L'ère Zelensky prendra-t-elle fin ?
Géopolitique ce matin avec Anne Soetemondt, directrice de l'information internationale de Radio France. Assiste-t-on à la fin de l'ère Zelensky après quatre ans et demi de guerre en Ukraine?
Publié le vendredi 21 août 2026 à 08:16
C'est vrai François que la vidéo diffusée cette semaine par l'ex ministre de la Défense donne une impression de fin de règne... Rappelez-vous, c'était mardi soir... Seisme à Kiev : sans jamais prononcer le nom du président ukrainien, Mykhaïlo Fedorov, limogé un mois plus tôt sans reelle explication, et depuis soutenu dans la rue, prend tout le monde par surprise en appelant à restaurer le processus démocratique. En clair : à organiser des élections. l'ancien ministre est passé dans l'opposition.
Le scrutin aurait dû se tenir au printemps 2024, mais la loi martiale l'interdit. Depuis le début de la guerre, aucune personnalité ukrainienne de premier plan n'avait osé aller aussi loin en défiant l'autorité de Volodimyr Zelensky. Même si nombre d'Ukrainiens partagent le souci de faire vivre la démocratie, y compris en temps de guerre.
La nouveauté dans l'adresse de Fedorov, c'est qu'il soutient que les élections sont importantes -ne pas les organiser, c'est se laisser dicter le calendrier politique par Moscou, mais surtout qu'elles sont POSSIBLES, comprendre : organisables. De la part d'un ministre qui a su considérablement moderniser l'administration ukrainienne, ce n'est pas anodin. Et s'il préparait un projet de vote electronique se demande sur son blog la spécialiste de l'Ukraine anne colin lebedev.
Peut-il remplacer Volodimyr Zelensky dans le coeur des Ukrainiens?
C'est en tout cas clairement son pari. Mais y arrivera-t-il? C'est une certitude : après quatre ans et demi de guerre, des pertes innombrables, une intensification des frappes jusqu'à la capitale, les Ukrainiens sont fatigués. Sans doute plus critiques à l'égard de leur président qu'aux premiers moments de la guerre. L'été dernier déjà, sa tentative de museler les agences anticorruption avait suscité une mobilisation inédite. Depuis, les accusations de corruption dans son entourage se sont multipliées.
Mais il serait faux de parler d'un président entrain de perdre la main. Certes, Fedorov est populaire mais sa déclaration de guerre au président n'a suscité aucun ralliement de poids dans les mondes politique ou militaire ukrainiens. Sans doute parce que tout le monde sait bien qu'il y aurait aussi un risque si le scrutin était baclé et marqué par les irregularités. Et les Ukrainiens ont à ce jour fait trop de sacrifices pour offrir une victoire aux Russes.
Et à l'international ? Fedorov peut-il ébranler l'image de Zelensky auprès des dirigeants européens ?
A l'heure où l'Ukraine a besoin d'une aide militaire solide, d'un renforcement de livraisons de Patriot, ce serait évidemment un bouleversement. depuis 4 ans et demi, l'ukraine, c'est zelensky.
Seuls deux dirigeants étrangers se sont prononcés pour l'organisation d'élections en Ukraine : Vladimir Poutine et Donald Trump qui était allé jusqu'à parler d'un Zelensky dictateur. Bruxelles et les 27 avaient alors fait bloc derrière Zelensky.
La différence, c'est que la voix qui remet en cause l'absence d'élections vient cette fois de l'intérieur du pays. Difficile se soutenir zelensky cette fois sans être accusés d'ingérence. D'où, sans doute, le silence des alliés de Zelensky depuis mardi soir. Nul doute que cela n'a pas échappé à Fedorov qui semble bien décidé à jouer sa carte, y compris sur la scène internationale en prévoyant, la semaine prochaine un déplacement.. aux Etats-Unis.