"J'ai longtemps gardé le secret" : médecin généraliste en Dordogne, il est également artiste de cabaret en Lot-et-Garonne
l'essentiel Gaetano Biondolillo, alias Tiziano, jongle entre ses deux professions : médecin généraliste à la Fondation John-Bost en Dordogne et artiste de cabaret au Petit Paradis à cinq minutes d'Agen où il est l'affiche d'America, la toute nouvelle revue. À 39 ans, il trouve son parfait équilibre dans cette double vie. Récit d'un parcours hors du commun.
Tiziano sur scène, Gaetano lorsqu'il a un stéthoscope autour du cou. Voici les deux visages d'un même homme. Unique en son genre. Artiste de cabaret la nuit, docteur le jour, le personnage étonne et détonne. Il est hors du commun. Tiziano - son pseudonyme - entame une nouvelle saison au surprenant Petit Paradis de Pont-du-Casse (Lot-et-Garonne) tout en continuant à être médecin généraliste au centre de santé de la Fondation John-Bost, à la Force, en Dordogne.
Il jongle avec les emplois du temps, mais, à 39 ans, il a un besoin viscéral d'embrasser les deux activités pour être simplement lui-même. Une question d'équilibre. "La danse et la médecine sont les deux hémisphères d'un même cerveau", sourit-il. Rien ne prédisposait pourtant Gaetano Biondolillo à entamer une carrière d'acrobate ou à prononcer le serment d'Hippocrate. Et encore moins les deux.
"Les journées étaient interminables"
Il grandit à Liège, en Belgique. Ses parents, immigrés italiens, sont ouvriers. Il ressent dès sa tendre enfance une envie de marcher différemment, comme un vague désir d'occuper l'espace avec grâce. Il commence la danse à l'âge de six ans. Ses professeurs le remarquent rapidement. Il est doué.
Il étudie la danse classique au conservatoire. Sa famille est toutefois réticente à l'idée qu'il embrasse une carrière artistique. Empathique, tourné vers les autres, il choisit donc d'entreprendre médecine. Il a 18 ans. Sa bourse ne suffit pas à financer la faculté. Pour joindre les deux bouts, il travaille comme danseur professionnel. "Les journées étaient interminables", se souvient-il.
À l'époque, sa vie est compartimentée. Cloisonnée. "Je ne disais pas aux autres étudiants que j'étais danseur et je cachais aux danseurs mon parcours en médecine. Je voulais rester légitime dans les deux univers". Il a longtemps gardé soigneusement le secret. Il ne l'a dévoilé qu'à son arrivée en France, pour un contrat, il y a 5 ans. "Il était temps d'être complètement moi-même".
En Dordogne, il exerce auprès de patients en situation de handicap psychique, de polyhandicap ou de trouble du neurodéveloppement. La Fondation accueille également des personnes handicapées vieillissantes. Il œuvre là-bas 20 heures par semaine. Son sourire, sa bienveillance et son professionnalisme sont reconnus. Au Petit Paradis dont la nouvelle revue "America" sera sur orbite le 3 octobre prochain, il livre un numéro impressionnant de flying pole (la barre de pole dance est accrochée au plafond) où les rotations s'enchaînent.
"Je n'imagine pas ma vie sans concilier mes deux professions"
La difficulté est de taille pour cet acrobate aérien complet (tissus, cerceau, trapèze, sangles) fort de 20 ans de carrière. Il danse par ailleurs dans tous les tableaux du road trip pétillant imaginé par le directeur artistique Thierry Schwartz. Une véritable prouesse technique et physique qui demande une exigence de tous les instants.
Les pauses et les vacances sont rares, mais le besoin d'être sur scène est plus fort que tout. Celui de guérir aussi. "Aujourd'hui, je n'imagine pas ma vie sans concilier mes deux professions, confie-t-il. Il existe des similitudes entre elles : la proximité avec les gens, les aider en les soignant ou en les divertissant, leur apporter du bien-être".