Kiev intercepte 90% des drones ordinaires mais seulement 60% de ces appareils lancés à 600km/h: c'est quoi ces drones à réaction russes qui déjouent la défense ukrainienne?
Kiev intercepte 90% des drones ordinaires mais seulement 60% de ces appareils lancés à 600km/h: c'est quoi ces drones à réaction russes qui déjouent la défense ukrainienne?
Publié aujourd'hui à 12h15
Lire dans l'appLa Russie a développé des drones à réaction qui causent d'importants dégâts partout en Ukraine, en raison de la vitesse de ces appareils, tirés de plus en plus fréquemment par les troupes du Kremlin.
C'est la nouvelle menace qui plane sur l'Ukraine : les drones à réaction lancés par la Russie. Cet été, Moscou y a eu massivement recours : 2.800 appareils ont visé le pays en août, selon des estimations ukrainiennes. Un chiffre en forte hausse : 1.500 avaient été lancés en juillet par le Kremlin contre quelques centaines en juin. La frappe la plus marquante a eu lieu le vendredi 4 septembre dernier lorsqu'un appareil a frappé le siège des services de sécurité, dans le centre historique de Kiev.
Cela fait près d'un an que ces drones à réaction sont utilisés contre l'Ukraine, mais leur recours restait jusqu'alors minoritaire. Depuis février 2022, l'Ukraine a développé un système de défense antidrone relativement efficace et peu coûteux, faisant du pays une référence mondiale en la matière, au point d'être sollicité pour partager son expérience avec ses partenaires. Mais, ces nouveaux drones à réaction, d'une portée de 1.000 kilomètres, mettent à mal la défense ukrainienne. Kiev arrive à intercepter environ 90% des drones ordinaires, à hélice, contre seulement 60% de ces appareils.
Une charge explosive de 90 kilogrammes
Au début du conflit à grande échelle contre l'Ukraine en 2022, la Russie a noué un accord avec l'Iran pour la fabrication sous licence de ses drones Shahed. Moscou était alors intéressé par cette arme peu coûteuse, capable de frapper à longue distance et efficace pour saturer les défenses ennemies.
Sont alors apparus, à l'automne 2022, les Geran-1, la version russe de ces appareils iraniens. En forme de triangle et équipé d'un moteur à piston, souvent décrit comme proche de celui d'une tondeuse à gazon, le drone transporte une charge explosive qui détonne au contact de la cible. Cette année, la Russie a réussi à améliorer et produire en masse des appareils plus sophistiqués, les Geran-4 et Geran-5.
Leur vitesse (600km/h contre un peu moins de 200km/h pour les Geran-1) et leur charge d'explosifs de 90kg causent d'importants dégâts sur les infrastructures ukrainiennes.

Au lieu de longer le sol, les Geran-4 et Geran-5 volent à une altitude plus haute : entre deux et cinq kilomètres d'altitude. Cela leur permet de ne pas entrer dans la zone d'engagement des équipes de défense aérienne mobile déployées partout en Ukraine. Outre leur rapidité et leur charge explosive, ces drones se distinguent par le système de guidage thermique, assisté par intelligence artificielle, plus efficace que celui, rudimentaire, des premières versions.
"Les pilotes ukrainiens contraints de prendre des risques"
L'Ukraine est lancée dans une course contre la montre pour trouver la solution face à cette menace qui ravage son pays depuis le début de l'été. Selon Volodymyr Zelensky, 67 entreprises travaillent sur le sujet.
"Il existe des solutions, et les tests sont en cours. Nous accélérons tous les processus. L’Ukraine a besoin d’une solution de défense opérationnelle en nombre suffisant et avec l’efficacité requise", a expliqué le dirigeant ukrainien ce lundi 14 septembre.
"Concernant les drones à réaction et l’interception des drones à réaction, il y aura aussi quelque chose de notre part, a laconiquement indiqué la PDG de Fire Point, Iryna Terekh, lors du salon international de l'industrie de la défense en Pologne, le 10 septembre. Cette entreprise conçoit les drones à longue portée et les missiles qui permettent à Kiev de frapper dans la profondeur du territoire russe. De son côté, Wild Hornets, le fabricant du populaire drone intercepteur Sting, a indiqué finaliser un intercepteur capable d'appréhender ces nouveaux drones russes.
Kiev a parfois recours à son aviation pour éliminer ces drones à réaction, une option qui a ses limites. "Les pilotes ukrainiens sont contraints de prendre des risques et d'utiliser les canons de leurs avions. Cela exige des manœuvres précises, car ils doivent trouver le point de tir adéquat lorsque la cible se déplace à des vitesses supérieures à 400 km/h", a expliqué Yurii Ihnat, chef du département des communications de l'armée de l'air, au Kyiv Independent le 10 septembre.
Pour l'heure, l'Ukraine ne dispose donc pas d'une solution éprouvée à ces drones à réaction qui devraient encore s'abattre sur le pays ces prochains mois. Ce 18 septembre, Volodymyr Zelensky a évoqué des "essais réussis au combat" pour des intercepteurs développés par deux entreprises, "un point très positif". "Nous voulons voir les résultats des tests et déterminer comment accélérer cela au maximum et le passer à une production de masse. Nous sommes en discussion avec ces entreprises, et des contrats sont déjà en train d'être signés", précise le dirigeant ukrainien.
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Serhii Beskrestnov, son conseiller pour les technologies de défense, estimait début septembre dans le Guardian que la Russie prévoit d'en produire "environ 36.000 en 2027", Et cette nouvelle technologie fait des envieux. D'après le Financial Times, l'Iran a demandé cette année à la Russie d'obtenir ces drones à réaction pour frapper des cibles au Moyen-Orient.
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