L’acteur américain dit craindre les répercussions sur Hollywood si le méga-rachat avait lieu. L’opération est pour l’instant suspendue par une juge américaine.

Par Maxime Dhuin avec AFP

Javier Bardem s’inquiète d’un Hollywood à la solde de « deux ou trois grands studios ». (photo d’illustration)

VALERIE MACON / AFP

Javier Bardem s’inquiète d’un Hollywood à la solde de « deux ou trois grands studios ». (photo d’illustration)

C’est un méga-rachat qui fait énormément parler. La possible acquisition du studio californien Warner Bros Discovery (WBD) par le conglomérat américain Paramount Skydance continue de susciter l’inquiétude à Hollywood. L’acteur Javier Bardem s’en est fait l’écho au micro du média étasunien Variety, ce mercredi 22 juillet, affirmant que l’opération géante aurait un impact sur l’emploi dans le secteur du cinéma.

« Réduire [Hollywood] à deux ou trois grands studios, ça ne va pas aider », a affirmé le comédien, qui avait signé une pétition parue mi-avril dans le New York Times pour s’opposer à la fusion de WBD et de Paramount. Parmi les plus de 1 000 signataires du texte figuraient de nombreux acteurs, scénaristes et producteurs dont Joaquin Pheonix, Kristen Stewart, Mark Ruffalo ou encore Jane Fonda.

D’après la pétition, une réduction du nombre de studios signifierait une réduction du nombre de projets, et donc de la diversité du cinéma et des opportunités d’emploi pour les professionnels. « La seule chose que je veux soutenir, ce sont les emplois et la qualité de ces emplois », a insisté Javier Bardem auprès de Variety ce mercredi, comme vous pouvez le voir ci-dessous.

L’UE donne sa bénédiction

Le projet de rachat de Warner par Paramount a reçu un feu vert d’importance ce mercredi, puisque l’Union européenne a donné sa bénédiction grâce à des engagements pris par l’acquéreur pour préserver la concurrence sur le marché européen du cinéma. Paramount a promis de se retirer dans les treize mois qui suivront le rachat de la société de distribution internationale de films UIP.

Le groupe détient conjointement avec son concurrent Universal Pictures ce distributeur de films basé à Londres, ce qui nourrissait des craintes pour les exploitants de cinéma. En donnant à UIP la main sur les œuvres produites par Warner, en plus de celles de Paramount et d’Universal, le rachat « aurait conduit à des conditions de distribution et de location dégradées pour les opérateurs de cinéma, au détriment des consommateurs », a expliqué la Commission.

Cependant, le retrait annoncé de Paramount, accompagné d’autres concessions (comme le renoncement à pactiser à nouveau avec Universal pendant dix ans), a permis d’apaiser les inquiétudes de l’exécutif européen. « Ces engagements résolvent entièrement les problèmes de concurrence identifiés par la Commission, en garantissant que les films du groupe fusionné ne seront pas distribués conjointement avec ceux d’Universal ou de Disney », souligne Bruxelles.

Cette autorisation est une étape clé pour cette transaction qui doit donner naissance à un nouveau géant américain des médias.

Le rachat temporairement suspendu par une juge américaine

Mais plusieurs points de blocage subsistent et entravent, à ce stade, le méga-rachat. S’il a déjà reçu l’onction du ministère américain de la Justice – qui considère que l’opération renforcera la concurrence dans le domaine du streaming – le « deal » entre WBD et Paramount est contesté en justice par une douzaine d’États américains, emmenés par la Californie où les studios de Hollywood génèrent de nombreux emplois.

Ces États estiment que la prise de contrôle de Warner pose un risque pour la libre concurrence et les consommateurs. Ils ont vu leur requête reçue favorablement par une juge fédérale d’Oakland (Californie), qui a ordonné lundi la suspension du rachat. « Les États [à l’origine de la procédure] présentent des éléments solides selon lesquels la transaction va affaiblir la concurrence de manière substantielle », a-t-elle écrit dans sa décision.

La magistrate a également estimé que le groupement des procureurs avait « démontré » que l’union des deux groupes « entraînerait des dommages irréversibles » si elle était mise en œuvre avant que le dossier ne soit tranché au fond. Même s’il s’agit d’un jugement temporaire, il n’en constitue pas moins un camouflet pour Paramount Skydance, qui présentait son offre comme davantage susceptible d’être autorisée par les régulateurs que celle de Netflix, qui s’est retiré de la course fin février.

L’autre obstacle au rachat est britannique, puisque l’opération reste soumise au feu vert de Londres, qui pourrait s’avérer plus compliquer à obtenir. Le gouvernement britannique, alors dirigé par Keir Starmer, avait annoncé fin juin qu’il pourrait lancer une procédure d’autorisation plus lourde, pour s’assurer que la pluralité des médias soit préservée.