Même si l’agence a conservé vendredi sa perspective stable, elle note que la France est pénalisée « par un endettement élevé et en hausse, un contexte politique et social rendant difficile l’assainissement budgétaire, ainsi qu’un faible potentiel de croissance ».

Lors de sa dernière actualisation, début mars, Fitch saluait déjà la solidité de l’économie française et de ses institutions, tout en pointant une dette publique élevée et un contexte politique limitant les possibilités d’assainir les finances publiques.

À l’époque, Fitch misait sur un déficit public de 4,9 % pour 2026, un chiffre proche de l’objectif du gouvernement, de 5 %.

Mais depuis, le ministre de l’Économie Roland Lescure a lui-même admis que cette cible serait « difficile à atteindre ».

Vendredi, Fitch s’est effectivement montrée plus pessimiste, prévoyant un déficit de 5,2 % du PIB en 2026, 5,5 % en 2027 et 5,2 % en 2028.

« Ces projections de déficit sont supérieures à celles de la dernière révision, reflétant une croissance plus faible, des dépenses d’intérêts plus élevées et des engagements supplémentaires en matière de défense », a argué l’agence de notation.

La présidentielle en ligne de mire

À un peu plus d’un mois de la présentation du dernier projet de budget du quinquennat, qu’il devra faire passer malgré l’absence de majorité au Parlement, le Premier ministre Sébastien Lecornu n’a pas encore fixé d’objectif de déficit pour 2027.

Pour l’économiste Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco, ce budget n’aura pas une grande incidence sur le long terme, contrairement à l’élection présidentielle de 2027. « La question centrale, quand on évalue la dette, c’est la projection de long terme. Et tout le sujet, c’est de savoir ce qu’il sortira de l’élection présidentielle », affirme l’économiste.

« La fragmentation politique persistante » du pays, sans majorité au Parlement, « constitue une faiblesse majeure pour la notation, car elle réduit la capacité des autorités à mettre en œuvre un ajustement budgétaire durable et limite la prévisibilité des politiques », abonde Fitch dans son communiqué.

Or la dette publique, qui atteignait 117,5 % du produit intérieur brut fin mars, selon l’Insee, alimente les débats politiques. Récemment, Jean-Luc Mélenchon a affirmé vouloir annuler une partie de la dette française, suscitant l’ire des candidats de la droite et du centre.

Les deux autres grandes agences de notation doivent se prononcer sur la note française dans les mois qui viennent : Moody’s le 23 octobre puis S&P Global Ratings le 27 novembre.

Cette dernière a abaissé la note française à A+ à l’automne dernier, avec, comme Fitch, une perspective stable.

Moody’s classe toujours la dette française Aa3, c’est-à-dire en bas de la catégorie « qualité haute ou bonne ».