Interview. Mobilisation du 24 octobre et maintien de l’ordre : « Il faut être mobile et aller au contact »
Jean-Louis Sanchet est le fondateur de la CRS 8, unité d’élite de lutte contre les violences urbaines de la police nationale, qu’il a commandée de 2021 à 2023. Il explique pourquoi les violences du 17 octobre étaient, selon lui, « prévisibles » et comment il faut tenter de briser le « phénomène des émeutiers ».
Propos recueillis par Mickaël Demeaux -
Aujourd’hui à 13:45 | mis à jour aujourd’hui à 15:08
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Selon vous, le 17 octobre constitue-t-il un échec sécuritaire de la part du gouvernement ?
« Ce à quoi nous avons assisté samedi 17 octobre est dans la continuité des années passées. Ce que nous voyons aujourd’hui, je le prédis depuis plus de 20 ans et l’ai fait remonter aussi au ministère de l’Intérieur. Depuis Mitterrand, Chirac, en passant par Sarkozy, Hollande et Emmanuel Macron, tous les gouvernements qui se sont succédé n’ont pas voulu regarder en face la réalité de la situation. La non-décision et le manque de courage ont conduit à ce qu’on vit aujourd’hui. Ce 17 octobre, nous avons franchi un cran. Et nous sommes dans un processus d’accélération. »
Quelle stratégie faut-il adopter dans le maintien de l’ordre contre les casseurs ?
« Il faut siffler la fin de la récréation. La doctrine du maintien de l’ordre, est une sorte de grande caisse à outils. Il faut choisir le bon outil pour agir. Au vu des événements, il faut, à mon sens, être dans la mobilité et il ne faut pas avoir peur d’aller au contact. Cela fait peur quand on le dit car tout le monde a en tête manifestations de 1986 et la mort de Malik Oussekine. Mais on doit agir, et agir avec la proportionnalité nécessaire. Sur un plan tactique, il existe des modes opératoires et des procédures opérationnelles. La CRS 8 en a, comme d’autres unités de projection rapide. Je ne vais pas les dévoiler ici pour donner des informations aux émeutiers. »
La CRS 8 est une unité de police spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines Photo Sipa
« Les casseurs ne vont pas s'épuiser »
Qui sont les émeutiers ? Peuvent-ils s’épuiser ?
« Qui ils sont ? Il faut être prudent sur ce point, et parler au conditionnel car nous sommes dans un phénomène de saisies d’opportunité. On a d’un côté des gens organisés, qui ont été formés à l’école de la désobéissance, qui ont des protocoles tactiques, qui font des débriefs de leur intervention. On sait cela par les renseignements territoriaux. Je l’ai vécu personnellement à Rennes et à Nantes avec les Black blocs. Aujourd’hui, en plus de ces Black blocs, viennent se greffer des "racailles", je n’ai pas peur de les appeler ainsi, qui profitent de la situation pour faire des razzias. Pour agir et lutter contre ces exactions, il faut se fier à son intelligence situationnelle et à ses acquis tactiques. En aval, il est temps de revoir l’arsenal législatif. Les prisons sont déjà pleines. On ne peut en ajouter. Les casseurs ne vont pas s’épuiser, tant qu’il n’y aura pas une réelle volonté de porter un coup d’arrêt ferme à leurs dérives. »
Selon vous, la CRS 8 est-elle assez déployée ? L’unité aujourd’hui ne sert-elle pas davantage la communication du gouvernement ?
« J’ai eu l’occasion de m’exprimer à plusieurs reprises à ce sujet via la voie hiérarchique pour faire valoir certains désaccords qui, en l’occurrence, n’avaient pas plu à mes supérieurs. J’avais utilisé une formule pour synthétiser les difficultés liées à notre emploi : "Vous avez un bolide stationné au garage, il ne sort pas pour les Grands Prix, et lorsque vous décidez de l’activer, c’est pour emprunter des chemins vicinaux, on tourne sur trois cylindres." Aujourd’hui, face aux événements que nous connaissons, il est satisfaisant qu’elle soit employée dans ses domaines et champs de compétences. »
Les policiers sont-ils assez formés, notamment sur le renseignement ? Leur donne-t-on des moyens ?
« Je ne répondrai pas sur ce point. Je préfère conserver une obligation de réserve. Tout ce que je peux dire encore une fois, assez de paroles, des actes ! »