Wasseiges, en province de Liège. "J'élève des Aubrac qui sont une race qui résiste plutôt bien à la sécheresse. Même si l'herbe est sèche, cela ne lui pose pas de problème". Cet agriculteur en est convaincu, le secteur va devoir s'adapter au changement climatique. "Chaque année chaque tâche doit être réalisée de plus en plus tôt, c'est un fait". Il se montre néanmoins pragmatique à l'égard des autorités régionales. Certes, les mesures tardent à arriver mais "opérer une telle transition prend du temps", objecte-t-il. "La ministre Dalcq à encore deux ans devant elle pour mettre en œuvre ce qu'elle à promis. Personnellement, j'attends une simplification des circuits courts. Aujourd'hui, choisir cette filière représente trop de contraintes."

"C'est sa troisième foire de Libramont, il ne lui en reste plus que deux pour agir"

Du côté des représentants du secteur, on se montre plus tranché. "C'est sa troisième foire de Libramont, il ne lui en reste plus que deux pour agir, prévient Florian Poncelet, l'actuel président de la FJA. Quelques dossiers avancent comme celui de l'utilisation des pesticides autour des zones de captages, mais c'est encore insuffisant. Et même sur ce dossier, il nous manque encore des garanties et des budgets."

Son mécontentement ne se limite pas à la seule ministre de l'Agriculture. "Nous n'avons toujours aucune vision à long terme, ce qui nous manque terriblement". Tout n'est cependant pas négatif. "Sur la question de la compréhension du secteur, il n'y a rien à dire, là il y a une amélioration", explique Florian Poncelet.

Un secteur en crise

Juste à côté du stand de la FJA, se trouve celui d'une autre organisation qui pèse dans le secteur agricole : la Fugea, principal syndicat du secteur. Ici aussi, on en attend davantage du gouvernement wallon. Hugues Falys, le porte-parole de la Fugea, se dit lui aussi impatient. "En arrivant elle a mis sur la table beaucoup de dossiers qui nous semblent importants, nous étions très contents."

Deux ans plus tard, les résultats tardent. "Sur la question des pesticides, les États généraux de la protection des cultures, lancés par la ministre Dalcq n'ont débouché sur rien si ce n'est un vade-mecum quoi doit encore être publié. Cela manque de transversalité, il faut une réflexion globale sur le modèle agricole", plaide Hugues Falys.

"Le monde agricole est dans une période de grand stress"

Les agriculteurs rencontrés en conviennent, un soutien politique est indispensable pour faire face aux défis qui frappent déjà le secteur. Même si le gouvernement wallon a son rôle à jouer, les agriculteurs en attendent aussi davantage de l'Europe. "Il y a de plus en plus d'agriculteurs qui souhaitent opérer une transition, à leur rythme, en fonction de l'exploitation et de leurs moyens. On a déjà fait une partie de chemin mais nous avons besoin du soutien des politiques à la fois locales, régionales et européennes pour que cela continue", conclut Hugues Falys.

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