Quoi de plus volatil que la mémoire ? On s’accroche alors aux objets, qui ancrent les bons moments dans le réel : tickets de cinéma d’un premier rendez-vous, un concert partagé avec un ami, un repas au restaurant mémorable ou une exposition qui a changé une vie… Mais comment les conserver, et où ? C’est la question qui est au cœur de la démarche d'un couple d'Angevins, Peggy et Philippe Vioux, qui ont créé une capsule temporelle. Leur invention a remporté la médaille de bronze au Concours Lépine 2026, comme le raconte Ouest-France.  

Au départ, quand l’aventure débute, l’objet, la capsule en elle-même, n’existe pas encore : les Vioux ont commencé par lancer toodays.me, une application qui permet d’archiver numériquement ses souvenirs. Mais ils décident d’aller plus loin, et de permettre de conserver des souvenirs matériels. 

Design solide, durable et écologique

Entre en scène la capsule, qu’ils ont voulu solide, durable et plus actuelle que les boîtes de fer-blanc que les héros hollywoodiens enterrent sur nos écrans. Car il ne s’en cache pas, Philippe Vioux tient son inspiration de voyages aux Etats-Unis et d’images aperçues dans des films américains. Parmi elles, le film « Prédictions », avec Nicolas Cage, où une capsule temporelle enterrée à la fin des années 50 est au cœur de l’intrigue. 

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Loin des boîtes rectangulaires aux couvercles qui rouillent, la capsule des Vioux ressemble elle… à une grosse pilule, aux couleurs pastels. Fabriquée en France, en Anjou plus précisément : c’est une entreprise de Brissac, dans le Maine-et-Loire, qui fabrique l’objet. Ses créateurs vantent la résistance du matériau et sa légèreté : 200 grammes au total pour ce « colis venu d’ailleurs….», le slogan de la capsule. 

Mettre en terre ses souvenirs et planter des arbres

Dans sa conception (et le plan marketing), les Vioux ont intégré une démarche environnementale : le matériau utilisé est un mélange de plastique recyclé et biosourcé et de 12 % de poudre de coquilles d’huîtres, et la capsule est livrée avec quatre graines, de févier d’Amérique. Le but : d’un côté « reboiser la planète » et de l’autre « indiquer que la capsule est toute proche ».

Mais la démarche se veut aussi moderne : en 2026, on n’enterre pas seulement une capsule, on la géolocalise… Une dimension inspirée du geocatching. Comme l’explique Philippe Vioux, après avoir rempli, fermé, verrouillé et enterré la capsule, vous pouvez l’enregistrer puis la géolocaliser dans l’application toodays.me. Il suffit ensuite de fixer une date de réouverture, à laquelle vous recevrez un message vous rappelant d’aller déterrer votre trésor. Il ne restera plus qu’à dégainer votre pelle et à laisser vos souvenirs vous envahir. 

Ces dix dernières années, les capsules temporelles ont envahi les sous-sols de la région, comme nous l'avons rapporté régulièrement dans nos pages. Des initiatives provenant de groupes scolaires, comme ces lycéens de Bron dont nous relations l'histoire en 2016. La cinquantaine d'élèves avaient choisi d'enterrer des clés USB contenant des « scènes de la vie quotidienne », un dictionnaire franco-allemand et des lettres destinées à eux-mêmes, version 2026. Plus tôt dans l'année, nous avions relayé l'appel des professeurs du lycée Jean-Paul Sartre, qui recherchaient ces anciens élèves, afin d'ouvrir ensemble la capsule. 

En mai 2025, nous avions assisté cette fois à l'ouverture d'une capsule avec d'anciens élèves de CM2 de l'école de Saint-Jean-le-Vieux, dans l'Ain. Désormais jeunes adultes, les anciens élèves avaient redécouvert avec beaucoup d'émotion les objets et lettres qu'ils avaient confié au temps.