En début de semaine, la visite de Bart De Wever à son homologue italienne, Giorgia Meloni, a fait parler d’elle. La presse, notamment, s’est interrogée sur cette "amitié" déclarée par le Premier ministre belge pour la Première ministre issue de la droite radicale, de l’extrême droite italienne. "Je n’ai pas à juger les amitiés de mon Premier ministre. Il s’entend avec qui il le souhaite", réagit Maxime Prévot (Les Engagés), Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères. Pour ce dernier, ce n’est "pas gênant que nous ayons des alliés au sein de l’Europe qui s’effrite qui a tendance à avoir de plus en plus de difficultés à faire cause commune sur des grands enjeux, ce qui finalement sert les intérêts des Etats-Unis, de la Chine ou d’autres grandes puissances". Pour Maxime Prévot, "il est essentiel de veiller à des alliances de toute nature en Europe avec des leaders forts qui pèsent […] afin que nous puissions ensemble prendre des mesures qui vont relancer la compétitivité et garantir les emplois chez nous" et l’Italie, "ce n’est pas n’importe quel pays".

Comment la Belgique devrait-elle se positionner si, par exemple en Allemagne, l’AFD, parti d’extrême droite récemment victorieux en Saxe-Anhalt, devait être au pouvoir ? "C’est une question objectivement complexe", répond Maxime Prévot. "Si on se place sur le champ des valeurs, c’est évident qu’aucun d’entre nous n’a envie de dialoguer spontanément avec l’extrême droite, encore moins qu’elle arrive au pouvoir", ajoute-t-il. Cependant, poursuit le ministre des Affaires étrangères, "aujourd’hui, de manière lucide, il faut se rendre compte que dans les 27 pays européens, il y en a déjà beaucoup d’entre eux, beaucoup trop à mon goût, qui ont en leur sein des groupes d’extrême droite qui sont parfois dirigés par ceux-ci". "Ils n’en demeurent pas moins des pays avec lesquels au sein de l’Union européenne, il nous faut dialoguer", poursuit le ministre. C’est une "grande difficulté", estime Maxime Prévot, mais poursuit-il, "si la diplomatie demain ne doit se faire qu’avec des pays avec lesquels nous partageons l’intégralité de nos valeurs, on va être contraints de tourner le dos à 80% de la population du monde". "Seulement 10-15% des pays du monde fonctionnent de manière démocratique avec le respect des libertés qui sont les nôtres", précise le ministre des Affaires étrangères pour qui c’est "la vocation de la diplomatie" d'"entrer en dialogue".

Ces derniers jours, la majorité Arizona est divisée sur la question de 13 étudiants palestiniens qui ont obtenu une bourse pour étudier en Belgique. La ministre en charge de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt (N-VA), ne veut pas qu’on leur octroie de visa, craignant notamment "un effet domino", ces étudiants pouvant ensuite, selon la ministre, solliciter un regroupement familial.

Ce sujet, le vice-Premier ministre Prévot, souhaite que le kern, le Conseil des ministres restreint, puisse en parler, "de manière à pouvoir ne pas perdre de vue aussi l’impératif d’humanité". "On ne parle pas de milliers de personnes, on parle de 13 étudiants", précise le ministre. "J’ai préparé une note qui a déjà été discutée en intercabinet. J’espère que nous pourrons avoir un accord et converger au minimum sur ces étudiants, et je l’espère aussi plus largement", explique-t-il. A propos de ces étudiants, Maxime Prévot ne croit pas "qu’il faille craindre l’effet de regroupement familial". "Ce sont des étudiants qui viennent à ce titre-là comme étudiants et pas comme demandeurs d’asile ou réfugiés, donc la question du regroupement familial ne se pose pas dans ces cas de figure", ajoute le ministre.

Pour le vice-Premier ministre, cette question ne doit pas "occulter le fait qu’il y a des situations peut-être encore bien plus dramatiques que celles-là, avec des enfants malades, pour lesquels j’espère que la Belgique va pouvoir continuer, comme elle l’a déjà fait jusqu’à présent, de tendre la main pour pouvoir les soigner". 

Ces divergences de vues au sein de l’Arizona sur cette question de visas à des étudiants palestiniens rappellent qu’il y a un an, le gouvernement fédéral avait fini par trouver un consensus sur la question de la reconnaissance de la Palestine. "Nous avons reconnu diplomatiquement, par la voix du Premier ministre à la tribune de l’ONU, Urbi et Orbi, la reconnaissance diplomatique et politique de la Palestine et de son Etat", rappelle Maxime Prévot. Cependant, précise le vice-Premier ministre, deux conditions ont été posées pour que cette reconnaissance soit formalisée par un arrêté royal. D’abord, la libération totale des otages, ce qui est fait, explique le ministre. "Et deuxièmement, le fait d’exclure le Hamas de toute gouvernance et gestion de la Palestine, puisque l’objectif ce n’est pas non plus de récompenser les terroristes", poursuit-il. Sur ce deuxième point, "on n’y est pas encore", explique Maxime Prévot. "Le Hamas a annoncé lors d’une conférence de presse qu’ils allaient abandonner la gestion, mais vous me permettrez de ne pas juste considérer que quand un groupe terroriste fait une annonce, ça vaut comme parole d’évangile, sans mauvais jeu de mots", ajoute le ministre.

