Le gouvernement a décidé de reporter de quelques jours son plan d'urgence pour l’agriculture, confrontée à la sécheresse et aux canicules. Mais il est déjà presque trop tard note Benoît Gaudibert, notre éditorialiste du jour, aux yeux de qui il faut désormais réfléchir à long terme.

Benoit Gaudibert -

Aujourd’hui à 19:30

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Photo SICCOLI PATRICK/SIPA

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Combien d’agriculteurs vont finir l’année sur la paille si le ciel continue de leur tomber sur la tête ? Sécheresse et canicule ont porté un nouveau coup fatal à une profession déjà minée par une succession de calamités au cours de ces derniers mois, entre crises sanitaires, hausse du coût de l’énergie et autres alertes climatiques. Le fourrage manque en cette fin d’été, les élevages tirent la langue, les cultures ont la jaunisse et des milliers de fermes sont au bord de la faillite. Une fois de plus, le secteur crie famine et n’a pas d’autre solution que d’appeler les pouvoirs publics au secours. Le gouvernement, qui devait débloquer des aides d’urgence ce jeudi, a décidé au dernier moment de « décaler de quelques jours » ses annonces, au vu des « montants conséquents » en jeu. Un communiqué laconique dont on imagine facilement qu’il masque d’âpres négociations entre Sébastien Lecornu, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard et ses collègues sur les efforts à consentir par chacun. On parle ici de plusieurs milliards, dans un contexte budgétaire ultra-tendu.

Réformes de fond

Régulièrement interpellée par les syndicats agricoles, l’Union européenne est elle aussi à la peine. Sa réserve historique destinée aux situations de crise est déjà à sec, épongée au printemps par un chèque de 500 millions d’euros consenti pour compenser l’envolée des prix des engrais. Bruxelles ne promet pas d’effort supplémentaire à ce stade. Cette année, les subventions poussent aussi mal que les pommes de terre. Dégainer le chéquier tous les six mois ne suffira hélas pas à sauver les agriculteurs et les faire sortir de ce jour sans fin. Ces plans d’urgence à répétition ressemblent de plus en plus à des pansements sur une jambe de bois. C’est d’une vision à long terme et de réformes de fond dont le secteur agricole, à bout de souffle, inadapté à la nouvelle marche du monde et au dérèglement climatique, a désespérément besoin.