Colombie : Abelardo de la Espriella, d'extrême droite, investi président
Après avoir battu de justesse la gauche sortante en juin avec un discours antisystème et sécuritaire, le millionnaire d'extrême droite Abelardo de la Espriella a été investi président de Colombie. Il a prêté serment vendredi à Cali.
Marié et père de quatre enfants, admirateur du président américain Donald Trump, cet avocat millionnaire âgé de 48 ans a laissé une vie luxueuse à Florence, en Italie, pour se lancer dans la campagne électorale, invoquant un "sacrifice pour la patrie".
Durant la campagne, il est parvenu à capitaliser sur le mécontentement d'une partie de la population contre les partis traditionnels et l'insécurité persistante en Colombie, premier producteur mondial de cocaïne et miné par un conflit armé depuis plus de six décennies. Il a notamment assuré avoir "les couilles" pour gouverner le pays d'une "main de fer".
Abelardo de la Espriella prône des mesures ultrasécuritaires rappelant la lutte antigangs du président salvadorien Nayib Bukele et une réduction drastique des dépenses de l'Etat dans le style de l'Argentin Javier Milei.
Inquiétude des communautés paysannes
Pour combattre les groupes armés, il prévoit de s'allier militairement avec les Etats-Unis et Israël et de mener une politique ultra-répressive, à rebours des politiques d'apaisement et d'amnistie consécutives à l'accord de paix de 2016 avec la guérilla des FARC. Il a notamment promis de mettre fin aux pourparlers de paix par lesquels le président sortant a tenté, sans succès, de négocier le désarmement de toutes les organisations impliquées dans le narcotrafic.
Sur le plan économique, il adopte une posture radicalement néolibérale et veut réduire de 40% l'appareil d'Etat. Et sur le terrain, les inquiétudes commencent déjà se faire sentir. Alors que son prédécesseur Gustavo Petro – premier dirigeant de gauche de l'histoire de la Colombie – avait rendu plus de 380'000 hectares de terres aux petits paysans et aux victimes du conflit armé, le risque de voir celles-ci à nouveau confisquées n'a plus rien d'hypothétique.
>> Ecouter le reportage de Najet Benrabaa, correspondante RTS, auprès de paysans de la région d'Antioquia :
KEYSTONE - CARLOS ORTEGA
Une ville symbolique
Abelardo de la Espriella a prêté serment dans l'après-midi à Cali, la troisième ville du pays.
C'est un lieu inhabituel: alors que les présidents sont traditionnellement investis dans la capitale, Bogota, lui a choisi une ville marquée récemment par des attentats revendiqués par des guérillas, proche de territoires contrôlés par des groupes armés.
Cali a pour l'occasion été placée sous haute protection, avec le déploiement de 11'000 militaires et la mise en place d'un système antidrones pour protéger les invités, principalement des dirigeants de la droite et l'extrême droite latino-américaines, par exemple l'Argentin Javier Milei. Le président de la FIFA Gianni Infantino était également présent (lire en encadré).
Le président sortant Gustavo Petro a renoncé à y participer. Son camp a appelé à des manifestations dans les principales villes du pays, après avoir perdu les élections en juin avec une marge historiquement faible.
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Pierrik Jordan/ami avec les agences
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