Victime d’abus sexuels dans l’enfance, Olympe Veron, un médecin de 54 ans originaire d’Angers, livre un témoignage poignant sur son parcours de reconstruction. À l’occasion de la visite du pape à Lourdes, il appelle à une écoute accrue des personnes victimes.

"J’ai envie de dire au pape que l’Église devrait être une mère pour ses enfants". La gorge d’Olympe Veron, 54 ans, est serrée par l’émotion lorsqu’il s’imagine face à Léon XIV. Ce médecin généraliste d’Angers n’est pas l’une des sept personnes victimes d’abus sexuels que le Saint-Père va rencontrer ce 27 septembre, à Lourdes. Mais ses attentes sont celles d’un homme qui a passé des décennies à enfouir ce que des prêtres lui ont fait subir, dans l’enfance puis à l’aurore de sa vie d’adulte.

Alors, il prend son temps, pèse ses mots. Que demanderait-il au représentant de cette institution qui l’a tant “abîmé”, mais qu’il “aime profondément” ? “Je veux que l’Église prenne le temps d’écouter et, comme lors du Jeudi saint, qu’elle se mette au pied des victimes et leur demande pardon.” Avec chagrin, ce catholique dévoué reconnaît toutefois que le chemin reste long : “Elle peine à être souffrante avec les souffrants. Par volonté de se protéger et, surtout, par crainte et méconnaissance".

Enfouir sa vérité

Peur de l’autre, de son regard, de soi… Ces émotions, Olympe Veron les a côtoyées jusqu’en 2022, lorsqu’il livre pour la première fois son témoignage à l’instance d’aide aux victimes d’abus sexuels dans l’Église (Inirr).

Cette même année, il finit aussi par accepter son homosexualité et se sépare de sa conjointe après 25 ans de vie commune, plusieurs thérapies de conversion et exorcismes. La simultanéité de ces deux libérations n’est pas anodine : Olympe a longtemps pensé les violences dont il a été victime et son attraction pour les hommes comme deux facettes d’une même pièce.

"Lorsque j’ai été agressé par un prêtre de paroisse, à 21 ans, je me suis dit que c’était ma faute, que j’avais dû être aguicheur. J’étais très catholique, à ce moment-là. Alors, j’ai tout enfoui, je me suis marié et j’ai eu quatre enfants", soupire-t-il. Le milieu très conservateur dans lequel il évolue entretient cette culpabilité. À 40 ans, lorsqu’il trouve la force de se confier à l’évêque de l’époque, celui-ci lui répond : "Les esprits se parlent, et ce n’est peut-être pas pour rien qu’il vous avait agressé".

"La vérité vous rendra libres"

Dix ans passent, "dans un grand mal-être". Puis, un Noël, le frère d’Olympe mentionne les accusations de pédocriminalité visant un religieux du diocèse de Reims. "C’était le prêtre de notre paroisse d’enfance et le responsable de la colonie de vacances où nous allions".

À la suite de ces révélations, Olympe développe d’importants symptômes somatiques post-traumatiques qui le poussent à consulter. Et la barrière se brise : les souvenirs de précédentes agressions sexuelles ressurgissent, qu’il a subies entre ses 8 et 12 ans en colonie de vacances, commises par ce même prêtre. "Au début, je me suis dit que cela expliquait mon homosexualité", se remémore-t-il avec amertume. "Puis mon psy m’a montré que cela n’avait rien à voir."

Cette double réalisation fait naître un autre besoin : celui de "reconnaissance". Fin 2022, trois lettres sont envoyées : au procureur, à l’évêque d’Angers et à l’archevêque de Reims. Ce dernier met d’abord en doute les accusations puis admet finalement être au courant. Dans son courrier de réponse, il justifie ce revirement en citant saint Jean : "La vérité vous rendra libres."

"Je ne pense qu’à vivre"

Sur conseil de l’archevêque, le médecin généraliste saisit l’instance de réparation des personnes victimes de pédocriminalité dans l’Église, l’Inirr. Mais celle-ci croule sous les demandes et ne donne pas suite. Deux années passent, durant lesquelles Olympe peine à conjuguer ses identités. "Je me disais qu’un homosexuel n’avait pas sa place dans l’Église".

Puis, courant 2024, alors qu’il n’y croyait plus, l’Inirr le recontacte et lance la procédure l’année suivante. “Avant cette démarche, je ne pensais qu’à la mort ; aujourd’hui, je ne pense qu’à vivre. Et, surtout, j’ai compris que c’était à moi de prendre ma place dans l’Église.”

En avril 2025, le jour du Jeudi saint, la présidente de l’Inirr lui lit sa lettre de reconnaissance, qui atteste du vécu des personnes victimes de violences sexuelles au sein de l’Église. Quelques heures plus tard, le prêtre qui l’accompagne lui propose de participer au lavement des pieds devant la paroisse. “Symboliquement, tout prenait sens, alors j’ai accepté”, souffle-t-il.

Pour Olympe, cet instant incarne un changement des mentalités. Alors que le pape foule le sol français, il espère que le souverain pontife saura incarner cette ouverture. Son message tient en quelques mots : “Soyez dans l’accueil et la vérité et, surtout, n’ayez pas peur”.