Promu capitaine des Springboks pour la première fois de sa carrière, André Esterhuizen est, pour Rassie Erasmus, le parfait exemple de ce que doit représenter son équipe.

Vous ne vous en rappelez peut-être pas mais il fut un temps où l’Afrique du Sud ne dominait pas le monde du rugby. Une période pas si lointaine où, plus impensable encore, les Boks pouvaient céder face au pays de Galles lors d’un test match à Washington D.C. Cette époque, c’était en 2018, pour les débuts sous le maillot de la nation arc-en-ciel d’André Esterhuizen. Inconnu au niveau international, le jeune centre était déjà un perce-muraille réputé sous le maillot des Sharks. Quoi de plus normal alors que de le lancer dans une sélection en pleine reconstruction et en recherche de nouveaux talents en vue de la Coupe du monde 2019 ?

De sa première sélection face au XV du Poireau, Esterhuizen n’en gardera pas un souvenir de victoire mais d’une consécration : la lueur dans les yeux de son sélectionneur, Rassie Erasmus. "Certains gars sont vraiment sortis du lot et ont bien joué au niveau international… un gars comme André Esterhuizen". Et si désormais, le talent et la force de l’ancien des Harlequins ne sont plus une surprise, il était il y a huit ans difficile d’imaginer le buffle devenir le 68e capitaine de l’histoire des Springboks. Notons d’ailleurs que François Steyn lui avait été préféré pour la Coupe du monde 2019 et que son rôle dans le sacre de 2023 était bien maigre, avec pour seules apparitions des titularisations contre la Roumanie et les Tonga.

Un repositionnement qui change tout

Alors pour faire son trou chez les Boks, Esterhuizen n’a pas eu d’autre choix que de se transcender, d’évoluer. "Vous pouvez l’appeler joueur hybride", a décrété un beau jour Rassie Erasmus. L’ingénieur des Boks, dans sa quête d’innovations, avait lancé son joueur en troisième ligne face aux Barbarians en juin 2025. Une mutation qui s’explique par les qualités physiques du bonhomme mais aussi par une nécessité d’élargir sa palette pour pouvoir apparaître sous le maillot de sa sélection. "Le problème pour André était de le mettre dans les 23 alors qu’il ne couvrait que le poste de 12, expliquait le sélectionneur. Nous avions déjà énormément de joueurs qui pouvaient jouer ce poste. Alors pour qu’il fasse partie des 23, nous l'avons progressivement testé au poste de flanker. Il est désormais habitué aux annonces en touche". Cette nouvelle polyvalence a fait d’Esterhuizen un atout de poids dans le fameux "bomb squad" sud-africain, comme en atteste son essai décisif face à la France il y a un an. Devenu le remplaçant parfait, il a récemment été aligné lors de chacun des quatre tests du "Rugby’s Greatest Rivalry".

"Je me donne davantage de chances de faire partie de l’équipe", savait l’intéressé, qui pouvait remercier l’entraîneur de l’attaque sud-africaine Tony Brown d’avoir eu l’idée originelle. Cet effort, qui peut être vu comme un petit sacrifice, a assurément joué dans la décision d’Erasmus de confier le capitanat à celui qui jouera… au centre face à l’Australie : "Ce qu’il a apporté à l’équipe en se mettant énormément au service du collectif et en acceptant de changer de poste, c’est ce que nous voulons avoir dans notre équipe. C’est ainsi que nous essayons de bâtir notre groupe de leaders." André "the giant" fait ainsi partie des grands.