Le meeting a été perturbé par des militants de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) venus dénoncer le « racisme » et « l’antisémitisme » du RN.

Par Anne-Fleur Andrle avec AFP

Jordan Bardella prend la parole lors d’un meeting à Orléans le 25 octobre 2026.

ROMAIN PERROCHEAU / AFP

Jordan Bardella prend la parole lors d’un meeting à Orléans le 25 octobre 2026.

« Bardella réélu : le racisme et l’antisémitisme ça ne dérange pas le RN, au contraire ! », peut-on lire sur la banderole déployée dans les tribunes du meeting de Jordan Bardella à Orléans ce dimanche 25 octobre. En plein discours du président du Rassemblement national (RN), plusieurs personnes ont ainsi décidé de faire entendre leur opposition au parti d’extrême droite. Une initiative qui a rapidement causé des tensions dans la salle.

À peine la banderole déployée, les protestataires ont été accueillis par les huées du public, avant que leur message ne soit tout simplement déchiré. Face à l’agitation, Jordan Bardella a appelé ses sympathisants au « calme » en les invitant à chanter la Marseillaise, alors que son service d’ordre procédait à l’évacuation des militants.

Mais la scène ne s’est pas déroulée sans heurts. À l’origine de cette banderole, on retrouve des membres de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) qui affirment avoir été violemment pris à partie par le service d’ordre ainsi que des membres du public.

« Agressés, ils ont été sortis très violemment par la DPS (service d’ordre, ndlr) et les militants du RN », a dénoncé l’organisation sur X, annonçant son intention de déposer plainte « pour violences en réunion ». Sa présidente, Léa Hanoune, a précisé qu’un des militants avait été « étranglé » tandis qu’un autre saignait du nez après l’évacuation.

L’UEJF souhaitait par son action « rappeler l’antisémitisme et le racisme » du parti d’extrême droite. « N’en déplaise à LFI et au RN, l’UEJF n’est ni fasciste ni d’extrême gauche », a indiqué l’organisation étudiante sur son compte X.

Insultes racistes et expulsion violente

Les journalistes présents sur place pour couvrir le meeting ont également été pris dans la cohue. C’est notamment le cas de notre confrère Youmni Kezzouf, journaliste chez Mediapart, qui se trouvait en contrebas des tribunes lorsque les premiers incidents ont éclaté.

« J’ai entendu les huées venir de la tribune et j’ai commencé à voir des gens se battre, j’ai couru pour aller voir et commencer à filmer », raconte-t-il.

Mais alors qu’il tentait de documenter les événements, le journaliste affirme avoir été évacué très violemment par le service d’ordre du RN. Il rapporte également qu’un de ses confrères, William Jean, journaliste chez Politis, s’est fait arracher son téléphone des mains par une personne du public.

« Je me suis fait chopper violemment par le DPS, qui m’a poussé dans les escaliers pour me sortir pendant qu’une meuf (du public) me disait de “retourner au bled” », témoigne encore Youmni Kezzouf.

Estimant que leur sécurité n’était plus garantie, les journalistes de Mediapart ont finalement décidé de quitter les lieux.

La faute à « l’ultragauche » selon Bardella

À l’issue du meeting, Jordan Bardella a quant à lui livré une toute autre lecture des évènements. Devant la presse, le président du RN a accusé « l’ultragauche » d’être venue « perturber gravement » son discours et « s'en prendre à des militants pacifiques » ainsi qu’à « des familles ».

« Des militants d’ultragauche, qui se revendiquent de l’UEJF, qui sont venus accompagnés de vos confrères de Mediapart caméras allumées pour agresser et attaquer des militants », a ajouté Jordan Bardella, mettant en cause le média d’investigation. Le président du RN est en conflit avec Mediapart depuis que le journal a révélé fin septembre dernier des écrits antisémites attribués à celui qui était alors jeune militant du parti frontiste. Des accusations que Jordan Bardella dément fermement.

De son côté, le directeur général du parti, Patrice Hubert conteste la version des militants de l’UEJF. Il assure notamment que des violences auraient été commises par les protestataires. « Tout ça va être calmement, posément analysé, mais nous avons une vision un petit peu différente », a-t-il déclaré à l’AFP.