L'accord annoncé par Donald Trump, un «hold-up» sur le pétrole vénézuélien
De nombreuses interrogations persistent sur le contenu et la mise en œuvre de l'accord annoncé triomphalement vendredi 28 août par le président états-unien Donald Trump sur une part importante des réserves pétrolières du Venezuela. « Hold-up », tutelle politique, constitutionnalité, deux chercheurs analysent pour RFI la portée de cet accord.
Publié le : 31/08/2026 - 19:53
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Ni texte, ni contrat écrit : plusieurs jours après l’annonce triomphale de Donald Trump, qui assurait vendredi 28 août avoir conclu « le plus grand accord pétrolier de l’histoire » avec le Venezuela, peu de choses ont filtré sur son contenu précis et ses modalités d’application. L’entente a tout de même déclenché une avalanche de critiques, y compris dans le propre parti de la présidente par intérim Delcy Rodriguez. D’après les déclarations de la dirigeante par intérim à Caracas, le Venezuela octroie une concession aux États-Unis, pour 25 ans renouvelables, sur 17 gisements pétroliers. Ce qui représenterait plus de 20 % des réserves pétrolières du pays.
En place depuis l’enlèvement de Nicolas Maduro par les États-Unis en janvier, elle a défendu l’accord à la télévision vénézuélienne dimanche 30 août. « Notre pays a les plus grandes réserves de pétrole au monde. Mais posséder ces ressources sous terre ne suffit pas. Nous avons besoin d’investissements, de technologie, d’infrastructures, de capacité de production pour transformer cette richesse en bien-être pour notre peuple », a-t-elle justifié. « Les revenus de notre pays [grâce à cet accord] atteindraient 209 milliards de dollars », a aussi promis la dirigeante par intérim.
Quel intérêt y trouvent Washington et Caracas ?
Delcy Rodriguez justifie l’accord par les recettes fiscales qu’il peut générer pour le pays. De fait, le Venezuela est englué dans une crise économique. Des inégalités sociales extrêmement fortes y persistent. Face à cette situation, cette annonce peut aussi être une manière pour la présidente par intérim de légitimer son maintien au pouvoir, estime Yoletty Bracho, post-doctorante en sciences politiques à l’université de Montréal. Celle qui était vice-présidente de Nicolas Maduro ne pouvait en théorie assurer l’intérim à la tête de l’État que jusqu’à juillet 2026. Pourtant, Delcy Rodriguez reste en place et n’a pas annoncé d’élections jusqu’à maintenant.
Pour Washington, l’intérêt est nettement plus évident. « La guerre en Iran et au Moyen-Orient a fait augmenter les prix de l’essence aux États-Unis », alors que les élections de mi-mandat doivent se tenir dans seulement deux mois, souligne Yoletty Bracho. L’administration Trump veut donc « montrer qu’elle s’attaque à ce problème » des prix de l’essence avec ce « soi-disant accord économique, qui est surtout un hold-up sur les ressources vénézuéliennes », estime-t-elle.
Néanmoins, aucun groupe pétrolier états-unien n’a été cité pour le moment comme partie prenante de l’accord. Les majors sont réticentes à réinvestir au Venezuela, en raison de l’instabilité politique du pays et des risques juridiques et financiers. Les prix du pétrole sur les marchés mondiaux n’ont pas chuté après l’annonce de l’accord.
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Un accord conclu sous la contrainte ?
Il est difficile de savoir quelle a été la marge de manœuvre des autorités intérimaires du Venezuela dans ce dossier. « Cet accord s’inscrit dans le cadre d’une mainmise toujours plus forte des États-Unis sur les ressources du Venezuela depuis le 3 janvier 2026, depuis l’invasion et le kidnapping de Nicolas Maduro par les États-Unis », souligne Thomas Posado, maître de conférences en civilisation latino-américaine contemporaine à l’Université de Rouen Normandie. « Que ce soit volontaire ou involontaire de la part de Delcy Rodriguez, elle mène une politique de subordination aux États-Unis, dans une relation totalement asymétrique » ajoute-t-il.
L’accord a été critiqué par l’opposition vénézuélienne, mais aussi jusque dans le propre parti de la présidente par intérim. « Le retournement géopolitique opéré par Delcy Rodriguez est de plus en plus indéfendable au vu de l’histoire du chavisme », le courant politique né sous la présidence de Hugo Chavez (2002-2013) et dont se réclame toujours le pouvoir vénézuélien actuel, poursuit le chercheur. Car l’anti-impérialisme et « la revendication patriotique de défense de la souveraineté nationale contre les États-Unis étaient sans doute le principal leitmotiv du chavisme », analyse Thomas Posado.
« Protectorat » des États-Unis
Malgré une récente réforme de la loi sur les hydrocarbures, pour faciliter les investissements étrangers dans les ressources naturelles du Venezuela, l’accord annoncé pourrait aller à l’encontre de la Constitution vénézuélienne héritée d’Hugo Chavez. De plus, un tel deal doit – en théorie – « absolument passer par l’Assemblée nationale » pour être approuvé, ajoute Yoletty Bracho. Ce qui n’a pas été fait pour le moment. Un élément de plus qui pousse la chercheuse à parler de « protectorat » imposé par la « force coloniale » ou « impériale » [les États-Unis, NDLR].
La situation « correspond assez bien à la définition d’un protectorat », abonde Thomas Posado, aussi auteur du livre Venezuela : de la révolution à l’effondrement (Presses universitaires du Midi, 2023). « Le pouvoir local continue à administrer certaines fonctions : la gestion quotidienne est exercée par Delcy Rodriguez, poursuit-il. En revanche, les relations internationales, les accords sur les ressources économiques majeures sont décidés largement à Washington. »
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Quelles retombées pour les Vénézuéliens ?
La présidente par intérim Delcy Rodriguez promet que l’accord peut améliorer la vie quotidienne des Vénézuéliens. Plusieurs experts comme Francisco Monaldi, économiste vénézuélien spécialiste de l’énergie, rattaché à l’université Rice, aux États-Unis, ont mis en doute les calculs de Washington et de Caracas ces derniers jours concernant les retombées à attendre d’un tel accord.
Pour la chercheuse Yoletty Bracho, les Vénézuéliens sont encore une fois les grands absents de ces décisions. « Quand les citoyens et citoyennes vénézuéliens auront-ils à nouveau une quelconque place pour décider de leur avenir ? », demande-t-elle. Des réunions ont eu lieu début août à Caracas entre des représentants de l’opposition et le gouvernement intérimaire, sous l’égide des États-Unis. Sans résultats très concrets pour l’instant, ni échéance précise pour l’organisation d’élections.