La délicate mission des administrateurs familiaux : que choisirait maman si elle était encore en mesure de décider toute seule ?
Au grand âge, la mémoire devient buissonnière. On omet de payer le loyer à temps. On zappe un rendez-vous médical. On remplit le frigo de paquets de beurre mais on oublie le pain. Une série d'outils existent pour aider un senior (ou un adulte déficient intellectuel, atteint de troubles psychiatriques ou cognitifs) à gérer ses biens ou sa personne. Pour se faciliter la vie, il est possible, quand on est encore lucide et capable, de confier certaines missions à des proches (un enfant, un frère, un(e) ami(e), un voisin, en rédigeant un mandat.
La disposition séduit un nombre croissant de citoyens. Au cours du premier semestre 2026, plus de 92 000 mandats extrajudiciaires ont ainsi été établis en Belgique, soit une hausse de près de 40 % par rapport à la même période en 2025, selon les chiffres de la Fédération du notariat (Fednot).
Si la tendance est significativement à la hausse en Wallonie (5 717 en 2026, contre 4 633 en 2025) et à Bruxelles (2 522, contre 2 519), l'immense majorité des contrats sont rédigés en Flandre (83 787 en 2026). Ce sont surtout les personnes de plus de 65 ans qui optent pour un mandat de protection (68 %).
"Est-ce qu'on décide à ma place parce que je suis vieux/vieille ?"Au milieu de disputes familiales
Mais il arrive que cette solution ne soit pas possible et qu'une protection judiciaire s'impose. Certaines personnes, à un moment où elles se sentent très fragiles, sont soumises à des pressions ou prises au milieu de disputes familiales. D'autres, très isolées ou particulièrement vulnérables, risquent de tomber entre les mains d'individus malintentionnés.
Un juge de paix peut alors intervenir et désigner un administrateur qui assiste l'intéressé(e) dans certaines décisions ou les prend en son nom quand cela s'avère nécessaire. Actuellement, plus de 150 000 personnes, qui ne sont plus en mesure de prendre seules certaines décisions concernant leurs finances, leur lieu de résidence, leurs soins médicaux ou d'autres aspects de leur vie personnelle, sont placées sous administration. Quand c'est possible et souhaitable, le juge de paix privilégie une personne de l'entourage.
Que signifie, concrètement, devenir administrateur d'un parent, d'un enfant ou d'un proche ? Quelles responsabilités cela implique-t-il ? Un nouveau guide pratique pour les administrateurs familiaux* vient d'être publié par la Fondation Roi Baudouin et la Fédération du Notariat, en collaboration avec le SPF Justice.
Un papy qui ne paie plus ses factures, un frère porteur d'un handicap mental, une maman démente : plus de 150 000 personnes sont sous administrationDans l'entourage, de préférence
La demande de mise sous protection judiciaire est loin d'être une formalité ; elle peut susciter beaucoup d'émotion, voire être traumatisante pour la personne placée sous administration. Parce que cette mesure délicate, qui vise à la protéger, constitue aussi une atteinte à son autonomie.
C'est donc un lourd engagement pour les administrateurs familiaux. Un grand nombre de proches a priori prêts à assumer cette mission reculent devant le rôle à endosser, relèvent les initiateurs du guide. La gestion des actes patrimoniaux et personnels doit toujours se faire en ayant à l'esprit la mentalité, les principes, les habitudes, le mode de vie de la personne protégée. C'est-à-dire ne pas gérer sa vie comme la sienne propre mais comme il ou elle le ferait s'il ou elle avait (encore) toutes ses capacités.
Quelles responsabilités cela implique-t-il ? Que fait concrètement un administrateur ? Comment se passe la gestion d'une administration ? Qu'en est-il si la personne protégée ne veut pas coopérer ? Le guide parcourt les différentes étapes de l'administration, en abordant les aspects juridiques, administratifs et pratiques.
Un peu d'argent de poche
Un exemple : la gestion de l'argent. En général, le juge de paix décide dans son ordonnance, du montant dont pourra disposer l'administrateur pour la personne protégée. Il ouvre un compte spécifique auquel il aura seul accès où sont versés les différents revenus (pension, loyers, allocations, …). S'il y a un compte d'épargne, le gestionnaire peut disposer d'une somme également fixée par le juge de paix. Pour tout dépassement, il faut demander une autorisation spéciale au magistrat.
L'administrateur utilise les comptes pour assurer l'entretien de la personne protégée, lui dispenser des soins et veiller à son bien-être. S'il existe des fonds, titres ou valeurs mobilières, il peut les gérer en collaboration avec la banque où ils sont déposés. Le juge sera très attentif à ce que l'argent soit géré dans l'intérêt de la personne, même si l'administrateur est enfant unique, seul héritier ou parent – en clair, à l'éventuelle confusion de patrimoine.
La personne protégée doit disposer d'argent de poche pour faire des petits achats ou des cadeaux à ses proches. L'administrateur peut le lui donner en espèces ou lui verser sur un compte lié à une carte bancaire dont les modalités d'utilisation déterminées.
Comment "prendre soin" des aînés sans les infantiliser ? "Il y a un sentiment d'anxiété par rapport à ce qui nous rappelle qu'on va mourir"Ne pas faire la morale
Dans la mesure du possible, l'administrateur doit s'entretenir avec la personne, l'associer aux décisions et l'informer le plus régulièrement possible de ses initiatives. En se mettant le plus possible à la place de la personne au moment de faire les dépenses utiles au bien-être. Maman a-t-elle besoin de vêtements ? Qu'est-ce qu'elle aurait acheté si elle avait pu faire le choix elle-même ? Et pourquoi ne pas envisager des vacances à Malaga, où elle partait chaque été, si son état le permet et que les finances suivent ?
Le guide insiste : il est important d'éviter au maximum les jugements de valeur sur les dépenses, de ne pas faire la morale ou d'être trop intrusif. Si la personne est (très) âgée, l'idée n'est pas de faire des économies : c'est peut-être pour ses vieux jours qu'elle a gardé des petites réserves.
*La brochure peut être téléchargée gratuitement sur les sites de la Fondation Roi Baudouin et notaire.be. Une version imprimée peut être commandée gratuitement via le centre de contact de la FRB.
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