Attentat de Berlin: un potentiel laxisme de la justice crée des tensions
Après l'attaque contre la Pride de Berlin, le débat enfle en Allemagne sur un éventuel laxisme de la justice. Le suspect, un islamiste radicalisé déjà connu des autorités, avait été condamné avec sursis quelques mois avant l’attentat. L'AfD s'est immédiatement emparée de la polémique.
A moins de deux mois d'un scrutin serré pour la mairie de Berlin, cet attentat qui a provoqué la mort d'une Polonaise de 65 ans et fait 29 blessés pourrait profiter à l'extrême droite (AfD), en plein essor dans tout le pays.
Tué dimanche soir par la police, au lendemain de l'attaque, le suspect, un citoyen allemand d'origine libanaise de 21 ans, avait été condamné en mai à une peine d'un an et dix mois de prison avec sursis, "pour préparation d'un acte de violence grave portant atteinte à la sécurité de l'Etat" après avoir tenté de rejoindre le groupe djihadiste Etat islamique en Syrie via le Liban.
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Le jeune homme avait alors affirmé s'être distancé de l'EI et le tribunal avait pris en compte ses six mois de détention provisoire en Allemagne et ses trois mois de prison au Liban, pays où il avait été condamné pour son appartenance au groupe djihadiste.
Un profil qui interroge jusqu'à la chancellerie
Depuis la révélation dimanche de ce parcours, les critiques à l'égard de manquements judiciaires pleuvent de tous les côtés. "Nous allons réagir avec sang-froid, mais aussi avec détermination. Et surtout, nous devons répondre à cette question: comment est-il possible qu'un homme ainsi catalogué ait pu, ici à Berlin, commettre cet attentat?", a déclaré le chancelier Friedrich Merz.
"Je ne comprends toujours pas comment cet homme, pourtant placé sous surveillance permanente, a pu s'approcher de la gay pride sans être repéré", a-t-il ajouté.
"Le danger a été minimisé", a pour sa part déploré Rolf Tophoven, expert de l'Institut pour la recherche en terrorisme et en sécurité politique à Essen.
>> Le sujet du 12h45 sur le profil du suspect :
Le précédent de l'attentat de 2016
Comme en 2016 après l'attentat au camion-bélier contre le marché de Noël à Berlin, les révélations sur le parcours de l'assaillant font polémique. L'opposition demande comment un homme connu des services pour sa radicalisation a pu préparer une attaque sans éveiller les soupçons.
>> Relire sur l'attentat de 2016 : Le terroriste de l'attentat de Berlin aurait pu être arrêté avant son crime
"S'il s'agit à nouveau d'un individu que la justice avait dans le viseur, mais qui n'a pas pu être empêché de commettre cet attentat, alors il faut sérieusement se demander si nous sommes suffisamment armés face à ce type de menaces", a réagi le député écologiste Konstantin von Notz.
L'auteur présumé de l'attaque a été cerné dans un jardin ouvrier dimanche en fin d'après-midi, où il a été abattu par la police après avoir couru en direction d'agents, "muni d'une arme blanche", selon la police.
Une campagne électorale sous tension
Cité par le quotidien allemand Handelsblatt, le député conservateur Marc Henrichmann, président de la commission parlementaire de contrôle des services de renseignement, a réclamé que "les libertés individuelles des extrémistes et islamistes déjà connus de la justice ne doivent plus être surévaluées à partir du moment où il y a un danger pour la vie d'autres personnes".
Aux yeux du président de la Fédération des officiers allemands de la police criminelle Dirk Peglow, "pour une personne présentant un tel potentiel de dangerosité, la sortie de détention ne devait pas marquer la fin de l'attention de l'Etat".
A quelques mois d'élections régionales où l'AfD caracole en tête des sondages, cette faille sécuritaire pourrait fragiliser un peu plus une coalition déjà sous pression.
Sujet TV: Anne Mailliet
Adaptation web: Raphaël Dubois avec afp
L'AfD réclame un tour de vis
Après l'attentat, la tête de liste de l'AfD à Berlin Kristin Brinker a appelé sur son site "à mettre immédiatement un terme à la politique de complaisance menée jusqu'à présent envers les islamistes enclins à la violence".
Sur les réseaux sociaux, le parti d'extrême droite dénonce également un "fiasco total" de la politique de sécurité. Son député Martin Hess réclame que les étrangers potentiellement dangereux soient systématiquement expulsés et que les islamistes de nationalité allemande puissent être placés en "rétention préventive".
Le candidat des conservateurs (CDU), parti du chancelier et de l'actuel maire de Berlin, a convenu qu'il y avait "un problème dans cette ville lié à l'islam politique". "Il faut s'attaquer à l'islamisme à la racine. Cela ne commence pas seulement au moment de l'acte de violence. Cela commence bien plus tôt", a exigé Stefan Evers dans un entretien au quotidien Die Welt.