Stéphane Bern : le collier maudit de la reine Nazli
La reine Nazli d’Egypte portant un collier Van Cleef & Arpels, pour le mariage de sa fille la princesse Fawzia, au Caire, le 30 mars 1939.
© Contributor / Bettmann Archive
CÔTÉ COURS - En plein après-midi, à visage découvert, deux hommes ont fracassé une vitrine du musée MAK de Vienne et emporté en quelques secondes l'un des plus grands chefs-d'œuvre de Van Cleef & Arpels : le collier de 673 pierres précieuses créé en 1939 pour les noces de la princesse Fawzia d'Égypte.
Le vol des joyaux de la Couronne au Louvre en octobre dernier aurait-il donné des idées aux voleurs de trésors historiques ? Jeudi 27 août, à Vienne, deux hommes ont brisé une vitrine pour mettre la main sur le collier de la reine Nazli d'Egypte, une pièce de joaillerie pesant plus de 200 carats et composée de 673 pierres précieuses. Cet exceptionnel collier Van Cleef & Arpels de diamants, monté sur platine, a été dérobé en plein après-midi jeudi au musée des arts appliqués de Vienne (MAK) alors qu'il était présenté dans le cadre d'une exposition temporaire consacrée à la maison française Van Cleef & Arpels, fondée en 1906 sur la Place Vendôme à Paris.
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Deux hommes non masqués, filmés par les caméras du musée et ayant acheté leurs billets, « ont brisé une vitrine en verre » au marteau, avant de « prendre la fuite avec le bijou dans une direction inconnue », a annoncé la police autrichienne dans un communiqué dans la nuit de jeudi à vendredi. Le musée des arts appliqués de Vienne (MAK) a confirmé le vol, mais il a déclaré ne pouvoir « fournir à ce stade aucune information concernant l'enquête en cours ». D'après la radio autrichienne Ö1, ce collier avait été estimé à plusieurs millions d'euros par la maison de vente Sotheby's en 2015.
Histoire rocambolesque
Ce collier historique avait été réalisé spécialement pour l'ancienne reine d'Égypte, Nazli, épouse du roi Fouad Ier et mère du roi Farouk pour le mariage de sa fille Fawzia en 1939 avec le futur chah d'Iran, Mohammed Reza Pahlavi. Environ 500 pièces sont exposées depuis le 10 juin et jusqu'au 27 septembre, dont plus de 300 de la collection Van Cleef & Arpels et plus de 200 de celle du musée MAK. Il est présenté dans la collection Van Cleef & Arpels sur internet comme une « pièce monochrome iconique du triomphe de la joaillerie blanche ». « Il était complété par un diadème reprenant les mêmes ornements semi-circulaires autour desquels s'enroulent des rubans de platine et de diamants », précise le site. L'exposition temporaire à Vienne reste fermée jusqu'à nouvel ordre, d'après le MAK.
À la suite de plusieurs vols retentissants dans des musées en France, le gouvernement a recommandé fin juillet de retirer temporairement certaines pièces des vitrines dans l'attente d'une sécurisation renforcée. En Espagne, le trésor de Villena, une collection d'orfèvrerie en or considérée comme l'une des plus précieuses de l'âge de Bronze en Europe, a été dérobé quasi intégralement dans un musée du sud-est du pays, après le vol du torque de Vix, dérobé en juillet au musée du Pays Châtillonnais à Châtillon-sur-Seine en Côte-d'Or. Ce collier de légende aura eu une histoire rocambolesque et tragique.
200 carats de pierres précieuses
Francophile, la reine Nazli, née Nazli Sabri, se tourne vers Paris et le joaillier de la place Vendôme, Van Cleef & Arpels, pour réaliser non seulement une parure pour sa fille composée d'une impressionnante tiare et d'un collier, mais également une autre parure pour elle-même qui mêle plus de 200 carats de pierres précieuses sur une monture de platine, associant la pureté des lignes Art déco et l'imaginaire des plastrons portés par les reines de l'Égypte ancienne. « Les bijoux de la reine Nazli ne le cèdent en rien à ceux de la princesse », explique à l'époque le quotidien Paris-Soir, qui reproduit en « une » les dessins du joaillier. Un défi pour les artisans de la place Vendôme, puisque la maison, à l'époque, travaille plutôt l'or jaune et fait, chez les amateurs, un tabac avec son fameux « serti mystérieux », une technique brevetée au début de la décennie qui rend le métal presque invisible. Autant dire que les fastes du mariage de la princesse Fawzia avec le futur chah d'Iran, tant au palais Abdine du Caire qu'au palais du Golestan à Téhéran, sont dignes des contes des Mille et une nuits.
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Après le renversement de la monarchie égyptienne, la reine Nazli s'exile aux Etats-Unis où sa fortune fondra comme neige au soleil de Los Angeles. En 1975, à plus de 80 ans, elle vend une partie de ses bijoux aux enchères. Le collier est alors acheté pour la somme de 140 000 dollars (640 000 euros actuels). Triste destin, l'ex-reine meurt trois ans plus tard dans un petit appartement prêté par des amis. Le collier de la reine Nazli disparaît alors des radars. Il réapparaîtra par surprise quarante ans plus tard, lors d'une vente aux enchères chez Sotheby's à New York. Van Cleef & Arpels saisit l'occasion de racheter le collier pour sa collection patrimoine. Son vol cette semaine à Vienne risque de faire disparaître à tout jamais ce trésor artistique et historique si le collier est démonté, les pierres précieuses desserties et vendues à l'unité.
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