C’est un mouvement qui semble ne plus devoir s’arrêter : depuis des semaines, la presse étrangère suit de près la mobilisation des lycéens, et le regard qu’elle porte sur les réponses (ou l’absence de réponses) du gouvernement est pour le moins sévère. “La crise française de l’école n’est pas conjoncturelle. Elle n’est pas seulement budgétaire. C’est une rupture du contrat social : l’État avait promis un enseignement public de qualité bâtisseur d’avenir. Ce qu’il offre aujourd’hui, ce sont des établissements en ruine qui produisent des diplômes sans valeur sur le marché du travail”, assène ainsi Eduardo Chávez Molina dans le magazine Anfibia. Le constat du sociologue argentino-chilien peut sembler sévère. Il reflète assez bien la tonalité des médias internationaux qui couvrent les manifestations.

Car que demandent les lycéens ? Plus de professeurs, des emplois du temps moins chargés, des locaux dignes de ce nom, et la fin de Parcoursup, un système qu’ils jugent discriminatoire et peu transparent. Face à cela, le gouvernement, visiblement dépassé et qui n’a pas mesuré la colère grandissante, a choisi très tôt la manière forte : “De fait, le gouvernement a immédiatement traité les manifestations comme un risque sécuritaire. Bien que la plupart des contestataires soient des adolescents, le ministre de l’Intérieur a déployé des CRS suréquipés devant certains lycées”, constate Matthias Krupa dans Die Zeit.

L’ouverture de notre dossier consacré à la mobilisation des lycéens en France. COURRIER INTERNATIONAL

Jean-Luc Mélenchon n’est pas le seul à évoquer une riposte disproportionnée. “En France, la violence de la police est un problème politique”, titre en Italie le Corriere della Serra, qu’on peut difficilement soupçonner de gauchisme. Plus de 6 500 jeunes ont été interpellés depuis le début des manifestations, certains grièvement blessés. Plus sévère (et beaucoup plus à gauche), l’hebdomadaire The Nation, aux États-Unis, a trouvé un responsable : “La fermeté des forces de l’ordre est devenue la marque de fabrique de la présidence d’Emmanuel Macron.”

Or, tout ce que demande cette génération en colère, c’est d’être entendue, d’avoir voix au chapitre dans un système sclérosé qui au mieux l’ignore, au pire la méprise. “Quel message entendent ces jeunes gens quand l’État mobilise toute sa machinerie pour les arrêter, eux qui ne mobilisent que leur corps et leur voix ?” déplore encore Eduardo Chávez Molina. “À la différence des grandes mobilisations étudiantes de 1968, 1986 ou 2005, cette génération ne combat pas une réforme spécifique”, explique le sociologue, mais exprime une angoisse existentielle face à un futur dont elle se sent exclue par avance. Venue soutenir les manifestants devant le lycée Paul-Éluard à Saint-Denis, mardi 13 octobre, Greta Thunberg ne dit pas autre chose : “Les jeunes ne sont pas associés aux discussions. On nous vole notre avenir.” C’est tout l’enjeu de la mobilisation actuelle.

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Une mobilisation que le monde entier regarde, en pleine campagne pour la présidentielle, et qui trouve un écho dans plusieurs pays. “La colère des élèves français s’inscrit dans un élan de révolte mondiale de la jeunesse, qui n’en peut plus d’être malmenée par ses aînés, souvent indifférents voire méprisants vis-à-vis de ses inquiétudes”, avance Denis Staunton dans The Irish Times, qui rappelle que cette vague de protestation a commencé il y a plusieurs mois déjà. En France et en Belgique, en Serbie, en Inde, en Roumanie, en Italie, au Sénégal, en Espagne, au Brésil, au Chili, partout les jeunes se mobilisent pour réclamer le respect de leurs droits fondamentaux, un accès à l’éducation, des logements décents, la réduction des inégalités…

On pourrait le déplorer ; il faut en contraire s’en réjouir, veut croire le site indépendant algérien Twala. “Lorsqu’une partie de la jeunesse française estime que quelque chose ne tourne pas rond, elle proteste, avance Lyas Hasllas. Et c’est plutôt bon signe pour un pays. Une jeunesse qui râle, manifeste, bloque un lycée, monte un collectif ou rejoint un syndicat est une jeunesse qui croit encore, d’une manière ou d’une autre, qu’elle a prise sur son avenir. Elle conteste parce qu’elle pense que son pays lui appartient assez pour exiger qu’il fonctionne autrement.” Alors que la jeunesse algérienne n’a pour seul horizon que l’exil ou le silence, la jeunesse française peut encore espérer : “Manifester, c’est encore adresser une demande à son pays. C’est lui dire : nous sommes là, nous ne sommes pas d’accord et nous voulons autre chose.”


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