Justice. Coup d’État et enlèvement d’enfant : au procès, une plongée dans l’étonnante pensée de Rémy Daillet
« Je n’aime pas trop parler de moi », ose-t-il. C’est pourtant l’exact opposé qui s’est dégagé mardi à Paris où Rémy Daillet a commencé à être entendu par le tribunal correctionnel de Paris, qui le juge pour association de malfaiteurs terroriste et pour l’organisation de l’enlèvement, dans les Vosges en 2021, de la petite Mia placée par les services sociaux. Avant d’aborder les faits, qu’il conteste « absolument », la figure complotiste des années Covid qui ambitionnait de renverser le gouvernement français a longuement répondu aux questions sur sa personnalité, apparue pour le moins narcissique. Au point de prononcer des phrases comme « Je ne suis pas aussi exceptionnel qu’on le croit. »
Accoudé dans le box des prévenus face à son micro, Rémy Daillet l’assure, faussement modeste : « Je suis quelqu’un comme tout le monde. » Tour à tour homme politique, expert en coaching, écrivain, journaliste et patron de chambre d’hôte, Rémy Daillet raconte avoir eu mille vies, visiblement toutes réussies depuis sa naissance en 1966 à Saint-Cloud, près de Paris. En tout cas si on le croit. Jeune, il explique avoir fait « du théâtre », au point de vouloir embrasser la carrière de comédien mais c’est finalement ses études en « langues orientales » qui l’emmèneront au Japon pendant un an, qui sera le terrain de son premier fait d’armes : « J’ai pas mal aidé l’ambassade », plastronne-t-il.
« Je ne suis pas du tout à l’aise dans une situation de routine »
Rentré en Europe, il s’est engagé en ex-Yougoslavie au mitan des années 1990 – vraisemblablement auprès de milices d’extrême droite – pendant la guerre civile, parce qu’« il fallait peut-être aller se battre pour cette liberté-là ». Aucun élément matériel ne peut acter de ces activités en Serbie et en Croatie, mais « c’était très désorganisé ». Qu’y a-t-il fait ? « Je ne veux pas parler de ça, élude Rémy Daillet. Vous le lirez peut-être dans ma biographie. »
On y lira aussi sans doute comment François Bayrou l’aurait écarté du MoDem parce qu’il lui aurait fait de l’ombre, ou comment il a inventé avec « des ingénieurs » un réacteur « miraculeux » de dépollution qui peut changer la face du monde. « Il n’y a pas actuellement sur Terre de meilleure solution que la nôtre », assure-t-il. Peut-être aussi pourra-t-on lire le roman qu’il a écrit, qu’il compare à « Guerre et Paix, en Orient ». Et comprendre comment celui qui voulait renverser l’État s’est retrouvé aujourd’hui détenu, et à vivre des minima sociaux. « C’est indispensable en France », constate-t-il en parlant de ces aides.
Orateur prolixe, Rémy Daillet est avant tout un homme d’action : « Je ne suis pas du tout à l’aise dans une situation de routine. Par contre, dans les situations difficiles, je suis d’un calme olympien. » C’est aussi un bourreau de travail : « J’ai toujours fait 96 heures par semaine. » Avant son exil malaisien, il avait notamment fait la promotion en ligne de « l’école à la maison », sur fond de défiance des autorités et de complotisme. C’est comme ça que Lola Montemaggi - la mère de la petite Mia qui était à la barre il y a quelques jours - l’avait découvert, entraînant toute l’affaire sur laquelle Rémy Daillet va maintenant devoir s’expliquer. Son interrogatoire sur les faits doit occuper toute l’audience de ce mercredi.