« Un geste pour le pouvoir d’achat des ménages, avec une opération écologique » : on vous fait visiter la centrale biomasse qui doit fournir du chauffage dans ces quartiers populaires de Cannes
Même si David Lisnard, maire de Cannes et ici présent surtout en tant que président de l’agglomération Cannes Pays de Lérins, « aime les visites de chantier car on se rend compte de la réalité des opérations », il faut encore se projeter un peu pour imaginer ce que sera, visuellement mais aussi et surtout techniquement, la future centrale biomasse de Cannes La Bocca.
Prévu pour une sortie de terre au printemps prochain, les contours de ce nouveau réseau de chaleur tendent cependant à se matérialiser concrètement.
Désormais, à quelques dribbles du stade de Coubertin, c’est un édifice plus petit mais tout aussi gris, et tout de même massif - duquel une cheminée haute de 24 mètres devrait sortir -, qui s’érige.
« Prix stable, si possible sous le prix du marché »
Photo : Dylan Meiffret / Nice-matin
Il s’agit, à l’image de la centrale de thalassothermie qui prend forme au niveau de la Croisette, de l’un des projets censés donner à la cité une dimension autonome en matière d’énergie. Et on parle ici d’énergies locales « décarbonées », comme l’a surligné à maintes reprises le premier édile, « à un prix stable, si possible sous le prix du marché » pour 5 560 foyers.
Le tout, à destination de quartiers populaires que sont La Frayère, La Bocca, Ranguin et Bastide Rouge. Le réseau s’étendra sur environ 8,7 km.
Son approvisionnement sera à 50 % des plaquettes forestières provenant de l’entretien de massifs forestiers régionaux, c’est-à-dire de bois issu de la coupe d’arbres nécessaire à l’entretien des forêts ; à 25 % des sous-produits de scierie et à 25 % des déchets verts issus d’opérations d’élagage local. En hiver et lors des pics de consommation, du gaz d’appoint sera injecté pour assurer l’approvisionnement en énergie.
Du bois issu notamment des arbres coupés dans le cadre de l’entretien des forêts
Photo : Dylan Meiffret / Nice-matin
Cette chaufferie a été créée pour desservir des quartiers où la tension sur le pouvoir d’achat est la plus forte, alors que les tarifs du gaz doivent augmenter de 6,3 % au 1er octobre et que les prix de l’essence battent dernièrement des records.
« Nous ciblons des prix de l’énergie au moins 15 % moins cher, a précisé le président de l’agglomération. Et on espère 20 %. Nous faisons ici un geste pour le pouvoir d’achat des ménages, avec une opération écologique. La biomasse, ce sont des résidus de bois. On ne coupe pas des arbres pour les transformer en énergie. On récupère le bois déjà coupé, notamment dans le cadre de l’entretien des forêts. Plusieurs filières existent pour valoriser ces coupes, dont la biomasse. »
Autre enjeu d’un tel dispositif, outre la dimension politicienne dont n’a pu s’empêcher David Lisnard, également candidat à l’élection présidentielle : « Trouver un exutoire à la gestion des déchets verts. Nous avons beaucoup d’espaces verts que l’on entretient. C’est une source d’énergie écologique, et ce n’est pas de l’idéologie politique anti-humaine. » Et si le maire de Cannes a reconnu la pénibilité de tels chantiers, « il se justifie. On ne peut pas décarboner si on n’agit pas. Nous, on agit. »
Pas un centime pour le contribuable, 22,4 millions d’euros investis par l’exploitant
Photo : Dylan Meiffret / Nice-matin
À la manœuvre, l’entreprise Idex, sur un modèle identique à celui de la thalassothermie sur la Croisette : pas un denier d’argent public ne sera investi dans cette centrale biomasse, puisque c’est l’exploitant, après avoir remporté l’appel à projet, qui est aux manettes de A à Z, avec une délégation de service publique qui doit durer trente ans. C’est Idex qui a elle-même posé environ 22,4 millions d’euros.
Directeur général de l’entreprise, Thomas Le Beux a rappelé qu’en France, 50 % de l’énergie sert à chauffer et que deux tiers proviennent d’énergies fossiles, insistant ainsi que la dimension environnementale de cette réalisation. « Un réseau de chaleur est une structure vivante. Cette centrale biomasse, finalement, suivra l’évolution du territoire. Alors, rendez-vous dans trente ans. »