Donald Trump présente l’avancée des travaux de sa salle de bal, le 19 mai dernier.

Donald Trump présente l’avancée des travaux de sa salle de bal, le 19 mai dernier. CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES VIA AFP

Une « honte nationale » : Donald Trump ne décolère pas après que la justice américaine a de nouveau bloqué, vendredi 7 août, son chantier de monumentale salle de bal à la Maison Blanche, nouvel épisode dans le feuilleton de ces travaux controversés. Retour sur cette bataille judiciaire.

Une aile entière détruite au bulldozer

En octobre dernier, le président républicain a fait détruire au bulldozer une aile entière de la Maison Blanche pour construire une salle de bal de plus de 8 000 m² censée accueillir jusqu’à 1 000 personnes, pour des réceptions diverses et des dîners en l’honneur de dignitaires étrangers.

Son budget prévisionnel, financé selon Donald Trump intégralement par des dons privés, est passé de 200 millions à 400 millions de dollars. Son objectif ? Rien de moins que « la plus belle salle de bal du monde ».

Un engin détruit une section de l’aile est de la Maison Blanche, le 21 octobre 2025.

Un engin détruit une section de l’aile est de la Maison Blanche, le 21 octobre 2025. DREW ANGERER / AFP

La justice saisie

Le projet est, dès le début, contesté en justice par la National Trust for Historic Preservation (NTHP), une organisation à but non lucratif mandatée par le Congrès pour la préservation des bâtiments historiques.

En mars et avril, un juge fédéral américain a prononcé, à deux reprises, la suspension de la construction, arguant que le projet nécessiterait l’accord du Congrès. Le juge Richard Leon a rappelé que « le président des États-Unis est le gardien de la Maison Blanche pour les futures générations de familles présidentielles. Il n’en est toutefois pas le propriétaire ! »

Entre ses deux décisions, une cour d’appel composée de trois juges de la cour d’appel des Etats-Unis pour le circuit du district de Columbia avait décidé, à deux voix contre une, d’autoriser la poursuite temporaire des travaux de création de la salle de bal de la Maison Blanche.

Lors de sa deuxième décision, le juge Richard Leon a en revanche autorisé la poursuite de travaux réalisés en parallèle : un projet de bunker souterrain à la Maison Blanche. Mais à condition qu’il ne « détermine pas définitivement la taille et l’ampleur de la salle de bal en surface ». Invoquer « la sécurité nationale ne donne pas carte blanche pour mener des activités qui seraient autrement illégales ».

Donald Trump a royalement ignoré ces décisions judiciaires : les travaux ont en effet continué depuis, la salle de bal émergeant du sol peu à peu, comme le président américain l’a montré aux médias le 19 mai dernier.

Donald Trump présente à la presse l’avancée des travaux à la Maison Blanche, le 19 mai 2026.

Donald Trump présente à la presse l’avancée des travaux à la Maison Blanche, le 19 mai 2026. CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES VIA AFP

Des photographies prises fin juillet par l’AFP montrent l’avancement des travaux, avec une dalle et des structures basses en voie de construction, flanquées de deux grues.

L’avancée des travaux, au 23 juillet 2026.

L’avancée des travaux, au 23 juillet 2026. KENT NISHIMURA / AFP

La cour d’appel maintien la suspension des travaux

La cour d’appel du district de Columbia a maintenu ce vendredi la suspension des travaux ordonnée en avril par un juge et indiqué que le gouvernement américain avait 14 jours pour solliciter la plus haute instance américaine.

La juridiction d’appel a indiqué que ce blocage n’avait « rien à voir » avec la pertinence du projet lui-même, mais s’expliquait par le fait que le président américain avait lancé les travaux sans obtenir un feu vert du Congrès. Le gouvernement n’a « pas l’autorité illimitée » de « redessiner, remodeler et reconstruire la Maison Blanche - la Maison du Peuple - pour répondre au désir personnel d’un président, » a indiqué la juridiction.

Donald Trump va saisir la Cour suprême

Donald Trump a martelé que le bâtiment avait aussi vocation à devenir un « centre militaire cruellement nécessaire, indispensable pour la sécurité de Washington, du district de Columbia et de notre pays lui-même ».

Face aux revers judiciaires, aux condamnations venues de l’opposition et aux réticences exprimées dans son propre parti, le milliardaire affirme en effet depuis quelque temps que son chantier n’est pas un simple projet d’embellissement ni un caprice personnel, mais une entreprise de sécurité nationale. Il fait valoir que le bâtiment doit être équipé d’une plate-forme de drones et d’autres dispositifs militaires.

Le président américain a fustigé cette décision « prise alors qu’une grande partie des travaux a déjà été réalisée et financée », la qualifiant sur sa plateforme Truth Social de « menace pour la sécurité nationale » et de « honte nationale ». Plus tôt, il avait déjà affirmé vouloir « faire appel devant la Cour suprême des Etats-Unis » de ce jugement « horrible, motivé par des raisons politiques et illégal » sur la même plateforme.

La Cour suprême est actuellement dominée par les juges conservateurs, dont trois nommés par Donald Trump durant son premier mandat. Trois autres ont été nommés par George W. Bush, deux par Barack Obama et un par Joe Biden. Elle a néanmoins déjà montré son indépendance vis-à-vis du président américain, comme lorsqu’elle a annulé la majorité des droits de douane qu’il avait imposés à son retour à la Maison Blanche.

Des chantiers en pagaille

Juste à côté de la salle de bal se déroule un autre chantier, également ordonné par Donald Trump : celui d’une aire bétonnée destinée à l’atterrissage et au décollage de l’hélicoptère présidentiel.

Le président américain a en effet lancé de nombreux projets de construction ou de rénovation à Washington, et il les suit de très près. Donald Trump consacre en outre une part importante de ses messages sur Truth Social ou de ses discours à ces divers chantiers, en livrant force détails sur les matériaux ou techniques employées.

Le républicain dit vouloir rendre sa splendeur à la capitale américaine, selon lui négligée par ses prédécesseurs. Ses détracteurs l’accusent au contraire de dilapider l’argent public pour flatter sa propre vanité.

Par  Le Nouvel Obs avec AFP