A l’approche de l’automne, ce sont aussi les travaux budgétaires qui vont occuper le gouvernement. Pour limiter le déficit, le Premier ministre De Wever a annoncé qu’il faudrait trouver 10 milliards d’euros. A l’approche de cette échéance, les partis de la majorité se positionnent. La semaine dernière, dans Jeudi en Prime, et ce week-end en meeting, le président du MR, Georges-Louis Bouchez s’est opposé à de nouvelles taxes, privilégiant une réduction des dépenses. "Personne ne se lève le matin, quand on fait de la politique, avec l’idée de se dire, ah, je rêve de créer une nouvelle taxe, parce que finalement, ça me permettra de me faire insulter l’après-midi", réagit Maxime Prévot. Le vice-Premier ministre voit dans ce conclave "un exercice budgétaire qui n’est pas simple, qui va demander deux qualités, certes du courage, y compris pour assumer des décisions pas nécessairement populaires, mais aussi de l’honnêteté intellectuelle". "Faire cet exercice avec de l’honnêteté intellectuelle, c’est reconnaître qu’il y a certes des dépenses qu’on doit continuer de compresser, l’État doit balayer devant sa porte, mais il y a aussi un problème de dépréciation des recettes, qui, au fil du temps, ne remplissent pas les obligations de projection qui avaient été faites", continue le vice-Premier ministre.

Faut-il pour autant de nouvelles taxes ? "L’objectif n’est pas de taxer pour taxer, personne n’a envie de créer une nouvelle taxe. D’ailleurs, on peut améliorer nos recettes sans créer une nouvelle taxe, en luttant peut-être contre des niches fiscales", répond Maxime Prévot. "Le problème, c’est que dans ces niches, souvent, se trouve aussi un gros chien qui aboie", ajoute le ministre.

Des efforts ont déjà été demandés aux citoyens. Et on va devoir continuer à en demander à tout un chacun. Rien ne se justifie qu'un euro issu du travail soit plus taxé qu'un euro gagné à la bourse

Dans le même ordre d’idée, pourrait-on décider d’une augmentation du taux de TVA ? "On ne réussira pas cet exercice si chacun commence à faire la kermesse aux lignes rouges et aux tabous", répond Maxime Prévot.

Maxime Prévot rappelle les enjeux budgétaires liés à l’augmentation du coût du vieillissement de la population, notamment les augmentations en soins de santé et en pensions. Il faut, explique le vice-premier, "éviter de creuser le déficit, d’avoir le retour de l’effet boule de neige qu’on avait pu chasser avec Philippe Maystadt" (ndlr, dans les années '90, ministre des Finances PSC, l’ancêtre des Engagés). "Sinon, en 2029, c’est 18 milliards d’euros qui vont être payés aux banques juste en charges d’intérêt, c’est cinq à six fois le budget de la police ou de la justice", argumente le ministre.

Alors, pour ces discussions budgétaires, Maxime Prévot se méfie des "lignes rouges". "Si on arrive autour de la table en excluant d’office du menu toute une série de plats potentiels, au motif que certains sont indigestes pour le voisin, on va devoir alors faire un exercice réduit", dit-il. "On doit démarrer cet exercice sans faire d’exclusives ou d’oukases", plaide-t-il.

Comment conciliera-t-on la position du MR qui ne veut pas de nouvelles taxes et cette proposition de taxation des patrimoines de plus de 500.00 euros faite par le président des Engagés, cet été? "Vous m’excuserez de considérer que les engagés ne déterminent pas leur position en fonction des humeurs de Georges Louis Bouchez", réagit Maxime Prévot. "On est conscient et lucide sur le fait que même si ce n’est pas agréable, on va devoir continuer de demander des efforts à tout un chacun", poursuit le vice-Premier ministre. "Aujourd’hui il n’y a plus rien qui justifie qu’un euro qui est gagné par la force de son travail soit taxé plus lourdement qu’un euro qui soit gagné parce qu’on joue en bourse derrière un ordinateur", ajoute-t-il, plaidant pour "repenser notre fiscalité".

Des compromis sortiront-ils de ces discussions budgétaires alors qu’on observe des prises de position parfois diamétralement opposées entre partis de la majorité ? Sur ce sujet, Maxime Prévot n’est pas sur la même longueur d’onde que le président du MR. "J’entendais Georges-Louis Bouchez la semaine dernière sur votre plateau dire qu’on n’attendait pas des hommes et des femmes politiques de faire des compromis mais d’être des hommes et des femmes d’État. C’est précisément parce qu’on cherche à être des hommes et des femmes d’État en Belgique qu’on doit savoir faire des compromis. Sinon, on n’atteindra pas l’objectif", réagit Maxime Prévot.

Le Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères dit aussi faire "pleinement confiance" au Premier ministre De Wever "sur sa volonté d’aboutir à un résultat". Il dit vouloir "croire aussi que chacun des partenaires du gouvernement est animé à l’heure que nous connaissons de cette même volonté d’être au rendez-vous des responsabilités". Faudra-t-il que les vice-premiers ministres et le Premier ministre s’enferment en conclave pour négocier, sans GSM et sans influence extérieure, notamment des présidents de partis ? "C’est ma conviction et j’ai été très transparent là-dessus. Je pense que si on doit, à un moment donné, dans la dernière ligne droite, se mettre en mode conclave, il faut alors le faire pleinement, en dormant au même endroit non-stop jusqu’à obtenir un résultat et une fumée blanche, et qu’on doit le faire sans téléphone pour ne pas être perturbé dans notre négociation par des oukases qui viendraient de l’extérieur", conclut Maxime Prévot. A bon entendeur…