« Une situation exceptionnelle » : comment les habitants et vacanciers s’organisent après trois semaines sans eau potable dans cette station de la région Paca
« On vit à la Cristalline depuis le 9 août » : privée d’eau potable depuis près de trois semaines après de violents orages, la station de ski de Pra Loup, très fréquentée en saison estivale, s’organise pour approvisionner habitants et vacanciers.
« C’est un pack d’eau par jour pour boire, se laver, cuisiner. J’ai des problèmes rénaux, j’ai dû me restreindre et boire moins que ce que je devrais », déplore Patrick Beau, venu en vacances pour l’été depuis Paris.
« J’ai eu peur quand, lors d’une distribution d’eau, on m’a dit de faire attention pour mon bébé et de ne pas le laver avec l’eau du robinet. La douche à la bouteille d’eau, pour un bébé, c’est compliqué », confie de son côté Marion Marchetti, venue d’Aubagne en vacances avec son compagnon et ses trois enfants, dont le dernier n’a que quatre mois.
Dans leur hôtel, en plein cœur de la station, la famille dispose de l’eau filtrée par l’établissement.
« On fait tout à l’eau de source, on nettoie même les légumes avec. Comme c’est arrivé en plein pic du 15 août, au début, on était affolés, mais on a pris l’habitude », détaille la gérante de l’Edouard’s pub, qui ne souhaite pas donner son nom.
La préfecture estimait le nombre d’habitants de la station de ski à 12.000 lors de l’interdiction de consommation.
Des orages en cause
Une « situation exceptionnelle […] jamais observée dans cette ampleur dans la région Paca », explique Mélanie Teyssier, directrice des exploitations de la compagnie des eaux Saur en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
En cause, « des épisodes de sécheresse, couplés à des événements orageux violents et très localisés ».
« Il y a eu de très grosses crues qui ont modifié le lit du cours d’eau, qui a descendu de plus d’1m50. Cela a fait descendre les niveaux des nappes, et donc on n’arrivait plus à pomper », détaille Stéphane Bertin, chef de secteur pour la Saur.
L’eau potable a été interdite à la consommation sur toute la commune d’Uvernet-Fours, où se situe la station de Pra Loup.
Faire remonter le niveau du cours d’eau
« Pour pouvoir pallier au manque d’eau, on a ouvert un lac de retenue. Comme ce n’est pas la ressource habituelle qui est surveillée et maîtrisée, c’est un principe de précaution que l’ARS (agence régionale de santé) a mis en place », explique Mélanie Teyssier.
Les habitants peuvent utiliser l’eau du robinet pour se doucher, mais ne doivent pas la boire. Le taux de chlore a été augmenté pour les en dissuader.
« Pour pallier cette restriction, nous avons fourni des eaux en bouteille et mis en place des points de distribution », détaille la directrice régionale.
L’objectif pour la compagnie de distribution d’eau est désormais de faire « remonter le niveau du Bachelard », cours d’eau qui alimente la commune, explique Stéphane Bertin.
Une digue a été construite comme solution provisoire « pour retenir l’eau et réalimenter la nappe », dont le niveau a remonté suffisamment « pour pouvoir pomper ». Un variateur a également été installé « pour réguler le débit ».
Procédure d’urgence de reconnaissance de catastrophe naturelle
De leur côté, « les services de l’État ont pris plusieurs mesures pour accompagner la commune […], notamment une procédure d’urgence de reconnaissance de catastrophe naturelle », a indiqué vendredi la préfecture à l’AFP.
« La situation a été stabilisée le 25 août, même si la quantité d’eau produite via les ressources communales n’est toujours pas suffisante pour répondre aux besoins », ajoute la préfecture.
L’eau du robinet devrait être à nouveau autorisée à la consommation « en fin de semaine prochaine », estime la directrice régionale des exploitations de la Saur.
En attendant, les bénévoles s’activent pour les distributions. « Il y a vraiment un élan de solidarité. Tout le monde est solidaire et apporte l’aide qu’il peut », se réjouit Arnaud Gaston, conseiller municipal d’Uvernet-Fours.