Starlink « restreint » en Ukraine, Washington accusé d’aider Moscou : ce que l’on sait
Serhii Beskrestnov, conseiller technologique du président ukrainien Volodymyr Zelensky, à Kiev, , le 4 novembre 2024. HANNA ARHIROVA/AP/SIPA
Le fonctionnement de certains terminaux Starlink, réseau satellitaire utilisé notamment pour la communication sur le champ de bataille en Ukraine, semble avoir été restreint dans la nuit du mardi 13 au mercredi 14 octobre. Ces terminaux permettent d’obtenir une connexion haut débit à internet même dans des zones isolées.
Les Ukrainiens s’en servent en particulier pour la communication entre leurs troupes. Des antennes Starlink équipent aussi certains drones. Cela permet d’augmenter leur portée et d’empêcher leur brouillage électronique par l’ennemi russe, car ces engins restent ainsi connectés à internet et dirigeables jusqu’à leur cible.
• Les forces de défenses ukrainiennes « pas prévenues », selon Kiev
« Cette nuit, SpaceX a instauré une limitation de vitesse pour les terminaux Starlink en mouvement », a indiqué ce mercredi octobre Sergiï Beskrestnov, un conseiller technologique du président Volodymyr Zelensky. « Nos forces de défense n’ont pas été prévenues de cette restriction, ce qui a entraîné la perturbation de plusieurs missions. De toute évidence, cette mesure ne peut être une coïncidence et est liée à la situation politique actuelle », a-t-il ajouté.
Dans un message distinct, Serguiï Beskrestnov a précisé que ces restrictions limitaient notamment le fonctionnement des drones intercepteurs, utilisés par l’armée ukrainienne pour abattre les drones à réaction russes qui pilonnent le pays : « Par leurs décisions, nos partenaires nous privent de l’une des rares chances que nous avons de défendre le pays contre les drones Shahed à réaction. »
Sur le front, « cela limite considérablement la logistique, avant tout », mais aussi les frappes ukrainiennes « de moyenne portée » ciblant les arrières des troupes russes en Ukraine occupée, a indiqué, sous couvert d’anonymat, un responsable ukrainien à l’Agence France-Presse (AFP).
• Washington accusé d’« aider » Moscou
L’Ukraine est dépendante du renseignement militaire occidental, et notamment américain, pour détecter les attaques russes et frapper elle-même des cibles. Le récent regain de tensions entre Volodymyr Zelensky et son homologue américain Donald Trump, qui s’est dit en faveur d’un nouveau dirigeant en Ukraine, fait craindre à Kiev un relâchement de ce soutien crucial.
Un haut responsable ukrainien a indiqué à l’AFP ce mercredi que Washington avait menacé d’arrêter le partage de ses renseignements avec Kiev si l’Ukraine n’arrêtait pas ses frappes sur les raffineries russes. « Il y a déjà eu deux cas où les Américains n’ont pas fourni d’alertes concernant des tirs balistiques russes, une attaque balistique massive contre notre secteur énergétique. […] Et par-dessus le marché, ils ont restreint la vitesse de Starlink », a-t-il commenté. « Il est clair qu’ils aident la Russie pour une raison ou une autre », a accusé cette source s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.
Un responsable américain sous couvert d’anonymat a cependant affirmé ce mercredi à l’AFP que « les Etats-Unis n’ont pas changé leur politique en matière de partage de renseignements » avec l’Ukraine. L’Union européenne, par la voix de la Paula Pinho, porte-parole de la Commission, a par ailleurs indiqué ce mercredi ne disposer d’« aucun indice que le partage de renseignements [par Washington avec Kiev] ait cessé ».
• La position ambivalente de Musk
Elon Musk, le propriétaire de Starlink, a une position ambivalente concernant l’Ukraine, se montrant à plusieurs reprises très critique du gouvernement de Volodymyr Zelensky, tout en permettant à Kiev d’utiliser cette technologie.
Dimanche, dans un message publié sur son réseau X, le multimilliardaire a estimé qu’il était « temps pour l’Ukraine d’avoir un nouveau dirigeant », reprenant un appel en ce sens de Donald Trump.
Elon Musk avait fourni des systèmes Starlink à l’Ukraine dès le début de l’invasion russe à grande échelle, en février 2022. Moscou avait ensuite également obtenu des antennes Starlink pour ses troupes. Mais, en février, les terminaux utilisés par les forces du Kremlin ont été bloqués par Starlink, à la demande du gouvernement ukrainien.
Par Service Actu (avec AFP)